IV« EXERCICE
L'humilité fondement des vertus
Premier point : Du fondement des vertus. — Deuxième point : Pureté d'intention. — Troisième point : Confiance en Dieu
Préparation pour la veille. — J'envisagerai demain cette vérité en elle-même, car ici le but n'est pas tant de m'examiner que de m'instruire. S'instruire est le premier pas vers le bien que Ton poursuit. Je veux donc me mettre en face de cette maxime reçue : riiumilité est le fondement des vertus. Est-elle bien vraie? Comment l'entendre? Jusqu'où va sa. portée? Par quelles dispositions pratiques se traduitelle? — Jusqu'ici ne l'ai-je pas acceptée de confiance sans en avoir pénétré la raison d'être? L'imperfection de mon humilité ne tient-elle pas, en partie, au vague de mes idées sur ce point et au manque de conviction qui en résulte ?
0 mon Dieu, des lumières : les vôtres; — des craintes : celles que je dois avoir! Mais par dessus tout, la volonté de me faire humble I
QUATRIÈMK MÉDITATION 57
Méditation
Prélude. — Demander la grâce de bien comprendre les rapports étroits de Thumilité avec les vertus chrétiennes.
I. Du fondement de la vertu. — La vertu est un ensemble de bonnes dispositions et de forces acquises qui, nous maintenant dans la pratique du bien, constitue notre grandeur morale. — C'est pourquoi on l'a comparée à un édifice.
Tout édifice, pour durer, doit reposer sur des fondements solides. Celui de la vertu, nous l'avons vu plus haut, n'est autre queDieuprincipe et fin de notre vie spirituelle. Or, la vertu qui lui reconnaît ce rôle et en assure l'exercice, c'est l'humilité : c'est elle, en effet, qui le considère comme principe premier de nos actes vertueux et comme objet final de nos intentions.
Au contraire, l'estime de soi, quand elle est déréglée, porte l'orgueilleux à compter trop sur ses propres forces et à s'attribuer le bien qu'il fait. D'autre part, le désir excessif de l'estime, l'entraîne à considérer en toute chose ce qui lui rapportera le plus de considérations et d'éloges.
En dernière analyse le fondement des actes moraux est dans le mobile qui les détermine ; le mobile en est l'âme. Or, en réfléchissant, nous reconnaissons que si nos actes humains, pris en
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général, peuvent avoir des mobiles très variés, il n'en est pas de même de nos actes rertueux. Ces derniers sont commandés, pratiquement, ou par le désir de plaire à Dieu, ou par le désir de nous attirer Testime des hommes. L'amour des jouissances, par exemple, ne produisit jamais de vertu, même apparente.
L'orgueilleux met sa complaisance en luimême et, jusque dans la vertu, il recherche sa propre excellence.
La lutte est donc, ô mon Dieu, entre vous et mon orgueil. Ma vertu reposera-t-elle sur vous qui êtes la force, ou sur moi qui suis la défaillance innée? Le mouvement de ma vie s'orientera-t-il vers votre gloire à procurer, ou vers ma vaine gloire à satisfaire? Serez-vous mon Dieu, ou serai-je mon idole?
Une vérité lumineuse se dégage de cette constatation : l'orgueil est le rival de Dieu, l'orgueil est le moi se substituante Lui. — Cet état se présente sous deux aspects et peut se traduire par ces deux formules : Je compte sur moi. JTagis pour moi.
Je compte sur moi, sur mon savoir-faire, sur mes résolutions, sur ma force : parole de folie, puisque sansDieu je ne puis rien, — J'agis pour moi. Parole de désordre et d'injustice. Dieu devant être l'objet final de tout ce qu'il a créé.
Le contraire de cette prétention détestable se traduit lui aussi par deux formules, celles-là douces et fécondes : Je compte sur Dieu ; fagis pour Dieu ! C'est la confiance en Dieu; c'est la pureté d'intention.
II. Confiance en Dieu. — « Je compte sur Dieu. » C'est le propre de l'humilité de uous montrer avec évidence notre dépendance en tout ordre de choses. Sans Dieu, nous ne pouvons rien, et, pour tous les actes surnaturels, sa grâce nous est absolument nécessaire.
Nous méditerons bientôt ces vérités ; contentons-nous, en ce moment, de les admettre, et tirons-en cette conséquence nécessaire: compter sur soi serait folie. Or, cette folie est celle de l'orgueil.
La grâce nous étant indispensable. Dieu, dans sa sagesse, doit exiger que nous nous présentions pour la recevoir avec les dispositions qui conviennent à notre impuisance; aussi a-t-il fait de l'humilité la tondition de ses dons.
L'humilité, envisagée à ce point de vue, c'est la défiance de soi-même. Or, cette défiance, quand elle est vertu, se tourne comme instinctivement vers Dieu par la confiance : « Je me connais, et je vois que je ne puis rien ; je connais Dieu, et je sais qu'avec lui je peux tout. Plus je me sens petit, faible, entraîné au mal, plus je sens grandir en moi le besoin de la confiance. »
III. Pureté d'intention. — « J'agis pour Dieu », telle est sa formule. C'est Tordre, c'est la sagesse, c'est le bien, — c'est graviter vers l'Etre infini par qui tout existe, ... c'estdonner ma note dans le concert universel qui le glorifie,... c'est prendre ma vraie place dans le plan de bonté qu'il a formé. — Dieu n'eût-il pas de droits
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qu'ilreste le Bien suprême, éminemment digne d'amour; et je serais un insensé, si je n'en faisais pas le but de tous mes actes.
Or l'orgueil m'en détourne, alors même qu'il se réduit à n'être qu'un orgueil pratique.
Sans faire de soi une idole dans le sens absolu du mot, on peut tout ramener à soi en fait ou en désir. On n'exclut pas Dieu formellement, mais on le laisse en dehors de ses intentions.
On sort ainsi du plan éternel, on perd l'orientation véritable, on se fait errant et déplacé dans la création.
C'est l'humilité qui assure la pureté d'intention. Elle nous dégage de l'obsession de nousmêmes et nous tient à notre rang. L'âme vraiment humble confesse volontiers les droits de Dieu etlesrespecte. Elleen faitla règle de sa vie; si elle s'en éloigne, elle le remarque et revient sur ses pas. Cette pureté d'intention est pour elle un besoin et, « la lumière qui est en elle éclaire » tous ses actes.
Heureuse l'âme parfaitement humble, qui vit abandonnée aux desseins d'un Père tout-puissant! Elle veut tout ce qu'il veut, elle aime tout ce qu'il aime. — Elle subit les épreuves du dehors, les délaissements du dedans, avec les mêmes sentiments, car elle n'en saurait avoir d'autres...
Combien l'âme orgueilleuse est loin de ces dispositions, et qu'elle est à plaindre! car il est écrit : « Tout ce que mon Père n'a point planté sera arraché. »
La pureté d'intention et la confiance en Dieu sont donc ÛUes de VhumiUté» La pureté d'in-
tention dirige, la confiance anime, et ensemble elles fondent V avancement, qui peu à peu amène à la perfection,.. Dieu, qui est ici-bas leur objet poursuivi, sera au ciel leur objet possédé.
Résolution. — Ne pas me faire un besoin de l'estime des hommes, m'élever au désir de celle de Dieu: elle peut suffire; elle doit dominer.
Première Semaine