DE L’IMMORTALITE DE L’AUR
rappelle les expériences merveilleuses des physiologistes sur « la vie latente » et sur la reviviscence des animaux desséchés. Lorsqu’on voit un de ces être:, rappelé à la vie, — après des annces de mort apparente — à l’aide de la chaleur, de l'air et de l’humidité, on peut à bon droit se demander où et comment s’est conservé le « principe vita! » dont, en supposant sa réalité autonome, ces animaux doivent jouir comme les autres. Et il ne sert de rien d’objecter que de pareilles observations ont trait aux animaux inférieurs puisqu'on peut les faire aussi, à propos du « sommeil hivernal » d'animaux d’une organisation très complexe. Les enfouissements de jougleurs indiens vivants peuvent aussi rentrer dans le domaine o2s faits relatifs à la vie latente.
Nous ne nous prononçons pas moins énergiquement contre ceux qui, faisant abstraction de l’âme personnelle, admettent l'existence d’une matière spirituelle ou âme fondamentale universelle, de laquelle sortiraient les âmes individuelles à leur paissance, pour y rentrer lors de la destruction du corps qu’elles animaient. C’est là une hypothèse absolument gratuite. L’expresion même de « matière spirituelle » (c’est à dire « immatérielle ») reuferme une coritradiction tout aussi complète que celle de la -« matière impondérable ». d'autrefois ; c’est une chimère, un nonsens à tous les points de vue. Du reste, les partisans de l'immortalité individuelle ne seraient pas plus avancés dans cette hypothèse. Car le retour à une âme primordiale universelle avec suppression de la ..orsonnalite et de la mémoire équivaudrait à un véritable anéantissement : peu imporlerait à l’individı“ que s& « matière spirituelle » trouvät ou non un nouvel emploi en entrant dans la coimposition ‘l’une autre âme.
Tout récemment on a i-nlé de recourir à la « matière spiritelle » ou « substance de l’âme », mentionnée dans le chapitre sur les idées innées, pour édifier la théorie de l’existence personnelle après la mort. Le professeur Rudolf Wagner, de Göttingue, a parlé le premier d’une substance de l’âme, immatérielle et individuelle qui, unie momentanément au corps, pourrait, lors de la destruction de ee dernier, passer à la façon de la lumière et aussi vite qu’elle, dans les espaces célestes pour revenir ensuite sur la terre. L'inanité d’une pareille théorie et le caractère complètement anti-scientifique de celte comparaison entre l’éther lumineux et la soi-disant substance de l'âme, ont permis à Carl Vogt de reléguer sans peine dans le domaine des fables spécula-
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tives toute cette NS en faveur de l'existence personnelle après la mo
Mais ce n'est Ms misent au nom de la philosophie de la nature, c'est encore au point de vue de ls morale que l'or a protesté — avec aussi peu de succès, selon nous —, contre l’anéantissement de f’âme humaine après la mort. L'idée du néant éternel, affirme-t-on d'abord, est tellement contraire au sentiment général, tellement révoltante, que cela seul suffirait pour en démontrer la fausseté. Ne nous arrêtons pas à cet appel au sentiment, qui ne sauraiten aucune manière remplacer les raisons scientitiques absentes, et répondons à cette affirmation gratuite que l’idée d’une vie éternelle, dans le cours-de laquelle la mort ne vient jamais, est infiniment plus effrayante et choque davantage le sentiment que la pensée d’un éternel néant. L’horreur que suscite une pareille idée a d’ailleurs été exprimée depuis longtemps dans la légende caractéristique d’Ahasver, le juif qui ne peut pas mourir. Souhaiter la vie éternelle, c’est, au dire de ' Galilée, souhaiter d’être pétrifé.
Loin de 1à, l’idée du néant ou dela cessation de la vie individuelle n’a rien d’effrayant pour l’homme nourri des principes de la philosophie. L’ansantissement, c'est le repos parfait, la delivrance de toute douleur, l’affranchissement de toutes les impressions tourmentant le corps et l'esprit, ainsi que l'explique la religion si profonde de Boudha; il n’est donc pas à redouter, mais plutôt à souhaiter, ce bienheureux anéantissement, quand la vie touche à son terme normal et que la vieillesse arrive avec son inévitable cortège d’infirmités de toutes sortes. 11 ne peut y avoir de douleur dans le néant, pas plus que dans le calme du sommeil: c’est la seule pensée du néant qui nous effraie : « La crainte de la
mort qu'on trouve chez tous les hommes, dit Kant, chez les plus malheureux comme chez les plus sages, ne consiste pas dans l’horreur de la mort ; mais, comme le dit très bien Montaigne, dans Phorreur de l’idée « d’être mort » ; idée que l'élu de la mort s’imagine devoir conserver quand il aura cessé de vivre, entrevoyant par la pensée, dans le merne tombeau ou ailleurs, le cadavre qui n’est plus lui-même, mais qu'il se représente comme tel. > Fichte dit avec autant de justesse : « Il est certain que celui qui ne vit pas ne ressent aucune douleur. L'anéaatissement »
(1) Voer. Höhlergiaube und Wissenschaft, 1955.