‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 17 sur 50 · EXERGIGB · texte numérisé non relu

EXERGIGB

Nécessité de la grâce actuelle

Premier point : Sa nécessité en général. — Deuxième point : Nécessité de la grâce prévenante. — Troitième point: Nécessité de la grâce concomitante.

Préparation pour la veille. — 1» La méditation qui précède projette toute sa lumière sur la méditation de demain.

Si, dans Tordre de la nature, je ne suis rien, que suis-je donc dans Tordre de la grâce? La grâce ne m'est point due ; m'étant donnée, elle ne fait jamais partie de ma substance, elle reste un vêtement divin, dont je puis à chaque instant me voir dépouillé.

D'autre part, si la vie naturelle, avec ses actes moindres, a besoin, pour tous ses mouvements, du concours de Dieu, que dire de la dépendance où nous réduit l'exercice d'une fie surnaturelle dont tous les actes participent *u divin?

2® Le croirait-on? beaucoup de chrétiens, ^ns s'en douter, professent sur Taction de la

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grâce actuelle des idées matériellement hérétiques. Leur erreur n'est que de l'ignorance, et la bonne foi les excuse ; il est cependant de leur devoir de s'instruire. Non, la grâce n'est pas seulement, comme ils le croient, un complément de force; elle est le principe premier de tout acte surnaturel, de ceux-là mêmes qu'une longue habitude ou un attrait personnel nous rendent extrêmement faciles ; voilà un dogme de foi.

3» En sondant notre néant et notre situation à ce nouveau point de vue, nous ne manquerons pas de considérer que là, du moins, notre dépendance tient à notre grandeur : notre vie surnaturelle reste par essence une vie dépendante, parce qu'elle participe à la vie même de Dieu, et que Dieu seul peut l'exercer. Cette condition est tellement la nôtre, qu'elle nous suit dans l'éternité même. Là encore. Dieu demeure le principe de tous nos actes. Oh ! dépendance délicieuse: c'est Dieu qui se fera adorer, aimer, chanter par nous dans une 'ndicible union, voisine de l'unité 1

Méditation

Prélude. — Demander la grâce d'éprouver de mon néant une impression plus vive encore, mais plus consolante.

L Nécessité de la gfàce actuelle en général. — Dans l'ordre surnaturel, l'incapacité de l'homme est absolue. La grâce actuelle lui est

indispensable pour l'œuvre la plus simple, comme pour la plus difficile. « Nul ne peut dire méritoirement : iésus, sans le Saint-Esprit. »

Voilà une vérité dont nous avons entendu souvent l'expression : elle est passée à l'état de formule acceptée ; l'Eglise en a fait un article de foi ; nous la croyons fermement, mais peut-être n'en mesurons-nous pas toute la portée.

Pour y parvenir, prenons position sur un point élevé, qui domine l'ensemble. Choisissons comme sujet de nos observations un parfait chrétien, un religieux, un prêtre...

Il a gardé l'innocence de son baptême, il a servi Dieu avec une fidélité constante. Le voilà plein de mérites, de vertus et de ferveur... Ses mérites ont procuré à sa grâce sanctifiante des accroissements merveilleux. Ses vertus ont parfaitement assujetti sa nature. Sa ferveur met en activité toutes les ressources de son amour.

Le voilà, au fond, capable de tous les héroïsmes. Eh bien! sans une grâce actuelle immédiate, il n'est pas en état, tout saint qu'il est, de prononcer méritoirem.ent le nom de Jésus, si court cependant.

« L'œil le mieux conformé, dit saint Augustin, ne peut rien voir, sans le secours de la lumière. L'homme le plus saint ne peut bien agir, sans le secours divin de Féternelle lumière de la grâce. »

II. ^.icessité de la grâce prévenante. — Prenons dans l'ordre physique une comparaison

féconde en déductions. Voici une harpe absolument juste : on peut dire qu'elle contient à l'infini des mélodies latentes ; et cependant, pour les produire, elle aura constamment besoin de la main du harpiste.

l** Elle était inerte et silencieuse ; l'impulsion lui est donnée: elle vibre. — Remontez à l'origine d'un acte surnaturel, et vous trouverez la grâce prérenante. C'est elle qui a offert la pensée, le désir, ce réveil de l'activité; c'est elle qui a provoqué le vouloir,

2® Et dans ce vouloir, par lequel l'acte a été déterminé, cherchez encore, et vous trouverez la grâce actuelle le remplissant mystérieusement, sans destituer de son rôle la liberté humaine : Je veux, et c'est plus Dieu que moi qui veut avec moi.

