‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 21 sur 50 · XVI* EXERCICE · texte numérisé non relu

XVI* EXERCICE

Vie publique. — Humilité d'action

Premier point: L'humilité de Jésus fut simple. — Deuxième point : Elle fut magnanime.

Préparation pour la veille. — Pour profiter pleinement de cette méditation, comprenons bien que dans la vie active, Thumilité change de rôle : elle n'est plus effacement, mais sauvegarde. Cette vertu tend de toute sa force à l'effacement, nous l'avons médité, mais vient-elle à rencontrer une volonté de Dieu qui s'oppose à ses préférences, elle se replie dans le cœur sans se diminuer en rien. Alors, toujours active, elle reporte son utile influence sur l'exercice des autres vertus, et leur communique ce cachet de simplicité et de désintéressement personnel qui fait leur puissance.

Etre humble au sein de l'effacement est relativement facile : mais rester humble au milieu de l'action demande une vertu solide et de sages précautions. Se complaire dans la louange, dans ia simple vue du bien que l'on fait, est uo

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poison si subtil 1 S'élever en soi-même à mesure que s'élève la position, et changer d'attitude avec elle, n'est-ce pas, hélas, la règle commune? Ne faut-il pas d'ailleurs se montrer, agir, parler et réussir? Ne convient-il pas d'en imposer par son attitude?

0 Jésus, vous m'éciairerez de votre exemple. Si je vous aime, il me ^era facile de le suivre et de ne plus prendre le change.

0 Jésus, vous mettre à ma place et vous mettre en moi, n'agir que pour vous et par vous, n'est-ce pas l'idéal de l'humilité dans la vie active?

o^ Méditation

Premier prélude. — Composition du lieu. — Contemplons Jésus quittant Nazareth sans bruit, comme il y a vécu. L'humilité de ses trente années obscures ne lui suffit pas ; il veut commencer son ministère par des humiliations plus apparentes. — Voyons-le s'acheminer vers le Jourdain, se mêler à la fouie des publicains, et recevoir le baptême des pécheurs. — Suivons-le ensuite au désert, où il subit le voisinage des bêtes fauves et le contact du démon, se laissant tenter comme une âme capable de faiblir.

Deuxième prélude. — Demandons la grâce d'être libres de toute vaine assurance en nos ressources personnelles et de toute dangereuse complaisance dans l'estime qu'on nous témoigne.

I. L'humilité de Jésus fut simple. — Son humilité a tout l'éclat de la vérité, tout le charme de la simplicité. Son ahord ne pré-

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sente rien qui étonne. Ses vêtements sont pauvres, sa démarche est modeste, sa tête légèrement penchée en avant. Qu'il regarde, qu'il parle ou qu'il agisse, tout est d'un naturel parfait: Jésus ne pose pas.

Son entourage, — C'est le peuple en costume de travail, ce sont les petits enfants et leurs mères, ce sont aussi les publicains méprisés, souvent les personnes perdues de réputation, Voilà ceux qu'il préfère, qu'il attire à lui, qu'il relève. Pour eux, il a des trésors d'indulgence.

Comment se trouve-t-il dans ce même cœur tant de répulsions indignées? Jésus a la haine de l'orgueil, et il est sans pitié pour les orgueilleux pharisiens! Il ne leur tient compte ni de leur probité, ni de leurs aumônes, ni de leur respect pour la loi, ni de leurs prières prolongées... La vertu inspirée par l'orgueil lui est en horreur.

Sa vie est un dénûment de tous les jours : il n'a pas une pierre à lui, pour reposer sa tête : de pauvres gens le reçoivent dans leurs maisons; de pauvres femmes pourvoient à ses besoins. — Pour prêcher, il n'exige ni temple, ni chaire; un tertre de gazon, l'angle d'un carrefour, le bord d'une barque, lui suffisent.

Son langage est si simple dans son élévation, que tous le comprennent. 11 est si limpide, il laisse si bien voir la vérité elle-même, que les mots semblent disparaître. Il emprunte les expressions, les usages, les idées mêmes du peuple. Rien n'est plus éloigné de la recherche que ses discours.

Et sa vertu, comme elle est simple! Jésus habituellement ne manifeste rien d'extraordinaire. - !1 mène une vie commune, il mange et boit comme tout le monde, il a des heures de fatigue. — Quand il veut se livrer aux longues méditations, il se retire sur la montagne. — Sans doute, sa parfaite vertu se trahit partout ; mais elle est pénétrée de tant de naturel qu'elle n'étonne pas, semblable à ces monuments dont l'harmonie dissimule la grandeur.

