IDÉES INNÉES
nôtres, ce transcendantalisme philosophique et religieux qui nous présente actuellementsousun faux jour les choses les plus simples. Moïse et les Egyptiens étaient fermement convaincus que f'entant n’est pas encore animé dans le sein de la mère. D’après la jurisprudence du Talmud, l'enfant est considéré, avant sa naissance, comme faisant partie intégrante de la mère, et l’avortement est permis. 1] en était de mème dans l'antiquité et il en est encore ainsi aujourd’hui chez une foule de nations et dans un grand nombre de pays non chréliens. En Arabie, ce fut l’Isiamisme qui mit un terme à cette coutume meurtrière et contraire à la morale publique.
Il n’est pas concevable non plus, qu’à la naissance, au moment où l’enfant se détache de la mère, une âme soit là toute prête,
épiant le moment précis pour se précipiter et prendre possession *
de sa nouvelle demeure, pareille à l’esprit malin s’introduisant dans le corps des possédés ; au contraire, l'esprit ou l’äme de Pindividu se développe peu à peu par suite des rapports qui s’établissent successivement, par l'éveil des sens, entre le monde extérieur et lui. Il peut arriver, el il arrive certainement comme nous l’avons vu, que déjà dans le sein maternel et surtout par le fait de la transmission héréditaire, le nouvel organisme présente certaines dispositions qui, plus tard, sous l’influence des impressions venues de l'extérieur, donnent naissance à des propriétés, à des qualités intellectuelles, etc. Des instincts développés insensiblement, des habitudes intellectuelles du système nerveux ou de l'organe de l’entendement, acquises pendant la vie, peuvent bien aussi étre transmises des parents aux enfants ; mais une conception pruprement dite, une idée, une notion intellectuelle déterminée ne peuvent jamais être innées.
Un de nos physiologistes les plus distingués, Rudolf Wagner, a voulu établir avec le philosophe H. Lotze, que la physiologie de la génération ainsi que la transmission des qualités intellectuelles des. parents aux enfants démontraient la réalité d’une « substance de l’âme » immatérielle, divisible et transmissible ; opinion complètement insoutenable et qui repose sur cette idée fausse, que les germes animaux renferment une véritable substance intellectuelle. Une telle substance ne peut nise diviser ni se transmettre. | u
Le développement ultérieur de l'intelligence de l'enfant au moyen des sens et en raison directe de l'instruction, de l’education, del’ezemple, ete., toujours subordonné d’aille»ss aux qua-
lités et aux aptitudes physiques, parle trop claisement en faveur du mode tout objectif de l’origine de l'âme, pear qu'aucune vue de l’esprit contradictoire soit capable de Finéemer. A mesure que les sens se fortifient par l'exercice, à mesure que les impressions extérieures s’accumulent et se répètent, il se forme insensibiement sur le fond matériel de l’organe de l’entendement une image intérieure ou subjective du monde extérieur ou objectif, en même temps que se développent les tonceptions et les idées. fl s’écoule un long et pénible intervalle avant que l’homme s’éveille pleinement à la conscience de sa personnalité, avant qu'il apprenne à se servir de ses organes et de ses membres pour des fins déterminées et à se distinguer nettement de l’ensemble des choses (on sait que les enfants au commencement ne parlent jamais d’eux à la première personne). Les circonstances de ce développement intellectuel progressif et insensible, en partie inconscient, entratnent l’homme, une fois qu’il est en pleine possession de son intelligence, à oublier son origine, à mépriser la nature, sa mère, et à se considérer comme le fils immédiat du ciel, en attribuant à un don spirituel d'en haut son intelligence ou l’ensemble de ses idées. Mais il suffit, pour le rappeler à la réalité, d'un regard impartial jeté sur son passé ou sur ces malheureux auxquels la nature a refusé an ou plusieurs sens, sur les sourds-muets, par exemple, qui n'arrivent qu’au prix des plus pénibles efforts à se mettre à peu près au niveau du reste des hommes. On peut en dire autant de ces misérables créatures que l’avarice ou la cruauté de certains varents tient enfermées dans des réduits obscurs, en dehors de là société de leurs semblables et de toute excitation intellectuelle, ou de ces individus qui ont vécu et grandi depuis leur plus tendre enfance dans les forêts, au milieu des bêtes sauvages et loin du commerce des hommes, Ils vivent à la façon des animaux, n'ayant d’autres émotions intellectuelles que celles qui ont trait au besoin de se nourrir, et ne laissent apercevoir aucune trace de cette « étincelle divine » (1) qui, d’après les spiritualistes, serait toujours « innée ». Que l’on imagine un homme privé dès sa naissance de tous les organes, et par conséquent, de toutes les impressions des sens ; il ne pourrait mener qu'une vie toute végétative, Ala faços
(4) V. sur ce sujet : Raupen. Urgesohichte des Menschen, t. IL Ps 284, 59.