‹ Force et matièreChapitre 58 sur 66 · DR L'IMMORTALITÉ DR L’AMB · texte numérisé non relu

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hommes, que de régner sur tous les morts ensemhle. n (4) Le

fameux & Rituel funéraire » des anciens Egyptiens ne parle pas du jugement qui attend les âmes après la mort, dans le sen: que les chrétiens y attachent : il ne s’agit que de la perfection de la sépulture. Lorsque le dogme de l’immortalité de l'âme, sorti de l’école de Platon, vint à se répandre chez les Grecs (2), il causa les plus grands ravages et détermina une foule d'hommes mécontents de leur sort à terminer leurs jours. Ptolémée Philadelphe, roi d'Egypte, en voyant les effets que ce dogme, que l’on regarde aujourd'hui comme si salutaire, produisait sur les cerveaux de ses sujets, défendit de l’enseigner sous peine de mort.

Enfin, les voyageurs nous parlent d’un grand nombre de peuples sauvages qui ne croient pas à l’immortalité de l’Ame, ou chez lesquels cette croyance se trouve associée à des conceptions telles qu’elle perd toute signification ou se trouve supprimée de fait (3). Bates rapporte que les Indiens du cours supérieur de l’Amazone (4) n’ont aucune idée d’une vie future, et que ceux-là seulement en parlent, qui ont eu des rapports avec les blancs, sans d’ailleurs y attacher la moindre importance. Le docteur J. W. Helfer raconte des Seelongs de l'Inde, qu'ils ne savent rien d’une existence possible après la mort, et qu'ils répondent invariablement à ceux qui les interrogent à ce sujet : « Nous n’en avons aucune idée. » Un grand nombre de faits du même genre ont été mentionnés, du reste, dans le chapitre précédent.

Parmi les hommes instruits et éclairés de tous les pays et de tous les temps, le dogme de l’immortalit6 de l'âme n’a jamais eu beaucoup de partisans, bien que ces hommes, pour des raisons faciles à comprendre, n’aient pas fait à beaucoup près, pour leursopinions, autant de propagande que leurs adversaires. Quelles inimitiés Voltaire n’a-t-il pas encourues pour avoir osé confesser que l'esprit de l’homme pouvait perir! Et même en notre siècle, si fier de ses lumières, le grand David Frédéric Strauss a-t-il été' mieux traité ? « Je vais entrer dans le néant ! » disait Mirabeau sur son lit de mort : et comme on demandait au redoutable Danton, amené devant le tribunal révolutionnaire, sa profession et

(1) Homckem. | Odyerte- Mn, 88.

(2) V. Système de la nature, 1; (3) Mrınzas. Histoire critique das religions. 1 (4) Barus. loo oft., Il, p. 214,

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sa demeure, Il s’&oria : « Ma demeure sera bientôt le néant. » Be même Frédéric-le-Grand, un des hommes de génie de l'Allemagne, avouait qu'il ue croyait pas à l'immortalité de l'âme.

Et en dépit des efforts des théologiens et de leurs affirmations sur 06 point, combien les idées générales des gens éclairés, comme eelles des ignorents, ne s’écartent-elles pas aujourd'hui des dogmes de l'Eglise, — ainsi qu'il est facile de s'en eonvaincre quand on a eu l’occasion d'observer les hommes dans ces situations critiques de la vie où il n’y a plus de place pour l'hypocrisie ou la disssmulation. « Qui donc, s’écrie Feuerbach, s'il a des yeux pour voir, peut möconnaitre le fait que la eroyance à l’immortalité de l'âme a complètement disparu de La vie sociale, et qu’elle ne subsiste plus qu'à l’état subjectif dans l'imagination des individus, très nombreux encore, il est vrai ?» Comment ex- pliquer autrement cette crainte de la mort qui prévaut parmi les hommes en dépit des consolations de la religion ? Comment le plus grand nombre regarderait-il la mort comme le plus effroyable des maux, parce qu'elle met fin tout à eoup aux joies éphémères de l'existence ? ou parce qu'ils disent, dans leur oœur, avec le grand poète Platen :

‘ « Pourquoi nous réjouir au son de la Iyre, — nous livrer aux feux charmants et à mille douces impulsions, — quand toujours, per derrière, la Furie est là qui guette — et que notre vie ne dure que deux secondes ? » (1)

Eeoutons enfin sur ce sujet les belles et significatives paroles du philosophe italien Petrus Pomponalius, qui vivait au commencement du XVI=* siècle : « Pour admettre l’immortalité de l'individu, il faut d’abord prouver comment l'âme peut être en état de vivre en se passant du corps, sujet et objet de son activité. Sans les perceptions, nous sommes incapables de penser : or, elles dépendent du corps et de ses organes. La pensée est éternelle et immatérielle en soi : mais la pensée humaine est liée aux sens, ne connaît l’abstrait que dans le concret, n’est jamais en dehors de la perception et en dehors du temps, puisque les idées viennent e$ s'en vont les unes après les autres. Notre âme est

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