Harpe du plus grand maître, instrument docile de ses plus belles inspirations, laissée à toi-même, tu n'es pas plus capable qu'une harpe quelconque d'exécuter l'accord le plus élémentaire... Tu es inerte;... tu resteras muette. — Ame parfaite d'un saint, te voilà, toi aussi !

30 La corde de la harpe pincée par l'artiste entre en vibration. — L'âme du juste, provoquée par la grâce, commence un acte surnaturel. Là l'intensité du son, ici l'intensité de l'acte ne sauraient dépasser la force de l'impulsion reçue. Tel le mouvement, tel l'effet. L'âme, en s'y associant, n'y apporte et n'y ajoute rien... comme la harpe.

Où est notre part?... nous coopérons... nous nous prêtons... nous faisons nôtre ce mouve-

■UMILIli. — 7.

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ment reça. ~ Allons au fond, c>st un rien àont Dieu fait quelque chose.

m. Nécessité de /a grâce concomitante. — Considérons un côté sous lequel notre impuissance paraît plus complète que celle de la harpe. Mis en mouvement, l'instrument prolonge ses vibrations. — Mue par la grâce, l'âme s'arrêtera aussitôt dans son acte surnaturel, si cette grâce ne continue avec elle son action sous le nom de grâce concomitante.

J'ai commencé un acte d'amour, parexemple ; mes lèvres vont en achever la formule : si la grâce s'arrête, ma formule se continue, mais reste vide.

Quoi donc ! rien que je puisse m'attribuer en propre/ Rien, pas même un vouloir, un simple désir... Non, c'est contraire à la foi !

Quoi 1 pas même le pouvoir de mériter ce désir, et de le conquérir, en toute justice, par des efforts naturels de raison et de volonté?... Non, cette prétention est contraire à la foi.

Mais du moins laissez-moi une part, si minime soit-elle ! Saint Paul ne dit-il pas : a Non pas moi seul, mais la grâce de Dieu arec moi, » donc je suis là, dans cet acte surnaturel, et j'y ai ma part. — Oui, mais cette part est de telle condition qu'elle ne peut nous enorgueillir, sans quoi l'Apôtre n'aurait point dit : « Quis te discernit? Qui peut te distinguer des autres ?» Oui, c'est de Dieu que j'ai reçu mêmb ce que j'ai fait librement, et jusqu'à ce par quoi je l'ai fait librement. « Deus est qui operatur in nobis 9t vêUe et pcrficere, » S'il est vrai que je suis un

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être créé, il est rigoureusement vrai que je reste un être portant le néant dans son activité comme dans son fond ^

Réflexions et affections. — Etonnementde nous sentir orgueilleux. — Vue pénétrante du mensonge etde Tinjustice de cette disposition. — Grandeur de l'humilité pressentie. ■— Manifestation de sa place : elle se trouve à la hase de tout acte et de toute vertu. — Sa nécessité n'est pas une de ces nécessités morales, synonymes de « grande importance » : la nécessité de Vhumilité participe à la nécessité de la grâce, et elle est de même rigueur.

Toute cette doctrine se résume dans une formule aussi exacte que saisissante : Dieu a le devoir d'exiger de nous l'humilité, car il a le devoir de maintenir Tordre absolu des choses. Il n'aurait pas 2e droit de nous permettre un atome d'orgueil.

Représentons-nous ce souverain et just« Seigneur, les mains pleines de grâce, et regf\r-«

1. Il n'entre point dans l'objet de cette Probation de dis* cuter les opinions émises par les théologiens, pour concilier la liberté de l'homme avec le rôle obligé de Dieu : notre dépendance et notre fragilité ressortent finalement de tous les systèmes; cela nous suffit.

Voir le comment n'est pas nécessaire : où nous ne voyons pas, nous- savons ; et nos raisons de croire sont certaines.

Avant de comprendre le comment de l'action de Dieu dans ses créatures, il faudrait comprendre le comment de l'acte premier qui les a produites.

