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CHAPITRE XXVI

*A MOZALE

Et la morale ? — Nous l’entendons déjà par la pensée, ce erı poussé par des milliers de poitrines, par toute une armée de moralistés qui, après avoir tenté de suivre jusqu’ici le dévloppemen:

‘de nos idées, s’apprätent à laide des engins de. guerre théologiques et métaphysiques dont leur arsenal est bourré, à fondre sur nos positions qu'ils considèrent comme intenables. Et la morale ? S’il n’existe pas de puissances supérieures et su’naturelles, s’il n’y a pas dans le ciel de pouvoir qui juge et punisse, s’il n'y a ni dieu, ni rédemption, ni vie éternelle, mais seulement une nécessité aveugle et inzxorable, que signifient les idées de vertu et de péché ? Qui déterminera désormais la conduite des hommes ? Ne marchons-nous pas, avec dé tels principes, à la dissolution de tout ordre politique et social, à une guerre de tous contre tous, — bellum ommium contra omnes, — vers un état de choses dans lequel l’égoïsme pur et l'intérêt personnel auraient le dernier mot? — sans compter une foule d’autres questions, sié:éotypées en quelque sorte, que l’on n’a jamais manqué de poser à ceux qui ont osé combattre des préjugés consacrés par le temps.

L’auteur pourrait très bien se dispenser de l’ebligalion ou du soin de répondre a des questions de ce genre, ct se déclarer incompéter; en ce qui touche les conséquences morales que peut ou doit avoir une conception du mende et 1: la vie, basée sur l’existence

d’un ordre naturel des choses. Si ses opinions sont justes, conformes à la vérité, elles doivent être adoptées, quoi qu'il puiss en résulter ; car la vérité, personne ne le contestera sérieusement. | est bien au dessus de toutes les considérations de morale et d’utilite, et ne peut étre reniée en raison de ses conséquences, quelque terribles qu’elles soient,

L’auleur pourrait encore répondre à ceux qui lui reprochent d'avoir tout détruit per sa critique sans rien remplacer, en leur renvoyant l'excellente réplique de Voltaire dans une occasion semblable : « Comment! je vous ai délivrés d'une bête féroce qui vous devorait, et vous me demandez ce que je vais mettre Asa place! » Il pourrait dire aussi à ses censeurs : « Eh quoi ! je vous ai délivrés (autant que cela est possible dans l'état actuel de la science et dans les conditions d’infériorité où se trouve le principe de la connaissance chez l'homme) des deux plus grands, des deux plus dangereux ennemis de l'humanité, l’ignorance ef: la superstition, et vous me demandez ce que je vais mettre à leur place! Ne vous inquiétez pas de cela, mais laissez à la science et à la ve rité le soin de veiller à leurs propres intérêts ; elles n’ont jamais oui à l’humanité, et, on en a fait mille fois l'expérience, elles lui ont toujours été utiles. Ce qu'elles détruisent ou anéantissent d’un côté, elles le rendent au centuple de l’autre. On ne voit px: d’ailleurs comment un bonheur purement imaginaire devrait, avec le temps, satisfaire les hommes, tandis que si la vérité peut être que.quefois pénible, au moins les blessures qu'elle fait, — elle les guérit. »

Une pareille réponse serait parfaitement suffisante en se plaçant au point de vue des doctrines de ce livre et de son auteur. Gependant, celui-ci ne veut pas se soutraire entièrement à la tâche qui sernble lui être imposée et qui consiste à démontrer que la morale n’a rien de commun awec les idées qu’on se fait d'ordinaire des choses surnaturelles, mais que ses préceptes peuvent s'établir sur le terrain d’un ordre naturel des choses, — le seul que la science ait laissé libre, — aussi bien, sinon mieux, que sur les bases antiques de la religion et de la croyance aux esprits. Si la morale, si les coutumes et les prescriptions morales auxquelles nous nous conformons ne peuvent exister en dehors de la contrainte exercée par la religion ou par l’Eglise, les unes et les autres, dans ce cas, ne valent absolument rien et doivent être remplacées par quelque chose de mieux. Mais en réalité, c'est un fait depuis longtemps

ncontestable, que la morale et l'Eglise — ou la morale et la religion — sont indépendantes l’une de l’autre, et que les meilleurs apôtres de l'éthique sont (education, la culture, le bien-être et la liberté.

