‹ Force et matièreChapitre 61 sur 66 · BA FORCE VITALE · texte numérisé non relu

BA FORCE VITALE

ır les mêmes lois que la construction de la chambre obsoure, et oreille reçoit les ondes sonores comme une cavité quelconque. Si, comme il faut bien le reconnaître, les phénomènes de l’oranisme vivant ne peuvent pas tous, à beaucoup près, s'expliquer ar les lois de la physique et de la chimie, si l'on rencontre enore énigme sur énigme, cela ne tient pas à la nature des choses, nais seulement à l’imperfection de nos connaissances, — imperection qui diminue chaque jour avec les progrès de la science : e qui nous met à même de ramener de plus en plus aux lois de a métanique les phénomènes de la vie. Rappelons-nous seulenent nos plus récentes expériences et considérons combien peu d’a n nées se sont écoulées depuis que nous avons vu clair dans une foule de phénomènes qui, en raison de leur obscurité, constituaient le principal argument en faveur de l'hypothèse de forces vitales merveilleuses ! Combien y a-t-il de temps que l’on conpaît les phénomènes chimiques de la respiration et dela digestion, ou que l’on a dégagé les phénomènes de la génération et de la f6condation des ténèbres mystiques qui les environnaient, pour leur rendre leur place à côté des processus tout simples et purement mécaniques du monde inorganique ? Le sperme n'est plus un liqpide dégageant une vapeur vivifiée et vivifiante, mais bien: une sübtance se portant en avant d'une façon mécanique à l’aide des spermatozoaires ; et ce qui apparaissait autrefois comme l'effet inexplicable de cette vapeur vivifiante, se réduit tout simplement au contact immédiat, effectué mécaniquement, de l’ovule et du sperme. Combien de processus de l'organisme animal, tel que le transport de particules de substances sur les muqueuses et à l'extérieur, à l'encontre des lois de la pesanteur, paraissaient inexplicables et favorisai-nt l’hypothèse d’une force vitale, jusqu’au moment où l’on découvrit l’interessant phénomène du mouvement vibratile, lequel repose sur des principes d'ordre purement mécanique ! Ce mouvement remarquable est indépendant de l’influence de la vie et persiste longtemps après la mort pour ne finir qu’avec le ramollissement eomplet des parties organiques par le fait de la putréfaction (1). Quelle lumière la découverte des globules sanguins n’a-t-elle pas jetée sur los merveilleux processus

(4) On a observé sur une tortue la persistance du mouvement propre des cellules vibratiles, quinze jours après la mort, alors que la chair se lissolvait en une humeur puträde.

Zar sonen 7 MATIÈRE

‚ai s’accomphissent dans le sang, celle de l’endosmose #8 de l'exc mose sur l'absorption et la rösorption ! Et cette propriété merve leuse et, m apparence, la plus incompréhensible de l’organisı. animal, l’activité nerveuse, — ne commence-t-elle pas à s’éci: rer d’un jour tout nouveau grâce aux recherches de la physique li devient de plus en plus certain qu’une force naturelle bie connue, l'électricité, joue, dans ces processus Organignes, un ri: considérable, |

« La vie, dit Virchow, n'est qu'une forme particulière de la m’ canique et même la forme la plus compliquée de toutes, dans |: quelle les lois ordinaires de la mécanique s’accomplissent dans I: circonstances les plus extraordinaires et les plus diverses ; aus: les résultats définitifs sont-ils séparés des origines par une si longue série de termes intermédiaires disparaissant rapidement. que la connexion ne peut être rétablis qu'avec la plus grande diificulte », — « L'organisme vivant, dit le professeur Matteuci, es: une machine comme la machine à vapeur ou la machine électrique, c’est à dire un système dans lequel le jeu des affinité: chimiques, et particulièrement la combinaison de l'oxygène d: l’air avec les matériaux de la nutrition, produisent continuellement de la chaleur, de l'électricité et du travail musculaire ». Il aurait pu ajouter : « et du travail intellectuel », puisque nous savons qu’en l'absence de modifications chimiques, mécaniques et physiques, il ne peut se produire, non seulement auoun mouvewent, mais encore aucune sensaiion, auoune pensée, aucrn acte de la volonté. Le sensibilité n’est qu’un mode de mouvement particulier de la matière organique ; et comme toute activité psy: chique, ainsi qu’on:l’a déjà démontré, peut être ramenée en der: nière analyse à l'élément « sensibilité » (exactement comme tout organisme est constitué par l'élément « cellule »), on voit que la plus haute faculté de l'être vivant ne fait pas exception à la règle générale, Toute matière peut devenir sensible, tout corps vivant l’est-en effet. ;

