‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 14 sur 50 · VII« EXERCICE · texte numérisé non relu

VII« EXERCICE

Châtiment de Torgueil

Premier point : La stérilité personnelle. — Deuxième point : L'abandon et l'aversion de Dieu. — Troisième point : La déchéance et la dégradation.

Préparation pour la veille. — i" L'orgueil tend à priver Dieu de sa gloire, que dis-je, de son rôle même. Il se met à sa place sinon intentionnellement, ce qui serait monstrueux, du moins pratiquement, ce qui est assez détestable déjà. Comprendrait-on que Dieu le souffrît! Quels seraient, parmi nous, les sentiments d'un maître à l'égard d'un domestique, qui n'en ferait qu'à sa tête et se croirait tous les droits? Comment le traiterait-il? Non seulement il le punirait, mais il le punirait par où il a péché, en le faisant paraître vil et misérable dans ses prétentions.

2* Toute I À a pour but de maintenir l'ordre; or, l'humilité est la. loi de notre condition présente. Si elle est violée, le désordre s'introduit fatalement en nous, autour de nous, et

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dans nos rapports avec Dieu; de là des erreurs, des périls, des insuccès, la ruine de la vertu peut-être et jusqu'à l'impénitence finale.

3° Il est rare que le châtiment se précipite sur le coupable, il s'avance d'un pas lent mais sur. Des années se passent sans que rien le fasse pressentir, et, pendant ce temps, l'orgueilleux prend une telle habitude de son faux rôle, qu'il le poursuit avec une sorte d'inconscience.

J'envisagerai demain cet objet d'une juste terreur. Que ces craintes ravivées me déterminent à des résolutions viriles! Pour être rassurés, rappelons -nous qu'il ne suffit pas de ne se point voir orgueilleux, mais qu'il faut se sentir humble (c'est-à-dire sans valeur et sans consistance par soi-même).

Méditation

Prélude. — Demander la grâce de bien me persuader que la question de l'humilité et de Torgueil est une question de vie ou de mort.

I. La stérilité personnelle. — L'orgueil possède la propriété fatale, de stériliser en nous tout ce qu'il touche. L'action la plus belle, s'il l'inspire, reste vide pourle ciel, comme une fleur inféconde; et toute la partie du bien qu'il atteint de son souffle se flétrit aussitôt. Ainsi, la vie la plus active dominée par ce vice, ressemble à ce tonneau des Danaïdes que rien ne remplit.

Notre>Seigneur, parlant des Pharisiens, qui

jeûnent et prient pour en tirer honneur, s'écrie : « En vérité, en vérité^ ils ont reçu leur récompense. » Pourquoi Dieu récompenserait-il ce qui n'est point fait pour lui ?

Il le voudrait, d'ailleurs, qu'il ne le pourrait pas. Tout acte privé d'une intention surnaturelle, au moins virtuelle, ne saurait obtenir le concours de Dieu dans cet ordre. La vitalité lui manque. La grâce n'y étant point entrée, la gloire ne saurait s'y épanouir. Le Saint-Esprit ne l'ayant point vivifié, le Ciel ne saurait le consacrera

Représentons-nous la déception de l'orgueilleux à l'instant qui suit la mort : il se voit les mains vides, il entend retentir cette sentence : « Je ne vous connais pas » ; et il s'étonne 1 « Est-ce qu'il n'a point prophétisé? » Est-ce qu'il n'a pas subi mille fatigues? Est-ce qu'il ne s'est pas livré jusqu'à la fin aux exercices de la piété et du zèle?...

Oui, il a fait tout cela; il a même réussi dans certaines œuvres. Mais quel a été le principal mobile de tout ce mouvement? l'applaudissement, la considération. Il les a, hélas! obtenus ; et c'est tout. La récompense est digne de sa vanité : « Receperunt mercedem vani vanam. Leur vertu était vaine; vaine fut leur récompense. » (Saint Augustin.)

1. Pour qu'une action soit méritoire il faut qu'elle réunisse ces trois conditions : 1» action bonne en elle-même ; 2» état de grâce ; 3» intention surnaturelle (intention virtuelle veut dire intention précédente qui se fait encore sentir, sans être explicite).

Heureux encore si le ciel lui reste ouvert! Il le doit à la seule miséricorde ; et cette miséricorde a été touchée peut-être par quelque petit acte de vertu, par quelque petite pratique pieuse dont il ne faisait pas grand cas; peut-être par la prière de quelque àme bien humble!... Mais que de trésors de grâces perdus et pour toujours I

II. L'abandon et l'aversion de Dieu. — 1* Pour le châtier, Dieu n'a pas besoin de s'armer du glaive contre l'orgueilleux ; il suffit qu'il le livre à lui-même. Iliende plus juste, puisqu'il est présomptueux. Rien de plus fatal, puisqu'il est faible.

Aveuglé par ses illusions, précipité par ses entraînements, il va de lui-même aux abîmes. Le sentiment du danger lui échappe, il a un bandeau sur les yeux, il ne sent pas le besoin de demander lumière et secours.