II. L'humilité de Jésus fut magnanime. — Dès que l'heure marquée par son Père a sonné, Jésus sort de l'obscurité, se montre, parle et s'entoure de disciples. — Il entraîne les foules et fait trembler les pouvoirs publics. — Il guérit les malades, ressuscite les morts et apaise les tempêtes... Or, il fait ces grandes choses comme naturellement ; il ne recherche pas les honneurs, il ne fuit pas les opprobres, il paraît indifTérent aux uns et aux autres.

Admirons cette magnanime humilité qui affranchit l'âme de toute pusillanimité et de toute hésitation. Ecoutons le divin Maître nous en révélant le secret : « C'est mon Père en moi qui fait ces grandes œuvres. » Jésus s'attribue le rôle de simple instrument. — Un instrument ne doit pas résister, — un instrument ne peut s'enorgueillir!

L'humilité, quand elle est vraie, rend le cœur généreux. Devant une volonté supérieure, elle ne permet ni refus, ni réserve ; elle inspire un désir du bien qui a Dieu seul pour objet ; et une confiance qui attend tout de lui. L'humi-

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lité qui n'aurait pas ce caractère serait fausse ou incomplète.

Jésus se présente et parle avec autorité, tanquam potestatem habens. Il se présente pour ce qu'il est, il dit ce qu'il a mission de dire. Il n'a point de ces timidités qui sentent la préoccupation personnelle, ni de ces formules d'humilité qui contiennent souvent un orgueil condensé.

— Cet exemple nous donne des leçons importantes.

Quand nous remplissons une mission, oublions-nous, faisons-nous oublier. Que Dieu seul paraisse, et que les âmes soient sauvées I

N'est-ce point attirer l'attention que de trop répéter qu'on est incapable et indigne ! Il s'agit bien de nous I Prétons à Dieu ce que nous tenons de lui, et que le sentiment de notre inutilité aille grandissant avec le succès de nos œuvres.

Sur la fin de sa vie, saint François d'Assise laissait les foules s'agenouiller devant lui et baiser ses stigmates sacrés. Un Frère lui en témoigna son étonnement: « Ahl répondit le Saint, je ne m'y trompe point I Ce n'est pas mbi que l'on vient voir ici : je reçois ces hommages, et je les rends à Dieu. »

Béiolution. — Dans le bien que je suis appelé à faire, ne voir que Dieu, le voir sans cesse. — Danger de me rechercher moi-même, ne fût-ce que par une fugitive complaisance.

Troisième semaine

XVII» EXERCICK

Humilité du Cœur de Jésus Humilité d'anéantissement

Premier point : Mystère de cette humilité en Jésus. — Deuxième point : Humilité produite par le sentiment de son néant. — Troisième point : Humilité entretenue par la vision béatifique.

Préparation pour la veille. — Les deux méditations qui précèdent nous ont montré Thumilité de Jésus dans ses manifestations extérieures; nous l'y avons contemplée douce et vaillante; demain et lesjours suivants nous la chercherons dans son cœur même, et nous la découvrirons profonde jusqu'au mystère.

Posons-nous résolument en face de la question si naturelle, soulevée au début de ces méditations : Comment Jésus, infini comme Dieu et parfait comme homme, pouvait-il avoir de bas sentiments de lui-même, car enfin les actes extérieurs trouveraient à la rigueur quelque explication qui les justifie; mais le sentiment, la persuasion, la certitude, qui font

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l'humilité, paraissent contradictoires? 0 Jésus, vous me le ferez comprendre demain !

Sous le poids de cette écrasante révélation d'humilité, ne serai-je pas contraint de devenir humble à mon tour? Tiendrai-je ma tête haute quand je vous verrai abaisser la vôtre, ô Jésus? Auriez-vous donc, pour être humble, plus de motifs que je n'en ai moi-même ; ou bien serais-je, moi, assez aveugle pour ne pas les distinguer, assez inconséquent pour n'en point tirer les conclusions légitimes? 0 Jésus, vous me le ferez comprendre demain.

Je vous demande encore de me toucher après m'avoir convaincu. Je veux que, chez moi aussi, rbumilité soit une humilité de cœur, une humilité qui incline à l'abaissement, et même qui s*y complaise.

