‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 25 sur 50 · XX« EXERCICE · texte numérisé non relu

XX« EXERCICE

Humilité d'abjection Son caractère mystérieux

Premier point : Elle est une sorte de mystère. — Deuxième point : Ce mystère trouve son explication dans le mystère du péché. — Troisième point : Le péché originel y suffit.

Préparation pour la veille. — La méditation de demain explique et complète les deux précédentes. Bien plus, elle établit leur conclusion sur des preuves irréfutables. Ces preuves, remarquons-le bien, relèvent principalement de la foi; ainsi s'explique cette sorte d'inquiétude qui étreint la raison, car la raison a peur des abîmes où elle est entraînée, même logiquement. Au milieu de leurs obscurités, elle a beau toucher le vrai, elle ne se rassure pas, elle voudrait le voir directement et en lui-même. Notre premier devoir est donc de nous méfier non pas de la raison, mais de ses habitudes, La raison trouve étrange ce qui ne lui est pas familier; elle appelle volontiers rêverie ce qui la dépasse, et traiterait dédaigneusement de mysticisme une doctrine profonde. Que faisons-nous

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ici? Nous en appelons de la raison mal impressionnée à la raison logique et conséquente. Les dogmes de la foi sont-ils vrais? Thumilité d'abjection découle-t-eile de ces dogmes? Ces principes, une fois démontrés, leur conclusion doit être admise au même titre que les mystères, si elle reste mystère elle-même.

On le croit, on se l'affirme, et cependant on reste indécis, tant la nature est tenace, tant il est vrai que notre volonté, pas plus que notre raison, ne peut se suffire à elle-même.

De cette disposition, découle un second devoir, qui est d'implorer la grâce, ce secours divin qui nous fera franchir le difficile passage de la preuve reconnue à l'adhésion franche et entière. 0 mon Dieu, établissez-moi enfin dans la vérité ; créez en moi une conviction inébranlable ! — Une telle conviction est plus rar"te qu'on ne le pense; et pourtant, ô mon Dieu, la conviction n'est pas encore la vertu, et c'est la vertu même que vous attendez de moil... La vertu, c'est la facilité qui fait aux humiliations l'accueil le plus doux; c'est l'habitude sainte qui en soutient paisiblement le fardeau, tant que votre volonté l'impose; chez quelques âmes c'est l'amour qui leur ouvre ses bras, et qui parfois les appelle I

0 mon Dieu, que j'ai besoin de vos puissantes grAces! 0 Jésus, vos exemples passés ne me suffisent pas; venez en moi, venez vous-même, pour les y vivre encore 1

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Méditation

Premier prélude. — Se représenter Jésus homme Dieu en face du péché originel et proclamant que sa Passion et sa mort sont un moindre mal. Avec lui plongeons nos regards dans le mystère de ce péché comme on le fait au bord d'un abîme. — Abîme si obscur que l'oeil se dilate jusqu'à la fatigue, sans rien distinguer; si profond que l'oreille ne perçoit pas le choc du caillou qu'on y jette. — Les moyens d'appréciation dont nous manquons, Jésus les possède : voyons par ses yeux, jugeons d'après sa pénétrante raison.

Deuxième prélude. — Demander la grâce de m'abandonner à Jésus, pour le suivre avec conviction et amour dans la voie de l'humilité.

I. L'humilité d'abjection est une sorte de mystère. — Elle l'est pour le rationaliste qui la trouve absurde ; elle l'est, hélas! pour nous qui la regardons peut-être comme un pieux excès, du moins pratiquement.

Afin de réformer nos idées, il sera bon de ne pas isoler notre divin Maître de ses disciples les plus éclairés. En eux c'est toujours Lui, d'ailleurs, puisque c'est son esprit; mais c'est Lui plus près de nous, plus semblable à nous.

Rappelons à notre mémoire les expressions désolantes dont s'accablent les Saints : « un abîme de malice, un avorton, le rebut de l'humanité, etc. »

Voyons leurs sentiments; ils se jugent indignes de parler, indignes même de vivre. De

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telles expressions leurs sont familières, elles se trouvent dans la bouche de tous... C'est comme un gémissement traditionnel depuis le Calvaire... Quel spectacle que celui de ces dix-neuf siècles d'une telle humilité, toujours la même, et la seule qui soit canonisée!...

