IMMORTALITÉ DB LA MATIÈRE
« Ce qui d’abord était semence, devient herbe, puis épi, ensuite pain, suc nourricier, sang, puis homme et cadavre, puis à nou- veaü terre, pierre ou quelque autre chose. Nous voyons donc qu'il y a quelque substance qui se transforme en tous ces êtres, tout en restant toujours une et identique à elle-même. Il semble ainsi qu’en réalité, rien n’est constant, éternel et digne du nom de matière, si ce n'est la matière. Comme absolu, la matière comprend toutes les formes et toutes les grandeurs. Cette infinité de formes sous lesquelles la matière apparaît, elle ne les emprunte pas à un autre être et pour ainsi dire à l'extérieur ; elle les engendre elle-même et les fait sortir de son propre sein. Là où nous disons que quelque chose meurt, il s’agit seulement d’un passage à une nouvelle existence, d’une dissolution de cette combinaison par où commence une dissolution nouvelle ».
À une époque encore beaucoup plus reculée, on n’ignorait pasles éléments essentiels d’une vérité destinée à devenir aujourd’hui la pierre angulaire de toute philasophie basée sur la réalité. Empédocle, qui vivait 450 ans avant l’ère vulgaire, disait : « Ceux-là sont des enfants ou des gens à courte vue qui s’imaginent qu’il naisse jamais quelque chose qui n’ait déjà existé, ou que quelque chose puisse périr ou disparattre entièrement. » Anaxagoras (500-428 avant Jésus-Christ) enseignait : « Ce qui existe dans l'espace ne peut ni augmenter ni diminuer », et Démocrite, son contemporain, le père illustre de la philosophie matérialiste de l’antiquité et de l’atomisme, formulait nettement la théorie de la conservation de la matière par ces axiomes : « Rien ne vient de rien ; rien de ce qui existe ne peut être détruit. Tout changement ne consiste que dans l’union ou dans la séparation des parties. La diffé. rence des êtres ne provient que de la grandeur, de la forme et de l’arrangement des atomes », et ainsi de suite.
Les mêmes vérités ont été exprimées par son illustre disciple, Epicure et leur immortel continuateur, le poète Lucrèce qui s’écrie, dans son fameux poème sur la nature des choses :
Rien ne vient du néant, rien non plus n’y retourne, La matière en un cercle éternellement tourne . Sans diminuer jamais, produisant terre et cieux, De l'univers, enfin, le tout harmonieux (1).
(1) Luanhos, De natura rerum. Traduction française d'André Lefèvre.
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