Car la morale n’est pas innée, ainsi qu'on la démontré dans un Chapitre précédent, et n’a pas été gravée, sous forme de préceptes déterminés, dans l’âme de chaque individu par une puissance supérieure : elle est née d’une longue pratique et de l'expérience. Si c'était le contraire, si l’homme était doué, comme émanation de la divinité, de la connaissance innée du bien, comme l’affirment les tdéalistes et les théologiens, on pourrait se dispenser complètement ou en grande partie, de tous les efforts auxquels on se livre pour développer la moralité, — particulièrement de Yannonce des peines et des récompenses futures, et des mesures prises par la société pour sa protection et pour le châtiment des criminels. |

La morale ne procède pas non plus de la religion ou de préceptes de la foi déterminés; car l’expérience nous a appris que les temps et les peuples les plus religieux n’ont pas toujours été les plus moraux. Au contraire, le fanatisme religieux a accumulé à son actif une somme de crimes en comparaison de laquelle tous ceux de l’histoire pâlissent ; et encore aujourd’hui, on constate dans les pays où l’Eglise règne en mattresse absolue et où l’on ne tolère pas la liberté de la pensée, un degré de moralité bien inférieur à celui qui existe dans ceux où le progrès déploie son étendard triomphant. Nous savons également que les religions sans Dieu d’un Bouddha et d’un Confucius ont prêché, en dépit de eur athéisme, la morale la plus pure et la plus élevée, et que

Yineredulite n’équivaut, en aucune façon, à l’immoralite. La religion, au contraire, et l'immoralité marchent souvent la main : dans la main, surtout dans les pays où l’absolution de l'Eglise débarrasse le criminel de son crime, — tandis que les athées ou les incrédules sont souvent les gens les plus moraux. Combien de philosophes de l'antiquité qui, sans enseigner le dogme d’une récompense après la mort, tiraient de leurs doctrines des préceptes moraux faits pour commander l’admiration de leurs contemporains et de la postérité !

La morale est bien plutôt, comme tout ce qui est le propre de l'homme, le résultat d’une longue suite d’acquisitions transmises par l’heredite et basées sur des conditions natureiles et sociales

déterminées : ce n'est, par conséquent, rien de fixe qu d’inné, mais bien quelque chose d'acqu's et de changrant — une manifestation de l'esprit hum-in dent les progres vont de pair avec ceux de ia conuaissance elle-mñnie. Ce que nous appelons a sens moral », prend naissance Jans ces instincts sociaux ou dans ce habitudes que toute société humaine (cu animale) déveluppe € doit dévelonser sous prine de périr p;r suite d’incanacité. La morale » .:nt de la st iahi'ilé et se modilie suivant les idées et les besoins qui domin“1 dans une société donnée, C’est ai: . que le sauvage nomade croit accomplir un acle des plus méritoire: en tuant son père affaibli par l'âge, tandis qu'aux yeux de l’Européen civilisé, le parricide est le plı:s abominable des crimes. L'homme étant un être essentieilement social et qa'ou ne pei:: se représenter, en dehors de la société, que comme une veritabie bet. féroce, il est évident que la vie en commun lui impose des devoirs de iéciprocité qui finissent, avec le temps, par constituc des princines de morale délerminés. Cela commença avec la vi. de famille, qui s’elargit plus turd et se compliqua de la vie dan la tribu, puis dans l’Elat. La ınorale est donc beaucoup plus a. cienne que fa religion, qui ne répond qu'à une aspiration de Pix dividu, tandis que la prriniire correspond à à une nécessité de I» vie social», dans les ru“imnts de I laque ile elle se trouve déjà en germe. Par conséquent, la morale n'a pa naître de la religioı. dont elle ost, au contrat:, cstuolètement indépendante. Ce n’esi qu'à une période assez avancée de la civilisation qu’elles se son! ınises en rapport l'une avec l’autre, mais non pas à l'avantage de la premiere. Car la religion nuit à la moralité, — on peut l’'affirmer sans être taxé d’exagération — en ce sens qu'elle lui donne son but égoïste, tandis que la véritable vertu morale doit trouver sa récompense en elle-même et dans le fait qu’elle ser. la société et par conséquent l'individn qui en est membre. Le bu! rinitif des institutions roligienses n'était pas d’ailleurs, comm: 2. Romouf l’a très bien déianntré par l’histoire des religions, de former des hommes moraux et veriueux, mais seulement de donner une sanction aux thiéarire rnétaphys'ques el surnaturelle. | imaginées pur les prédécr seurs, Ce n'est que Beaucoup plus ta: que les diltéreates Eglises imstifuérent pour les fidèles des règle. de Gnndaite déterminées. a ‘acherches ethnologiques de E. R 'Yylor ont établi égatement, «rue la soligiun n'ect pour rien da les idées morales des qu Mas sy vages, et que la lien qui lu.