Or, entre le Dieu tout-puissant et l'homme essentiellement défaillant, règne comme un contrat tacite : soyez humble et priez. — Soyez à votre place; je serai à la mienne et je vous soutiendrai.

La sanction de ce contrat violé, c'est le délaissement; et cette sanction ne reste pas indéfiniment à l'état de menace.

2® Si l'abandon de Dieu est terrible, que dire de son aversion? Elle va jusqu'à la haine: « Très species odivi... pauperem superbum : Trois choses provoquent ma haine... le pauvre orguôUieux. » — « Abominatio Domini omnis arro^

siptiIhi H^DITÀTION tî

gans : Le Seigneur a en abomination tout homme arrogant. »

Cette haine poursuit l'orgueilleux, et rien ne peut le soustraire à ses fureurs vengeresses. « Superbia cordis tut exaltavit te : et si exaltatus fueris ut aquila, et si inter sidéra posueris nidum luum, inde detraham te^ dicit Dominus. Ton cœur a pris son essor d'orgueil; mais c'est en vain que tu te seras élevé haut comme l'aigle ; c'est en vainque tu auras établi ton nid haut comme les astres : je saurai t'arracher de là, dit le Seigneur, »

Méditons ces paroles pleines d'épouvante, révélation inattendue de la haine que porte à ce vice un Cœur connu par sa miséricorde I — Haute position, même dans l'Eglise ; services éminents rendus, même à la Religion ; vertus admirables et trop admirées sans doute... toutes ces grandes choses peuvent devenir la matière de l'orgueil, sans être une défense auprès de Dieu : « Je t'arracherai même de là, inde detraham te; et il l'a fait pour de grands potentats : Deposuit potentes de sede. »

III. Déchéance et dégradation, — Voyons comment se traduit l'aversion de Dieu et où aboutit son abandon.

Saint Paul, parlant des philosophes perdus par leur orgueil, nous dit : « Tradidit illos in desideria cordis eorum^ in immunditiam. Dieu les abandonna aux pires instincts de leur cœur, et ils devinrent immondes, ut contumeliis afficiant corpora sua, et l'ignominie alla si loin qu'elle stigmatisa leurs corps eux-mêmes. »

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Les voilà déchus, dégradés, mis au rang de la brute, « animalis homo ».

Emus de ce spectacle, songeons que l'orgueil est le principe de cet avilissement, et qu'il le contient en puissance : « Initium omnis peccati superbia. » Il est la source des vices •' parole révélée, parole d'expérience. Or, ce qui sort de cette source corrompue est si répugnant que notre langue se refuse à traduire ici l'image employée par l'Ecriture: aSicut éructant prœcordiafœtantium... sic et cor superborum. »

Nous étonnerons-nous, après cela, d'entendre affirmer que l'orgueil est un des signes les plus manifestes de la réprobation?

L'orgueilleux, une fois plongé dans le mal, y trouve son tombeau.

Pour en sortir, il faudrait se reconnaître coupable ; il faudrait appeler la grâce ; il faudrait s'humilier... toutes choses dont ce malheureux est incapable.

Réflexion. — 1° Parmi les châtiments que nous venons de méditer, il n'en est pas un seul que nous ne soyons exposés à nous attirer tôt ou tard... Craignons les progrès insidieux de l'orgueil; craignons aussi la colère d'un Dieu jaloux de sa gloire, que ce vice lui dérobe.

Tremblons, en considérant la nature si différv^nte du bien et du mal. Au bien, il faut que rien ne manque ; toute lacune au contraire laisse passer le mal. Ainsi, telle bonne action conçue dans des vues d'amour-propre sera viciée môme avant de naître. Saintement com-

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mencéè, elle sera altérée tout à coup par un motif d'orgueil, qui s'en empare. — Enfin, parfaitement accomplie, elle peut déposer en nous, par la vaine complaisance, un germe de corruption.

2» A ce tableau lamentable, faisons succéder un tableau consolant : c'est celui que présente le règne de l'humilité.

Au lieu de la stérilité jusque dans les plus grandes actions, c'est le mérite jusque dans les plus petites.

Au lieu de l'aversion, c'est la tendresse : Dieu devient une mère.

Au lieu.de la déchéance, c'est l'élévation: « De stercore erigens pauperem. Et exaltavit humiles. »

Enfin, au lieu de la réprobation présagée, c'est la prédestination assurée : « Humiles salvabit Dominus. » Et il n'en saurait être autrement : « L'humble prie et Dieu l'écoute. Respicit in orationem humilium. » — Il peut tout en celui qui le fortifie ; il vit, .et c'est Dieu qu'il laisse vivre en lui. — Il s'en va donc au milieu de l'ombre et du silence, toutes les fois qu'il le peut ; à l'ombre du Seigneur, quand il faut se montrer; oublieux du bien qu'il fait ; doux envers tout le monde; filial envers Dieu.

Qui ne se sentirait le besoin et le désir de se faire humble I

Résolution. — Je veux me faire humble, coûte que coûte.

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