Tant que la création restera un mystère, ie mystère s'étendra naturellement sur ses conséquences. En revanche, la véi'ité de la création les revêt de sa propre oertitude.

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dant attentivement où il les placera. Rien de plus libre que son choix : il peut se détourner de moi !... Comprenons ce mot : n Deas superbis resistit!... Humilibus autem dat gratiam. Il résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles. »

Devant Lui, faisons-nous bien petits; restons bien soumis et bien dépendants. Aimons à nous prosterner dans l'adoration, à l'Église surtout, mais parfois aussi dans le secret de nos demeures : c'est l'attitude qui convient. Et si, devant les hommes, nous devons souvent nous en départir, gardons-en du moins une impression profonde qui sera modératrice.

Résolution. — Contempler 1 action incessante de Dieu en moi — la sentir en quelque sorte. — N'avoir rien sans Dieu, pas même un acte : grand sujet de Joie comme d'humilité. Me rendre aujourd'hui cette pensée familière.

Deuxième Semaine

X* KXfiRGICE

La nécessité de grâces spéciales

Premier point :Leur nécessité pour la persévérance dans le hicn. — Deuxième point : AppUcsLiion» particulières.— Trotsième point : Rôle sauveur de Thumilité.

Préparation pour la veille. — Nous aborderons demain un sujet redoutable pour la raison, mais décisif pour l'humilité. Nous verrons que, sans des grâces spéciales qui ne nous sont dues à aucun titre, nous ne résisterions pas à certaines tentations; et que si nous venions à succomber, nous ne pourrions sans elles nous relever. Bien plus, la simple persévérance dans la vie pieuse dépend absolument de leur secours. Et ce n'est pas moi seul, pauvre être imparfait, qui subis cette dure condition, le plus saint des hommes sur la terre y est assujetti : comme moi, il doit crier cette même misère.

Ah! si je la ressentais, comme un saint Philippe de Néri qui redisait en gémissant, chaque matin, cette prière : «0 mon Dieu, ne vous fiez pas à moi! Retenez-moi et gardez-moi, car sans vous il n*est pas de faute que je ne sois

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capable de commettre avant ce soir 1 » Or, cette crainte, même chez lui, était absolument fondée; un acte d'orgueil, par exemple, le dessa'-issant des grâces spéciales, l'aurait peut-être laissé défaillir.

Impression de crainte, — vif sentiment du besoin de Dieu, — désir de sonder à fond cette importante et dure vérité.

Méditation

Prélude. — Demander la grâce de ressentir ces profoades impressions de crainte, qui jettent aux pieds de Dieu brisé et soumis.

I. Nécessité de grâces spéciales pour la persévérance dans le bien. — L'homme est assuré de recevoir toutes les grâces dont il a besoin, mais il ne l'est pas d'y correspondre. Il y faut un secours spécial, et qui n'est rigoureusement dû à personne. Ce secours consiste dans l'intensité ou lopportunité de la grâce elle-même : condition lamentable introduite par notre déchéance originelle l

Ecoutons le Concile de Trente : « L'homme en état de grâce ne peut persévérer en cet état sans un secours spécial de Dieu*. »

Pesons bien chaque mot.

i* Il s'agit de l'homme en état de grâce:

1. Si qui» dixerit juêtificatunt, sine speciali auxilio Dei, in accepta, juttitia persevertwe po«M,... mnathema tit (CoM. Trid., leit. 6 oan. 12).

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c'est-à-dire de l'homme possédant la vie surnaturelle ; de l'homme ayant droit aux grâces ordinaires.

Ne semble-t-il pas qu'il ait tout ce qu'il lui faut pour atteindre le but? — Il ne l'a pas, vu sa fragilité.

2° Il s'agit de tout homme, fût-il un saint.

Quoil un saint n'aurait pas du moins un droit rigoureux à ces grâces ? — Nullement.

a» 11 s'agit, non pas de se perfectionner, de s'élever dans cet état, mais simplement d*j persévérer. Ne puis-je donc rester ce que je suis, et garder ce que j'ai, si je le veux de toutes mes forces? —Non, car, sans un secours spécial, cette volonté pourrait nous manquer.

4» Il s'agit d'une véritable impossibilité de fait. Le saint Concile ne dit pas : difficulté, grande difficulté; il dit: impossibilité ^ « non posse ».

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