ı Ja morale et, ei général, très faible et sans importance. La religion et la moralité, pa, tout où elles ont existé, se sont tenues :hacune sur leur terrain ; Pindication des devoirs à remplir eners le prochain prend place, dans P’histoire des religions, à une ‘date bien postérieure à celle des considérations avant trait aux -ésirs el aux commandements de la divinité. Des coutumes et des resriplions relalives aux rapports des hommes entre eux et “iratssant comme le résuitat systématisé des forces sociales ont consfitué, d'après Tylor, les débuts de.la moralité, tandis que l'influence de la religion sur les mœurs n'est possible et appréciable qu'à des périodes plus avaucées de la civilisation. T

il est done de toute éidence que ce sont les mœurs, et non la religion, qui créent la morale. !| semble merae que celle-ci soit 1 lutôt entravée que favorisée par celle-là, et que les mœurs sent autant plus stables ei plus rigoureuses que la religion a ıwolns d'influence, et que les individus comptent moins, pour 53 {ver de leurs péchés, sur leur soumission aux volontés de l’Eglise et de ses prêtres. La religion exerce encore wne influence néfaste au point de vue de la morale et de la fraternité générale en exciont les hommes les uns contre les auires, par suite de la diffé. rence des dogmes ; elle fournit ainsi un aliment aux plus mauvalses passions. Enfin, il ne faut pas oublier que ses préceptes inoraux sont, pour la plupart, en contrauiction avec Pessence même de la nature humaine et, par conséquent, impraticables.

li est évident, comme le dit très bien le curé Meslier, qu'une 0? servation stricte des prescriptions morales de la religion, de c:}'e des chrétien” var exeniple, amènerait la ruine des peupies

‚ détruirait tous les liens de la société, puisque la poursuite de tout dut terrestre est en contradiction avec le soin que les chre- ticus doivent prendre du salut de leur âme. Mais dans Le fait, ‚per-

sonne ne songe à prendre ces presciptions au sérieux. «I n’y a v:5 de courtisan qui redoute plus la colère de son dieu que le mauvais voulair te son maître. Une pension, un titre, un ruban

“sent par r fsirs oublier les tourments de l'enfer et les joies du voradis. Les sses d'une femme l’emportent toujours sur les

onare: Gh ee tepulssant, Une plaisanterie, un trait d'esprit font vun Bomma du monde une Impression plus profonde qiie tous ts dogmes tes Lits séricux de sa religion, etc. »

Ce n'est don: pis dars la croyance en Dieu, dans la foi à l’immortalité et à tout ce qui s'y ra: wie que se trouve le source de

318 PORCE RT MATIERE

toutes les bonnes actions, mais bien dans la persuasion où Fon est que l'individu a le devoir de conformer sa conduite aux principes reconnus et établis comme bons ou utiles par la société, c'est-àdire par la collectivité des personnes réunies en vue du bonheur commun. En outre, l'individu se conduit bien par des considérations tirées de son intérêt, de sa réputation, de sa position 50ciale, etc., ou de la terreur que lui inspirent la puissance des lois et les châtiments. Plus est parfait l’ordre social au sein duquel il vit, et plus il est enclin à la vertu et aux bonnes mœurs. À tout cela il faut joindre cet instinct moral, cette disposition involontaire à la bonne conduite, cette organisation morale que chaque individu reçoit en héritage de ceux de ses ancêtres qui ont vécu pendant de longues périodes dans des sociétés plus ou moins bien organisées. Si enfin on fait entrer en ligne de compte le puissante influence de l'éducation, de l’habitude, de l'exemple, on possède tous les éléments de la moralité, sans qu'il soit besoin d’avoir recours à l'hypothèse d’une loi morale innée, où aux remèdes et aux expédienés fournis par l'Eglise ou la religion. À quoi bon, par conséquent, ces perpétuelles et hypocrites déclarations en faveur d'articles de foi ou de dogmes contraires à la raison et qui ne peuvent être d'aucune utilité pour la morale et pour la vertu ? Ce n'est pas la crainte de Dieu qui moralise, — témoin le moyenàge tout rempli de cette crainte combinée avec toutes sortes d’abominations morales, — c’est l'élévation du niveau des mœurs et des habitudes sociales, et surtout l'influence exercée par une conception plus parfaite de l'univers. Il faut donc aujourd’hui chercher les bases de la morale ailleurs que dans la foi ancienne et fantaisiste au surnaturel. La science doit prendre la place de la religion, la croyance à la réalité d’un ordre naturel et immuable des choses celle de la croyance aux esprits et aux fantômes, la morale naturelle celle de la morale artificielle ou dogmatique. Quant à ce qui tegarde cette morale naturelle, elle ne pourra être établie, évidemment, d’une façon durable et continue, que sur le principe même dont elle procède — sur le principe de la réciprocité. Il n’y a pas de meilleur précepte moral que la vieille maxime énoncée déjà par Confucius : a Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais. pas qu'on te fit.» En complétant cette règle négative par la suivante, d’un caractère positif : « Fais aux autres ce que tu voudrais qu'on te fit», en a le code complet de la vertu et de la morale naturelle, bien meil-

