XIX® EXERCICE
Humilité d^abjection. — Sa nécessité
Premier point : La raison d'être. — Deuxième point : L'exemple. — Troisième point : La loi.
Préparation pour la veille. — 0 Jésus, j'ai parcouru hier avec émotion toutes vos tiontes subies, toutes vos troublantes faiblesses; je vous ai vu abandonné de tous et dépouillé de tout; votre abjection inouïe m'est apparue dans son évidence! Point de doute, vous avez voulu être l'homme des humiliations! Je le vois, je le sens. Mais pourquoi vous l'avez voulu? Je ne le saisis pas encore. N'était-ce là qu'un grand exemple? Non, car alors si je vois Thumiliation, je ne vois pas l'humilité, l'humilité qui dit : C'est justice. Et pourtant, cette parole, vous l'avez prononcée en venant au monde; dans chacun de vos abaissements, vous l'avez répétée; on la lisait dans vos yeux abattus; on la retrouvait errante sur votre front soucieux, frémissante le long de vos membres tremblants; chacune de vos attitudes dénonçait le coupable/
i74 tROISiÈUB SIMAINS
0 Jésus, tout en tous est nécessairement sincère, tout jusqu'à Texpression même d'un regard, jusqu'au simple mouvement d'un muscle ; j'entends donc sortir de toutes ces choses lamentables une voix gémissante qui redit sans trêve : C'est justice! je l'ai mérité 1...
0 Jésus, demain vous me le ferez comprendre, n'est-ce pas? mais comprendre à fond pour que je ne l'oublie jamais I
Si l'humilité est pour vous justice, qu'est-elle donc pour moi?
Ce n'est plus ici une affaire de sentimentalité, mais de raisonnement rigoureux. C'est un point de départ, d'où dépend toute une direction de vie : l'humilité d'abjection une fois reconnue nécessaire, c'est une révolution, dans tout mon être moral.
<^ Méditation
Premier prélude. — Au tableau des abjections accumulées dans la méditation d'hier, opposons celui de la laideur morale du péché. Ce dernier l'emporte en horreur. — La cause contient 1 effet : le péché contient donc toutes ces abjections qui sont sa juste peine. — Voir le péché identifié à l'ignominie des crachats, des soufflets, de la nudité sanglante, de la mort infâme...
Deuxième fu^élude. — Demander la grâce d'accepter en principe l'humibation, par esprit de justice d'abord et, en même temps, par amour pour Jésus.
I. La raison d'être. — Comparons attentivement deux textes de l'Ecriture.
Le premier est celui-ci : « Exinanivit semetipsum formam servi accipiens. Il s'anéantit sous la forme de l'ef^clave. » C'est le Jésus que nous avons considéré avant sa Passion : Il s'est fait néant, puisqu'il s'est fait homme. Eût-il réalisé ce dessein au Paradis terrestre, dans les splendeurs de la nature originelle, il se fût nécessairement trouvé dans ce vis-à-vis du Tout et du rien, de l'Etre par lui-même et de l'être par création ; son Incarnation eût été, même alors, un anéantissement, et son humilité le sentiment de sa petitesse.
Mais un second texte complète l'idée de cette vertu, en la montrant telle qu'elle convient à l'homme déchu. « Humiliavit semetipsum usque ad mortemy mortem autem cruels. »
Humiliavit : il s'est comme jeté à terre : on fait ainsi d'un objet qu'on méprise.
Usque ad mortem : comme un coupable, qu'on traîne à la mort.
Mortem, autem crucis : c'est l'ignominie dans la mort, la mort du dernier châtiment, ce genre de mort qui laisse voir le supplicié, au-dessus de la foule, avec ses traits bouleversés, sa nudité et ses tortures.
Ce n'est plus ici le Dieu incarné, c'est le Dieu Rédempteur» — Ce n'est plus l'humilité d anéantissement, c'est l'humilité d'abjection, -- Ce n'est plus V oubli, c'est le mépris, — Le motif de cette vertu grandissante n'est plus le néant, c'est le mai.
