‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 20 sur 50 · PRÉPARATION · texte numérisé non relu

PRÉPARATION

il est vrai, rhumiliation et la souffrance apparaissent évidentes; mais régnaient-elles au dedans? Ces faits ne se produisaient-ils pas, uniquement, dans le but de constituer en notre faveur le grand enseignement des exemples?

2» En tout cas, si ces humiliations et ceg souffrances furent réelles, Jésus avait, pour les supporter toute sa vertu divine : Il était Tinfini, le tout-puissant, le fort par excellence;... et moi, je ne suis qu'une pauvre petite créature, pétrie de faiblesse!... Son humilité fut de sa taille comme tout le reste... C'est à peine si mes regards peuvent s'élever assez haut pour en contempler la grandeur, comment ma vie serait-elle capable de l'atteindre ? Laissez-moi tomber à genoux devant ces prodiges pour les admirer : mais ne me demandez pas de les reproduire.

Quoi I l'humilité de Jésus ne serait qu'une apparence, qu'un décor, qu'un modèle sans vie? Quoi, si ces exemples sont réels, ils n'appelleraient pas mon imitation, parce qu'ils se trouveraient en dehors des conditions de ma nature? oh I non, mille fois non I l'humilité de Jésus, mon frère, n'est point une simple apparence ; elle n'est point non plus un exemple hors de ma portée, sans quoi le Dieu de vérité nous tromperait! le Dieu juste nous entraînerait à subir douloureusement des humiliations dont il n'aurait point souffert lui-même ; le Dieu sage nous imposerait un fardeau que

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seules des épaules divines sauraient porterl...

Jésus a senti la honte de rhumiliation avea cette répulsion naturelle qu'inspire le sentiment de la dignité personnelle ; et il l'a acceptée comme une chose juste, nous le verrons bientôt. Il fallait, en effet, ces deux conditions : sentir et accepter : sentir réellement dans son cœur d'homme, — accepter librement dans sa volonté de fils soumis, pour que son humilité fût une vertu, et pour que ses actes eussent un mérite.

L'âme de Jésus ressemblait à notre âme comme son corps ressemblait à notre corps. Ils étaient faits l'un et l'autre des éléments qui nous constituent nous-mêmes: son corps avait notre sang, nos nerfs, nos organes ; son âme, ainsi que la nôtre, était douée d'intelligence, de volonté, de sensibilité. Si notre sang humain coulait dans ses vwnes,nos sentiments humains palpitaient dans son cœur.

Deux grandes différences s'accusent néanmoins entre sa manière de sentir et la nôtre ; mais ces deux différences ne font qu'ajouter à la force de l'exemple; Jésus, mieux doué que nous, sentait plus vivement. Jésus, plus vertueux que nous, acceptait plus filialement.

!• Ne sait-on pas qu'une plus grande souffrance est dans la vie le partage des natures d'élite? Plus hautes, elles voient de plus loin; plus affinées, elles saisissent les moindres nuances ; plus constantes, elles sont moins

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ca fiables d'oubli. Ainsi, pliH il aura souffert, ce Jésus adoré, plus il aura le droit de nous donner ses actes et ses sentiments comme de vrais exemples :

2° Sans doute, ces exemples laisseront toujours bien loin en arrière notre traînante imitation ; et ce n'est pas seulement par la grandeur des actes qu'ils la dépasseront, mais aussi par la perfection de l'offrande : Jésus alla au-devant de la souffrance et il l'aima : « Desiderio desideravù »

Mais alors où est son mérite, si rien ne lui coûte, s'il fait tout par amour?...

Depuis quand l'amour qui rend tout facile sera-t-il donc regardé comme une diminution du mérite ? Donnerons-nous moins de reconnaissance à une ^fection très vive qui se fait un bonheur de panser nos blessures ou de nous sacrifier ses joies? Depuis quand la vertu qui, elle aussi, rend tout facile, a-t-elle fait perdre à des actes accomplis avec aisance, le droit d'être admirés. Quoi ! à mesure qu'ils grandiraient,* l'amour divin et la vertu feraient baisser la valeur de nos actes I

3« Si les actes de Jésus furent déterminés par son immense amour, ils le furent librement comme douloureusement; caren Jésus, sachezle bien, ce n'était pas la Divinité qui sentait mais la nature humaine, cette nature plus sensible que la nôtre et plus accessible encore à la souffrance. Ne dites donc plus : je ne suis point Dieu, je ne puis faire ce que fait le Tout- Puissant... Vous avez devant vous, non le Dieu, mais le Fils de rhomme ; et c'est Lui qui est offert à votre imitation.