leur et beaucoup plus simple que celui que nous pourrions tirer des traités de l’Ethique les plus volumineux ou de la quintessence de tous les systèmes religieux du monde, Tous les autres préceptes moraux que l’on peut puiser dans le conscience, dans la religion ou dans la philosophie deviennent parfaitement inutiles en présence de ces règles aussi simples que pratiques : et il n’y a nulle raison de craindre qu’il puisse en être autrement. Ces règles paraîtront d'autant plus efficaces, cela est clair, que l'idée de réciprocité, née du perfectionnement de l’état social, et le sentiment du juste seront plus développés et que l'individu, grâce à ses ap. titudes, à son éducation, grâce aussi à l’exemple et à l’habitude

sera mieux en état de se conformer au but de la société et aux devoirs qu'il est tenu de remplir vis-à-vis de ses semblables. C’est un fait généralement reconnu, d’ailleurs, et démontré par l'histoire, que la morale se perfectionne et se fortifie dans le détail aussi bien que dans l’ensemble, à mesure que l'organisme social progresse : le développement de l’ordre dans la société marche de pair avec l’adoucissement des lois pénales. Car les institutions de l’État et de la société contraignant l'individu à réprimer les passions et les instincts grossiers résultant de l’état antérieur d’animalité, celui-ci devient de plus en plus capable, grâce à l’hérédité et à l'habitude, de conformer sa conduite aux règles morales instituées par l’education et par l'exemple.

Dans l’état d'isolement ou de nature, l’homme n’a pas d’autres idées morales que celles qui lui viennent, par hérédité, de fa so= ciabilité animale, et il suit aveuglement, comme les bêtes même, les impulsions de la faim, de la passion, de la cruauté, etc. ; ses facultés morales commencent à se développer par la vie en commun, au sein d’une société dirigée par certains principes de réciprocité et par la connaissance des lois nécessaires à l’existence d’une pareille collectivité. Aussi les idées de « bien » et de'« mal» sont-elles entièrement relatives — comme on l’a déjà montré dans un précédent chapitre — et varient suivant le temps, le lieu, la race, le degré de culture, le climat, etc. Au fond, comme dit Hamlet, il n’y a rien de bon ou de mauvais en soi, « c'est la pensée qui rend les choses telles », c’est-à-dire la conscience que l'individu a de lui-mème et de sa conduite, en conformité avec son caractère propre, déterminé par des circonstances objectives ou subjectives.

La morale peut donc être définie : la loi du respect mutuel des

droits égaux de chacun, au point de vue général et particulier +

en vue d'assurer ie bonheur commun des hommes. Tout oe qui trouble ou détruit ce bonheur et ce respect est « mal »; tout ce qui les favorise est « hien ». Le mal consiste, d’après cette définition, dans l’exag£ra't un de l’égoïsme, qui se développe aux dépens du bonheur gen-ral en empiétant sur l'intérêt de tous; et une cominunauté d'hommes arrivera à un degré de moralits d’autant plus élevé qu'elle aura mieux réussi à concilier les penchants éguïstes de la nature humaine avec l'intérêt général. Les plus grands coupables sont donc les éguïstes, c’est-à-dire ceux qui mettent leur « moi » au-dessus des intérêts et des lois de la collectivite et s'efforcent de le satisfaire sans mesure aux dépens de leurs égaux. Assurément l'égoïsme ou l’amour de soi, le souci de l'intérêt particulier, n’est nullement condamnable en lui-même et peut, bien dirigé, rendre les plus grands services non seulement à l'individu mais encore à la collectivité. L'amour de soi est, au fond, le mobile suprème de toutes nos actions, même des meilleures, puisque celles-ci ont leur source, pour la plupart, dans la compassion, c’est-à-dire dans un raffinement de l’&goisme, et que notre conduite est déterminée, en général, par des considérations relatives à l'intérêt particulier. De plus, on ne parviendra jamais à dépouiller complètement la naiure humaine de l’egoisme; 4 s’agit simplement de le diriger dans la bonne voie, de le*rendre raisonnable et humain, tandis qu'on tächera de lui donner satiefaclion en le faisant concorder avec le bien de tous et avec l’intérei de la collectivité. La société doit être organisée de telle sorte (et ce n’est pas souvent le cas aujourd’hui, malheureusement) que le bonheur des uns ne prenne pas sa source dans la ruine des autres, mais que chaque individu frouve son bien dans celui ds Ja collectivité résultant uniquement, vice versa, de celui de Pindividu. Dès que ce but sera atteint, ce qui n’est pas à beaucoup près aussi difficile qu'on se l'imagine, on verra cesser tout conflit suscité par des motifs égoïstes entre l'intérêt des individus et celui de la société ou de l'Etat, et l’on aura supprimé la cause prinepale des crimes, des vices et de la perversite. L’individu pourra, beaucoup plus facilement qu'aujourd'hui, rechercher son bien particulier et des impressions agréables, ou satisfaire son « mois