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II. L'exemple. — Contemplons Jésus couvert de toutes les hontes. Il porte les péchés du monde entier : « qui tollit peccata mundi. » — Il en est responsable ; il en est chargé : « qui peccata nostra ipse tulit. « — Le péché est sa chose propre, il en est la personnification « eum pro nobis peccatum fecit. » — Il n'en est pas chargé et revêtu seulement, il en est pénétré, dévoré : c'est une lèpre qui le ronge : « tanquam leprosum, » — C'est comme un objet d'horreur pour Dieu, de dégoût pour son peuple : « ut percussam a Deo et humiliatum. »
Entendons Jésus s'écrier : « Vermis sum et non homo. » Sondons tout ce qu'il y a d'humiliation sentie dans cette locution : Je ne suis plus un homme, mais un ver de terre... un ver qu'on foule aux pieds et qui se cache dans les profondeurs sombres. — S'humilier, c'est s'abaisser jusqu'à la terre... Jésus va au-delà... quelle image!
— Pénétrons dans les sentiments intimés du Sauveur.
Toute vertu se montre dans l'amour de son objet propre, et consiste dans une inclination pratique qui l'y porte. Ici l'objet est l'abjection. Le premier degré est l'acceptation,... puis viennent le désir... la recherche... le contentement...
Il nous sera extrêmement profitable Je rappeler à notre mémoire, soit les paroles, soit les circonstances qui nous montrent ces sentiments en Notre-Seigneur. Contemplons-les eu silence, régnant dans son cœur.
III. La loi. — Est-il bien vrai que cette humiliation de Jésus demeure le modèle de lanôtre? Est-il bien vrai que pour être chrétienne, notre humilité doit être une inclination à nous juger dignes de mépris.
Ou bien plutôt ne devons-nous voir là qu'un admirable excès, un stimulant sans pareil, ayant pour but de nous contraindre au moins à une humilité commune?
Sans doute, cet exemple est un stimulant; mais il est autre chose et tout autre chose: il est une loi, ou plutôt la révélation d'une loi et sa promulgation authentique.
Il ne s'agit pas de se payer de mots, et de s'en tenir à de vagues sentiments. Creusons à fond celte vérité.
Ce que Jésus fait ici, à quel titre le fait-il? Est-ce en qualité d'Homme-Dieu? Nullement. Comme tel, il mérite toute gloire. — Est-ce en qualité de Rédempteur? Oui, et c'est à ce seul titre.
En tant que Rédempteur, il est notre représentant et notre caution. Or, Vattitude que prend mon représentant est exactement celle qui me convient, qui m'incombe de plein droit. — Le prix que paie ma caution, est le priy dont je suis redevable... L'abjection de Jésus nd crée donc pas une obligation, elle la montre.
La loi d'abjection existait pour nous, pécheurs; mais nous ne ia connaissions pas; et sans Jésus, nous ne l'aurions jamais connue... Il vient, il prend nos fautes, il connaît Thumiliation qu'elles méritent;... et cette humiliation, il la subit, il la veut, il l'aime...
BUUIUTi. — 12.
il^ TllOISI^ME SElUlNt
Et quand il nous dit : « Je suis humble de cœur», c'est comme s'il nous disait: «Etre humble, c'est la loi ; je l'ai subie pour vous. — Mais c'est surtout votre loi ; subissez-la 1
... 0 Jésus, quelle leçon I et je ne l'avais jamais bien comprise 1
Tout me l'insinuait, cependant: les expressions reçues, les conclusions constantes, les choses elles-mêmes; je le savais donc, et voilà que cette vérité me paraît pourtant toute nouvelle I... C'est que je la comprends enfin... Ohl merci de me l'avoir révélée... Vous avez vu ma bonne volonté, mes désirs, mes besoins surtout; et vous vous êtes dit dans votre miséricorde: que mon humilité d'abjection lui ouvre enfin les yeux!
Résolution. — Si rhumiliation est ma loi, pourquoi m'irriter contre elle? — Je veux me faire doux ea toute occasion péaible à mon orgueil.
Troisième Ôemai&d