On a encore objecté aux chimistes, — pour leur démontrer qu'il est nécessaire d'admettre une force vitale, -— que leur science était incapable de créer des combinaisons organiques c'est à dire de ces groupements d'éléments chimiques dans le: composés lernaires ou quaternaires, dont la réunion suppose taujours l'existence d’un être organisé, doué de vie et de force vi tale ; et on a insinué d’une façon assez ridicule, que s’il n'y a pas

KA FORCE VIFrALE . 787

de force de ve genre, si la vie est le résultat de simples processus chimiques, la chimie devrait être en état de créer- des êtres organiques et, au besoin, de fabriquer des hommes ! Môme“sur ce point, les chimistes ne sont pas restés muels, et ils ont montré que la thimie était capable de créer immédiatement des substances organiques. En particulier, le chimiste français Berthelot a réussi à fabriquer des carbures d'hydrogène c’est à dire les composés binaires fondamentaux de la chimie organique, avec l’hydrogène et le carbone, et en se servant des forces qui sont en activité dans le monde inorganique ; il a ainsi établi, en dehors du monde organique, un point de départ pour la synthèse, — c’est à dire pour la formation artificielle — des corps organisés. « On peut donc affirmer, comme le dit Berthelot, que la chimie organique repose sur les mêmes bases expérimentales que”le chimie inorganique. Dans ces deux sciences, la synthèse et l'analyse dépendent de l’action exercée par les mêmes forces sur les mêmes éléments... La tâche de la synthèse est de déterminer les raÿ ports définis des phénomènes entre eux et de démontrer l’identité des lois fondamentales de la chimie organique et de la chimie inorgenique ». Aussi n’est-il plus possible d'admettre aujourd'hui une chimie organique à part, si ce n’est pour les besoins de l’enseignement, et la distinction entre les deux branches « n’a-t-elle plus qu’une valeur conventionnelle pour la classification ; on La conservaagon parce qu’elle répond aux phénomènes, mais pour sa commodité + (Dr. Schiel). La chimie synthétique a fait d’ailleurs de tels progrès, et continue à en faire de si grands, qu’on ne voit pas où s'arrêtera sa marche audacieuse et triomphante, Et si l’on voulait admettre la théorie mentionnée plus haut, en vertu de laquelle les composés ternaires et quaternaires ne peuvent se former qu’à l’aide de la force vitale, on se verrait contraint de refuser cette force aux êtres organisés qui développent au plus haut degré le principe de la vie, — puisque les animaux, comme on le sait très bien, ne jouissent pas de la faculté de tirer des corps bruts des substances organiques, et qu'ils dépendent absolument des végétaux, seuls capables d'opérer cette transformation. | | D’après ces données, il apparaît clairement aux yeux de qui. conque sait reconnaître la valeur des faits et employer la méthode d’induction dans les sciences naturelles, que l’idée d'une rorce organique particulière, produisant les phénomènes vitaux pat ,