- 0 Jésus, qui vivez en moi par votre grâce sanctifiante et qui animez tous mes actes par votre grâce actuelle, faites vibrer mon cœur des transports du vôtre pour l'humilité. Faitesvous aimer et faites-vous suivre. Amenez-moi avec vous dans ces profondeurs du détachement oii l'on s'oublie, mais où l'on vous trouve... avec délices.

Méditation

Premier prélude. — Composition du lieu. — Me représenter une de ces montagnes ombreuses où Jésus aimait à prier, la nuit, sous la clarté discrète des étoiles. Le voir, à genoux, les yeux au ciel, noyé dans la contemplation de Celui qui est. —

Pénétrons avec un saint respect dans le secret de ce grand temple, qui est son âme et que remplissent l'adoration et l'amour dans l'étendue de son humilité.

Deuxième prélude. — Demander la grâce du dégagement de l'estime propre, par le profond sentiment de la part prédominante de Dieu en tout bien.

I. Mystère de cette hamilité en Jésus. — Rappelons-nous cette parole du Maître : 3e suis doux et humble de cœur. C'est donc ce Cœur que nous allons méditer maintenant; ce Cœur d'où partait le vouloir de l'humilité ; ce Cœur qui en savourait les amères délices. — Pénétrons dans ce sanctuaire comme dans un temple aux profondeurs mystérieuses. Habituons nos regards à ces obscurités saintes : les actes se voient, les mobiles restent cachés ; or, les mobiles sont la vertu même.

Prions le Saint-Esprit de répandre sa lumière sur notre raison, et adressons-nous à Jésus luimême pour apprendre enfin le secret de son humilité.

0 Jésus, cœur d'amour, vous vouliez être aimé! Pour toucher mon cœur, pour l'arracher et le ravir, vous avez rêvé les plus grands sacrifices. Or, vous n'en avez pas trouvé de plus grand que celui de votre honneur... Donner sa vie est plus facile. — C'est donc a Vamour de notre amour » qui vous fait humble!...

0 Jésus I sage comme un Dieu, dévoué comme un Sauveur, vous avez vu que l'orgueil est le plus grand mal de rhumanité et sa plus dange-

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reuse tendance; pour nous entraîner dans le chemin de rhumili,té, vous vous êtes dit : Je m'y jetterai moi-même; et j'irai si avant qu'ils rougiront de ne m'y point suivre... — C'est donc, ô Jésus, le devoir de l'exemple qui vous fait humble!...

Lentement, je parcours tous ces nobles motifs; je les médite avec une tendresse émue. Comment n'y céderais-je pas? Comment ne me ferais-je pas humble, ô Jésus, pour vous aider à me sauver..., pour vous prouver que je vous aime..., pour être près de vous, le plus près possible?... Et, cependant, plusje vous découvre sage, bon, parfait, saint, plus je m'étonne de vous voir humble I

Ah I s'il ne s'agissait que d'actes extérieurs, je me l'expliquerais : Tamour et la sagesse y conduisaient vos pas; mais vous dites : je suis humble de cœur. — De cœur! je l'ai bien entendu; et vous êtes la vérité mênrel... Mais, l'humilité de cœur, n'est-ce pas le sentiment de sa petitesse, et vous êtes si grandi

II. Humilité produite en Jésus par le sentiment de son néant. — Commençons par nous faire de lui une ravissante image. — C'est le plus beau des enfants des hommes. Sa chair est pure et sainte... Son esprit est exempt d'illusions... Son cœur est maître de tous ses mouvements... Son imagination est belle comme la poésie... Son regard ravit, sa parole persuade, sa bonté entraîne... Nulle tache, nulle imperfection ne le dépare... Les vertus et les dons brillent en lui de leur suprême éclat... Il Toit en haut les

anges prosternés devant lui, en bas la création obéissante, et dans l'avenir toutes les générations baisant la trace de ses pas, tous les plus beaux dévouements s'élançant à sa suite...

Que dire des attributs relativement infinis que lui reconnaît la théologie : la transformation de son âme qui épuise l'idée de la grâce;... sa science qui s'étend à tout le créé... mais surtout sa Dignité absolument infinie : le corps et Tâme subsistant dans l'unité d'une seule personne, celle du Verbe; entraînés dans son orbite et recevant les mêmes hommages d'adoration : quel éblouissementl...

Et, au milieu de tout cela, Jésus est humble. Est-ce par l'effet d'une miraculeuse iUusion ? Nullement! — Jésus, pleinement conscient de toutes ses grandeurs, reconnaît avec une netteté lumineuse la petitesse de sa nature humaine.