mmuurà. — 10

Troisième Semaine

XV« EXERCICK

Enfance et vie cachée Humilité d'effacement

Préparation pour la veille. — Ce sont les faits qui vont parler d'abord : c'est sous nos regards que l'humilité de Jésus va se produire dans la douce lumière de sa vie cachée, à travers les émouvants mystères de sa Nativité, de sa Présentation, de sa fuite en Egypte, puis le long de ces années monotones qui s'écoulent lentement dans les obscurités voulues de Nazareth.

Trente ans sur trente-trois I quelle préfé- ?ence marquée I Jésus est venu pour parler aux Aommes et il est près d'eux. Quoique petit enfant, il a une lèvre éloquente ; il sent bouillonner dans son jeune cœur le zèle le plus ardent... et il se tait. Y aurait-il donc quelque chose de mieux que de sauver les âmes ? ou plutôt pour sauver les âmes, y aurait-il des moyens plus puissants que de se montrer et d'agir?...

1° Oui, c'est l'humilité qui prépare le succès ; elle dépouille l'homme de cette encombrante préoccupation de soi qui intercepterait l'action

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divine; elle rend insensible à ce qui est dur et déconcertant, tandis qu'au dedans elle dent le cœur tendre, et comme amolli à l'égard de tous. Mais pour une telle réforme, il faut à la nature humaine de longs espaces, remplis par de nombreuses victoires... Jésus avait besoin de l'enseigner à notre empressement.

2° L'humilité vraie tend d'ailleurs à l'effacement. C'est sa place choisie; c'est le lieu oii elle est à l'aise; elle s'y porte de toute sa force quand rien ne s'y oppose, et elle y demeure tant que la voix de Dieu ne l'appelle pas à en sortir : « Ama nesciriy aimez à être inconnu. »

3° Et puis cette retraite sacrée, pleine de silence, n'est-elle pas comme un sanctuaire oui Dieu se révèle et se donne plus intimement?... Gomment ne pas lui accorder ses préférences quand on a le cœur plein d'amour?

Demain, nous parcourrons avec tendresse les textes sacrés, qui nous racontent cette période tout imprégnée de douce humilité : C'est calme c'est touchant, c'est délicieux!

0 Marie, ô Joseph, ô anges, heureux et seuls témoins de ces anéantissements, prêtez-moi vos yeux et vos cœurs, pour que je contemple Jésus humble ^

1 . La tendance à l'effacement n'est-elle pas contraire an développement des grands caractères, et, par suite, à l'intérêt public ? — Ce serait vrai si l'ambition était le seul mobile capable de former de grands caractères et d'inspirer de grandes actions. Heureusement la vertu chrétienne trouve dans son amour pour la gloire de Dieu un mobile à

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Méditation ^

Premier prélude. — Se représenter le contraste du ciel immense et rayonnant où règne le Verbe, en face de ce pauvre coin de terre froide où descend le Sauveur. Entrevoir en haut les splendeurs incréées; contempler en bas rhurailité d'une étable abandonnée.

Deuxième prélude . — Demander la grâce de sentir vivement l'amour de Jésus pour tout ce qui tient effacé, de comprendre qu'un tel abaissement, qui n'était point nécessaire, devait être surtout ma leçon.

Et Verbum caro factura est. Comparons les deux termes : le Verbe, lumineuse image du Père, et la chair, poussière animée, la chair infime de l'homme. Ils se rapprochent jusqu'à s'unir. Ce mot : factura est^ ne semble-Ml pas emprisonner, cacher le Verbe dans la chair, et comme l'y anéantir : Exinanivit semetipsura ! Ce premier acte appartient à Dieu seul, ceux qui vont suivre appartiendront à THomme-Dieu.

Edicturaa Cœsare. Le voilà dès avant sa naissance soumis à un maître ; il subit ses exigences; César aura un sujet de plus, et Jésus n'aura ni demeure ni berceau... Il -l'a voulu, il l'a choisi.

la fois plus puissant et plus noble. Lisez, par exemple la vie des fondateurs d'ordres religieux. Cette vérité est d'ailleurs mise en lumière dans la 5* semaine.

