IV. Dans la dignité de sa raison. — On le
regarde comme un fou; on lui en donne le costume ; on le fait passer lentement entre deux haies de curieux. — Et nous, si troublés quand on conteste une de nos qualités, quand on ridiculise une de nos opinions!
V. Dans sa dignité de prophète. — On couvre ses yeux d'un bandeau ; on lui frappe sur le dos, sur la tête : Devine qui l'a fait!...
VI. Dans sa dignité royale, — Voyez-le revêtu d'un vieux lambeau de pourpre, un roseau à la main, une couronne d'épines sur le front. Les soldats font devant lui d'ironiques génuflexions, et xient grossièrement en le frappant de son sceptre dérisoire!
VII. Dans sa dignité de Dieu. — Ses ennemis la lui arrachent autant qu'il est en leur pouvoir. « Il est un imposteur, car il s'est fait le Fils de Dieu, » Sa condamnation à mort, basée sur ce n^otif, est le jugement d'une autorité encore reconnue. — Au Calvaire, les Pharisiens lui crient en ricanant : « Si tu es le Fils de DieUf descends de la Croix, » — Ah 1 quand on
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nous condamne à tort..., quand on nous raille cruellement et que nous pouvons nous venger!... Et, si notre colère est impuissante, quels frémissements intérieurs!
VIII. Dans sa doctrine. — Il vient détruire la loi ! Il trompe le peuple ! il blasphème 1 il est Tennemi de Dieu !
IX. Dans sa réputation. — Il est condamné par tous les tribunaux, juif, hérodien, romain. Il est livré au dernier des supplices. Il est placé entre deux voleurs, comme le plus criminel;... et cela à une époque de l'année, ou Juifs et étrangers affluent de toutes parts ; au grand jour, et avec toute la publicité possible.
X. Dans ses disciples. — Trahi par l'un d'eux, délaissé de tous, renié formellement par leur chef, Jésus se voit perdu auprès de cette partie du peuple qui hésitait encore!...
Que reste-t-il à cet humilié!
II. Humiliations intérieures. — Pénétrons plus avant. Sur les ruines de l'honneur extérieur, l'orgueil peut se dresser encore et prolonger la résistance. Chassé de partout, il se réfugiera dans le sentiment de sa valeur personnelle, comme dans Une citadelle demeurée intacte.
C'est par sa force morale que l'homme est le plus grand. Sous la force brutale qui l'opprime, Jl reste invaincu. Trop souvent, hélas! cett?
QUATRIÈMK MÉDITATION 171
grandeur d'âme est fragile, parce qu'elle est faite d'orgueil.
Jésus se présente à nos yeux, dans l'opprobre de son apparente faiblesse. Même avant sa Passion, il semble vaincu. Des impressions de crainte l'envahissent : « CœpU pavere... » Et il les exhale comme s'il était incapable de les contenir : « Tristis est anima mea usque ad morteml... » Il en est si fort pressé qu'une sueur de sang ruisselle de ses membres tremblants... Il paraît si peu semblable à lui-même qu'il repousse ce calice longtemps désiré... Il se montre si accablé, qu'il cherche du secours auprès des apôtres et qu'il en accepte d'un ange I
0 la belle et profonde humilité, de forme si humaine et d'intention si compatissante 1
III. Humiliations spirituelles. — Il est un autre genre d'orgueil, plus rare et non moins pernicieux, c'est Vorgueil spirituel. Redoutable au milieu de l'estime commune, il l'est jusqu'au milieu des opprobres.
Sommes-nous méprisés, calomniés, persécutés, nous trouvons cependant autour de nous, comme Jésus au Calvaire, quelques personnes sympathiques.
Si notre attitude est digne, si nos paroles trahissent des sentiments élevés, si tout en nous manifeste une âme supérieure au malheur, la sympathie devient de l'admiration.
Que Dieu, par quelque signe de spéciale protection, nous prête l'auréoie des martyrs, l'admiration se transforme en enthousiasme.
Âh l (|uels dangers pour l'âme (|ui ne serait
pas très humble! quel piédestal pour son orgueil !
— Jésus choisit rhumiliation sans retour. Il la veut dans toute sa nudité spirituelle. Point de discours, mais une sorte de stupeur, entrecoupée par quelques rares paroles qui ressemblent à des sanglots. — Aucun rayonnement de l'âme ; tout en lui est sombre comme la nuit qui envahit le Calvaire. — Son Père est sans pitié; Jésus se déclare abandonné de lui!...
Déjà abandonné des hommes, maintenant abandonné de Dieu!... Rien, rien, ni sur la terre, ni au ciel, qui ne soit une humiliation!
Son abjection est consommée et il y meurt!
Oh I ce crucifix qui se dresse partout devant nos yeux, avec sa tête penchée, son visage livide, son aspect de lassitude désolée, c'est l'image de l'homme humilié. — C'est l'image même de l'humilité, plus encore que celle de la douleur... Quand la douleur cesse, l'humiliation reste après ce cadavre suspendu au gibet... Oh 1 quel exemple I oh I quel secours!
Résolution. — M'agenouiller aujourd'hui trois fois devant un crucifix pour demander à Jésus de me faire comprendre cette humilité.
Troisième semaine