‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 10 sur 50 · CONCLUSIONS ET SYNTHÈSE · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS ET SYNTHÈSE

A l'analyse des deux tendances qui portent à l'exaltation de moi, faisons succéder l'étude du rôle de l'humilité dans leur direction ; npus constaterons que, sans elle, la vertu chrétienne ne peut ni s'établir, ni durer, et que le châtiment de l'orgueil sort de l'orgueil lui-même.

1. L'estime de soi porte à faire fonds sur ses idées, sur ses ressources, sur sa volonté. Or qu'arrive-t-il si cette confiance est excessive ? Qu'elle détermine des erreurs de conduite et qu'elle amène des déceptions? Assurément, mais c'est peu. Le plus grave, c'est qu'elle tend à obscurcir la notion du besoin de Dieu, du recours à Dieu, et c'est là plus qu'une erreur, plus qu'une simple faute, c'est un immense danger, car une telle attitude implique la négation implicite de la grâce.

Sous l'influence de cette disposition, l'orgueilleux ne songe pas à consulter Dieu et à implorer son secours pourtant nécessaire. Aveuglé par l'esprit propre, il ne voit ni le fait, ni surtout l'odieux de cet étrange oubli.

Cet égarement, qui naît d'un sentiment vicieux, est responsable des désastres qu'il entraîne parfois.

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Cette analyse se résume en la formule suivante : Dieu par sa grâce est le principe de la vertu. L'orgueilleux pense et agit comme s'il était lui-même ce principe.

II. Le désir excessif de l'estime s'oppose également à la vertu, quoique d'une autre manière ; il s'attaque pourtant, lui aussi, au droit de Dieu. En effet, Dieu n'est pas seulement le principe de nos actes vertueux, il doit en être encore la fin. La vue .de nos intérêts, même légitimes, n'est que secondaire.

Que devient cette préoccupation sainte dans une âme où règne le désir excessif de l'estime des autres ? Si Ton a tant à cœur de réussir, c'est qu'on veut l'honneur du succès ; et si l'on Souffre tant d'un échec, c'est qu'il rabaisse. Que d'efforts, que de sacrifices, n'a point provoqués la recherche d'une position plus brillante, d'une distinction honorifique, d'une simple louange peut-être ; or, au milieu de tout ce tumulte d'espérances et de craintes personnelles, rien pour Dieu! Des actes inspirés par de tels motifs auraient beau être, par eux-mêmes, bons et bienfaisants, ils ne sont ni surnaturels,ni même vertueux au vrai sens du mot. Que dire d'une vie dirigée presque entièrement par de tels mobiles ?...

Cette seconde analyse se résume, elle aussi, dans une courte formule : Dieu doit être la fin dernière de nos actes ; l'orgueilleux l'oublie et l'écarté en ne se préoccupant que de soi. — Il lui fait encore une autre injure : celle de pré-

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férer à son estime, Testime vaine des créatures <.

III. Pour châtier l'orgueilleux, Dieu n'a qu'à le livrer à lui-même : cette conséquence ressort lumineuse des notions qui précèdent. En effet, de lui-même, l'homme déchu tend au mal; or, s'il n'est pas retenu par lesecours de Dieu, il y descend tôt ou tard, et il s'y enfonce toujours davantage, selon la loi, parfaitement applicable au monde moral, de l'accélération des vitesses. Nous développerons en son lieu cette vérité.

Un tel orgueil, ainsi châtié, est rare parmi les chrétiens qui conservent avec Dieu quelques rapports, à plus forte raison, parmi les âmes pieuses. Craignons néanmoins un orgueil moindre qui ne laisserait pas d'appeler de justes punitions : sécheresse persistante, insuccès, tristesse, fautes, hélas ! où Dieu laisse tomber.

Ce genre de châtiment vise spécialement l'estime propre, quand elle est démesurée ; le désir excessif de l'estime trouve plutôt le sien dans

t. Il ne faudrait pas comprendre dans ces appréciations sévères, un certain orgueil naïf et qui s'étale ; « Grâce à Dieu j'ai un très bon jugement. — Il n'y en a pas un comme moi pour... — j'ai le don de la parole, je le dois à Dieu... » — Hélas I vous lui devez beaucoup moins que vous ne pensez !

Cet orgueil, plutôt instinctif et sans malice, n'attire pas les malédictions de Dieu : il se contente de provoquer le sourire des hommes. — La sottise ici l'emporte sur l'orgueil.

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