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Non erat eis locus in diversorio. C'est chose toute naturelle : ils étaient pauvres, ils furent rebutés...

. RecUnavit eum in prœsepio. L'auge où mangent les animaux devient son berceau : une poignée de paille soutient et entoure son petit corps si tendre. — Doux Enfant endormi dans la crèche, vous semblez reposer dans l'humilité !

Pastores erant in regione illa : des pâtres, de pauvres gens, voilà ceux qu'il honore de sa première audience. Il les préfère, parce qu'il est humble.

Et hoc vobissignum. Le signe qui révélera le Dieu sauveur, c*est la petitesse : invenietis infantern, un petit être sans parole et sans regard.

In prœsepio^ comme un faible agneau dans son nid de paille.

Les bergers l'adorent et s'en retournent. Jésus reste ignoré, — Est-ce par ordre de Dieu que les bergers ne parlent pas ? — Est-ce par simple permission? — Peut-être parlèrentils? mais alors ils ne furent pas écoutés: c'étaient de trop petites gens. — Jésus ne quitte l'élable que pour aller dans une pauvre maison voisine. — Les anges l'ont proclamé le Messie ;... mais ils n'ont point écarté les voiles dont le couvre l'humilité.

Postquam impleti sunt dies purgationis. Quarante jours sont écoulés. Ils vont à Jérusalem; ils sont seuls, nul ne s'occupe d'eux.

Aq Temple, cependant, des prophètes les

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accueillent : Siméon, vénéré du peuple, le déclare la lumière des nations, et Anne parle de lui à ceux qui attendaient le Rédempteur d'Israël. C'est l'éclat d'un instant et le voile de l'humilité se referme aussitôt sur lui ; et quand les mages viennent le chercher à Jérusalem, Jérusalem, qui l'a reçu dans son Temple, ne le connaît même pas I

— La caravane des fils de l'Orient trouble durant un jour le repos de la cité. La science déclare que le Messie doit être né, et né à Bethléem. Bethléem est à deux lieues de là ; et nul n'y court, nul n'y accompagne les mages ! Quel prodige d'indifférence !

— Surge, fuge. Au milieu de la nuit une voix retentit: Joseph, lève-toi! prends V enfant et fuis\ Voilà tout ce que Dieu veut faire pour son fils!... Songeons aux ressources de la toutepuissance et admirons en Jésus la volonté bien arrêtée de n'être compté pour rien.

Le retour en Galilée est aussi dépendant, aussi obscur et aussi humble.

Nazareth se montre à nous avec ses longues années d'oubli : Petit village perdu au milieu de la verdure, avec ses deux ou trois rues où ne passe jamais un étranger ,• dans le silence de ses maisons, qu'interrompt seulement» de loin en loin, le bruit monotone de quelque instrument de travail. Et dans ce milieu obscur où (es iours e^ les lieures s'écoulent lentement,

Jésus, Dieu anéanti, reste ignoré de ceux qui l'emploient, de ceux qui Tentendentl... Seuls, Marie el Joseph sont là pour l'adorer;... mais eux, non plus, ne le révèlent pas... Tout ce qui convient à un enfant dans une famille pauvre, voilà sa vie!... Les perspectives se déroulent, à l'infini, devant l'âme qui refait, par la méditation, le cadre des lieux, le détail de chaque journée. Elle voit ce qui se passe, elle entend ce qui se dit, elle contemple comment tous ces actes sans éclat créent sur la terre la véritable humilité.

0 Jésus, votre volonté de l'anéantissement est d'une évidence et d'une persistance qui impressionnent ma raison et mon cœuri

0 Jésus, voie, vérité et vie, ayez pitié de mon orgueil qui m'égare et me tourmente!

Habituez-moi à vous aimer assez pour que l'oubli des créatures ne me soit point amer. Enseignez-moi à m'effacer pour que j'attire vos regardsl Défendez-moi contre le désir empressé d'agir et de réussirl...

Vous prolongez durant trente ans ce long enseignement, pour m'apprendre à en garder l'esprit, non par occasion et de temps en temps, mais tous les jours de ma vie.

Que trouviez-vous donc de si délicieux au fond de l'oubli, pour n'en vouloir point sortir? Vous y trouviez l'infini : car l'ombre le fait rayonner et le silence le fait entendre 1

Résolution. — Pour sortir de reffacement et de la retraite, attendre que Dieu me prenne comme par la main.

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