Que voit-il donc? — Cette dignité divine, dont il jouit, n'est qu'un vêtement splendide; et ce vêtement est un pur don qui repose sur un pur néant... Cette âme, qui en est revêtue, hier n'existait pas, et, à toute heure, elle retomberait dans ce néant, si, à toute heure, elle n'était soutenue par la toute-puissance, tant le créé demeure fragile, même chez un Homme- Dieu, tant il porte de néant dans ses entrailles!

Représentons-nous cette âme adorable disant, bien avant sainte Catherine de Sienne: Je suis celle qui n*est pas,.» Tombées de si haut, ces paroles donnent le vertige, et font passer devant DOS yeu3ç l'image insaisissable du néant. -t •'

BtMtLrr* — lit

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III. Humilité entretenue en Jésus par la vision béatifîque — On sait que l'on est un néant, e* l'on n'est pas humble 1 Pourquoi? Parce que l'on ne vit pas sans cesse dans cette pensée pénétrante qui seule impose la conviction et impressionne le sentiment.

L'orgueil commence par être un oubli, il devient une illusion : il n'est jamais le vrai»

Si un Saint du ciel revenait parmi nous en conservant la vision béatifîque, il pourrait par miracle mériter et souffrir; il ne pourrait être orgueilleux, la vue de Dieu et de son propre néant dans une vision unique, ne le quittant jamais.

— Considérons notre divin Sauveur sur terre jouissant de cette vision béatifique, et puisant dans cette lumière sa profonde humilité.

Quel spectacle que ce face à face du Verbe avec la nature qu'il s'est associée I L'âme plonge ses regards étonnés et ravis dans les profondeurs de cet océan, aux lointains inaccessibles, même pour elle... De toutes parts, sa vue s'arrête et sent cet au-delà qui s'en va infiniment... Jamais, même à travers les siècles de l'éternité, cette âme unie au Verbe ne comprendra pleinement le Verbe I

Que les hosanna de la foule passent ici-bas autour de son front, comme un nuage brillant, son front ne s'élève point I — Que les crachats souillent son visage, son cœur ne se révolte pas !... Sa pensée plane plus hautl

A défaut de vision héatiûque, essayons de pous faire cette vision de foi : Dieu infini et

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toujours infîni; nous, devant lui, sorte de néant en tout et toujours.

Ne retrouvons-nous p*s cette vision dans les grandes âmes des Saints? Ne la rencontronsnous pas dans certaines âmes ignorantes et simples? — A quoi nous servent donc nos lumières qui dépassent les leurs? Nous savons notre néant; elles le voient, elles le sentent, elles le touchent.

Rendons-nous cette vue familière ; qu'elle pénètre tout notre être moral. — Renouvelonsla, quand nous nous mettons en la présence de Dieu, surtout à l'oraison.

Quelle douce manière de nous préparer à la vision béatifique de l'éternité 1... Que ce soit au ciel ou sur terre : qui voit Dieu est humble 1

Résolution. — Voir Dieu en tous nos succès, et Vy voir si bien, que nous en arrivions à nous oublier nous-mêmes.

ÉCLAIRCISSEMENTS Sur les trois Méditations qui vont suivre

L'humilité que nous avons envisagée hier est celle qui convient à tout être créé. Elle eût été la disposition d'Adam au Paradis terrestre; elle sera en quelque sorte celle de notre béatitude ; c'est le sentiment du néant devant l'infini.

L'humilité d'abjection est essentiellement celle de la laideur et de la bassesse vile ; elle ne saurait convenir à un être sortant des mains de Dieu; elle est faite, hélas I tout entière des mains de l'homme; elle est uniquement l'œuvre du péché.

Remarquons-le bien : tout mal, pour petit qu'il soit, est une laideur et descend plus bas que le néant; c'est sous cet aspect qu'il se présente à la raison qui réfléchit; mais c'est sous des traits bien différents qu'il se présente à nos idées et à nos goûts.

L'humilité d'abjection, nous ne la comprenons décidément pas! Le profond et complet sentiment de notre vileté, nous ne l'avons pas! L'inclination à nous mettre bien bas, nous ne la sentons pas I Remarque frappante, les âmes les plus coupables sont précisément les plus réfractaires à ces sentiments, et l'on voit au contraire l'innocence douter d'elle-même et se mépriser; tant il est vrai que la vue claire des choses demande des yeux purs. « Les cœurs purs verront Dieu », dit l'Evangile ; mais ils verront

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