sans léser les intérêts de la société ; ‚ il accroître son propre bies être en travaillant à celui de la communauté, et réciproquemen$ le bien-être de ie communauté augmentera tandis qu'ile ouepess du sien propre,

C'est cet accord de l'intérêt particulier avec l'intérêt général qui constitue le grand principe moral de l’avenir. Si l'on parvient à établir cet accord, nous aurons de la ‚morale, de la vertu’et de nobles sentiments à profusion. Que si l’on n’y parvient pas, tous ces avantages nous feront défaut, et d'autant plus complètement que la société sera plus éloignée de ce but ; et nul moyen, interne ou externe, nulle conscience, nulle religion, aucun prédicateur de morale, aucune li pénale, etc., ne seront, à beaucoup près, en état de combler cette lacune. La conscience publique est en même temps la conscience de l'individu, et cette conscience publique ne peut avoir sa source que dans un état social et politique raisonnable, propre à donner satisfaction aux besoins de l’homme, et dans une éducation, dans une culture basée sur les principes de L'amour de l'humanité. C’est dans le moment si propice à l’éducation et à l’instruction, où l'esprit est si accessible aux impressions du dedans et du dehors, c’est pendant la jeunesse qu'il faut jeter les fondements de cette conscience et, par conséquent, de toute morale ; et ce doit être le but le plus élevé de l'éducation publique et générale, que d'éveiller et de fortifier chez le jeune homme les aplitudes et les penchants utiles à la société, en affaiblissant et en étouffant au contraire eeux qui lui sont nuisibles. On verra se développer peu à peu, de cette façon, une race toute nouvelle et mieux organisée au point de vue moral, et les crimes, les vices et les fautes disparaître au fur et à mesure que le terrain, en dehors duquel ils ne peuvent prospérer, se rétrécira en se stérilisant.

Si maintenant, et malgré tout cela, il y a encore des gens qui voient dans la ruine des dogmes religieux ou métaphysiques et dans la propagation de la croyance à la réalité d’un ordre naturel des choses ne recevant pas son impulsion du dehors ou d’en haut, un danger pour la morale et les bonnes mœurs et, par conséquent, pour l'Etat et pour la société, on ne peut que prendre en commisération tant d'ignorance unie à des conceptions si bornées. L’humanite ne peut rien perdre, elle ne peut que gagner, — au point de vue intellectuel et moral — à la diffusion de la science et des lumières et à la disparition des idées superstitieuses ; ce serait renier l'histoire et la raison que de se refuser à le reconnaître. Les

conceptions générales relatives à l’ordre du monde et à l’immortalité ÿeuvent se modifier ou se transformer à leur aise : la société humaias n n ‘en jra pas autrement An n 'en souflrira en sucune Magon. A: su nr? Isze, TOOL SIE ze uno, de 4

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522 VORCH ET MATIÈRE

Et même si nos idées n'étaient pas complètement justes, s'il n’était pas possible, en effet, de débarrasser la société de ses an- . tiques préjugés et de ses erreurs sans lui porter préjudice, la science et la philosophie — c’est-à-dire la conception naturelle el scientifique du monde — ne pourraient faire autrement que de déclarer que la vérité, — comme on l'a proclamé au début de ce chapitre — est au-dessus de toutes les choses divines et humaines, et qu'il n'y a pas de raisons assez fortes pour permettre de la repousser. « La Vérité a des droits imprescriptibles, dit Voltaire. Comme il est toujours temps de la découvrir, il n’est jawmais hors de saison de la défendre ».

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