288 FORCS ET MATIÈAN | | |

elle-même et indépendamment des lois générales de la nature, doit ètre bannie de la vie et de la science, — et que la nature. avec ses substances el ses forces, ne forme qu'un Tout unique, indivisible, sans limites et sans faits exceptionnels. I devis! manifesie aussi, que cette séparation rigoureuse qu'on voudrait établir entre « lorganique » et « l’inorganique» est puremeat arbitraire, et que la différence réside uniquement dans la forme extérieure et dans le groupement des atomes, et non dans leur nature, La différence entre les formes organiques et les formes inorganiques provient même simplement de ce que l’arrangement prinitif des molécules est différent, et que dans cet arrangemeut se trouve compris le germe des premières de ces formes. Mais la formation des cristaux et les remarquables expériences faites sur la manière dont s'effectue la réparation de la « blessure » faite à | un cristal, montrent qu'il ya aussi dans le monde inorganique des lois et des formes bien définies qu’on ne peut trausgresser, et qui se rapprochent de celles du monde organique. Des recherches récentes ont établi également que le cristal, la forme inorganique primitive, a beaucoup plus de rapports et d’analogie qu'on ne le supposait, avec la cellule ou la forme organique primitive. Toutes deux s’approprient ce qui leur convient, seulement après un certain choix : toutes deux sont soumises dans leur formation à des influences extérieures déterminées ; toutes deux peuvent se constituer à l’aide des mêmes combinaisons de substances. Bien plus, on a découvert à l'intérieur des cellules animales et végétales ainsi que vous l'avons déjà dit, des cristaux microscopiques (cristalloide de Nägeli), qui jouissent de la propriété de l’imbibition et peuvent, exactement comme les cellules, se goufler par l'absorption des liquides extérieurs. Ils manifestent par là toutes les propriétés essentielles du protaplasme ou du contenu albuminoide des cellules ; aussi Reichert qui les découvrit le premier, en 1849, chez les animaux, les désigna-t-il sous le nom de « cristaux de protéine ». On a pu les reproduire en faisant cristalliser des composés organiques obtenus artificiellement. Leurs surfaces courbes indiquent manifestement une transition des cristaux proprement dits aux formes de la nature vivante, et cette configuration est due très probablement au caractère spécial du carbone, qui forme la base du monde organique : ce qui semble confirmé par\la courbure des surfaces du diamant, formé de carbone pur. « J 2 distance considérable qui séparait autrefois les cristaux du

monde inorganique des formations cellulaires organisé comblée par les cristaux de protéine », dit le professeur C Breslau, dans un travail important sur ces remarquabl duits, -

La doctrine de la force vitale est aujourd’hui une cau due. Ni les efforts des naturalistes mystiques pour ranimı ombre, ni le regret que doivent éprouver les métaphysici se séparant de cet enfant chéri du galimatias spiritualiste objections qu’on pourra soulever eu raison de la difficult l'impossibilité d'expliquer encore un si grand nombre de mènes vitaux, — rien de tout cela ne peut empêcher que | tinées de la force vitale ne soient remplies. « L'appel q fait à cette force mystérieuse, dit Carl Vogt, n’est qu'un de déguiser notre ignorance : c’est une de ces portes de dı comme il y en a tant dans les sciences, et par où s'esquiv esprits paresseux qui, ne pouvant prendre la peine d'appr ce qui leur semble incompréhensible, se contentent de s’e en ‘ace d’un miracle imaginaire. » La force vitale a été tri reusement comparée par le professeur O. Schmidt (1) «specrre qui ne sait plus-guère où promener son ombre v

Les idées relatives à la force vitale ont d’ailleurs parcoı point de vue historique, les mêmes phases que celles < trait en physique à la fo:c» c' à le matière, et que now décrites À la fin du premier chapitre. Tandis que la vie u comme complètement distincte des idées de force et de : dans la première phase, incomplötement dans la seconde, sième et dernière phase, ou contemporaine, a permis d tater l’unité absolue, l'union indissoluble des substances d et de Leurs propriétés vitales. La vie ne peut pas plus « nouvelles substances et de nouvelles forces qu’en détruir ciennes : et lorsqu'une. fois on connaîtra toutes les cor dans lesquelles s’exercent ses activités chimiques, on ver n'y a aucune différence entre ces activités et celles que I’ mème de faire naltre en dehors du corps. Toutes les forcı loppées ou perdues par l'organisme, viennent et s'en va les substances pondérables qui lui arrivent ou avec celles « éloignent; d’ailleurs, les principes éternels et généralemen de l’indestructibilité de la matière et de la conservatior

() 0. Sanmnr. La desoendance de l'homme et le Darwinisme, ‘ 49

force, excluent complètement l'idée d'une force organique parti culière. La force et la matière sont éternelles et indestructibles ici comme dans tout le reste.

Nous terminerons ce chapitre en citant, au sujet de Le forces vitale, les paroles aussi profondes que caractéristiques du profes seur Haeckel dans sa leçon sur le développement et Je but de la Zoologie : « Dans tous les cas, on est arrivé déjà à bannir complètement et pour toujours de la physiologie de l'homme comme de celle des animaux le spectre métaphysique de: la « force vi. tale ». Il ne peut plus être question désormais, dans les recherches et dans les explications vraiment scientifiques relatives aux phénomönes de la vie, de ce produit mystique né du gâchis des systèmes dualistes, et qui, tantôt comme principe vital, tantôf comme cause finale active, a fait tant de mal et créé tant de confusion ». (1) |

Page 1