Considérons la logique de leur humilité : des paroles elle passe aux actes. On les méprise, on les persécute : ils sont doux. — On les outrage, on les frappe : ils ont un sourire de joie. — On les déclare mauvais et ils avouent l'être plus encore. — On les délaisse et ils le trouvent bon. — Ils se jugent inutiles; le bien qu'ils font ils proclament qu'il se fait par Dieu, et que c'est moins avec eux, que malgré eux, qu'il s'accomplit.

Voilà ce qu'ils disent, voilà ce qu'ils sentent; et comprenons-le bien : voilà vraiment ce qu'ils pensent.

Voyons encore ceux qui se sont montrés plus particulièrement altérés d'humiliations : ils aspirent au mépris comme les ambitieux aspirent à la gloire ; et quand Dieu leur demande quelle récompense ils choisissent pour prix de leurs travaux, ils répondent : souffrir et être méprisés pour vous 1

Confondons-nous devant eux... Ce sont des légions d'hommes semblables à nous, souvent moins coupables, toujours plus méritants...

II. Cette humilité trouve son explication dans le mystère du péché. — L'homme comprendrait l'humilité d'abjection, s'il était capable de sonder à fond l'abîme du péché. Jésus-Christ en

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a exploré les sombres profondeurs à la double lumière de sa science infuse et de sa vision béalifique.

La sainteté de l'Être infini, sa majesté, sa bonté, sa beauté suprême, toute la splendeur des attributsdivins, inondant son âme de clartés éblouissantes, lui montraient à quel point Dieu mérite le respect, Tamour et la louange.

Puis, tout à coup, le spectacle change : le péché vient d'atteindre toutes ces merveilles? il s'abat sur l'honneur divin comme pour l'anéantir. A cette vue, une confusion éperdue, une amère désolation envahissaient Celui qui portait les péchés du monde...

Contemplons-le, écrasé sous ce poids, dans son agonie. Entendons ces paroles d'un étrange découragement : « Transeat a me. Que ce calice s'éloigne 1 » Remarquons cette sueur de sang qui témoigne d'une sorte de désastre!...

Et pourtant, disons-le sans hésiter, l'humanité sainte du Sauveur elle-même, ne connaissait pas tout le désordre, tout l'outrage que contient le péché... seule sa nature divine en avait la pleine lumière I

Quelle n'est pas ma confusion, ô Père adorable, de me voir mesurer le péché à son apparence extérieure ou à la connaissance que m'en donnelaraisonL.Quoi! pour la raison de Jésus, le péché garde des mystères I Ah 1 je commence à comp'-endre qu'en fait d'humilité, je ne sais rien, et que je ne saurai jamais tout...

Le mystère se trouve dans le péché seul, et non dans l'humilité, qui est sa conclusion lo gique.

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Elle est, en effet, Vétàt qui convient au ^cheur. C'est une sentence de justice qu'il doit porter contre lui-même...

Mais comment la porter s'il est incapable de sonder la gravité de la faute?

Une ressource lui reste, c'est de voir par des yeux plus pénétrants que les siens ; c'est de juger, non point par les sentiments de l'homme, mais par ceux de Dieu... Les Saints ont fait ainsi ; voilà pourquoi la céleste folie de leurs abaissements demeure une profonde sagesse»

« Apprenez de moi»f nous redit le Sauveur. — Qu'ai-je donc à chercher autre part? L'humilité est une vertu presque entièrement suruaturelle, haute comme les cieux, profonde comme l'enfer!...

Que la raison paraît courte, et qu'elle se sent faible en face de cette révélation !

III. Le péché originel impose d'ailleurs une telle humilité. — Pour dissiper les dernières ombres, demandons la grâce de comprendre comment cette humilité d'abjection, peut se trouver chez les Saints qui n'ont pas commis de péché personnel de quelque gravité.

D'autre part, ils ne sont point chargés des péchés d'autrui, dont la responsabilité explique du moins l'humilité de Jésus.

C'est vrai ; mais ils ont été atteints de la faute originelle, et la participation à cette déchéance justifie, même chez eux, l'humilité d'abjection.

Une fois de plus reconnaissons-le sincèrement : c'est encore un mystère qui éclaire un autre mystère. Alaii la réalité du péché origi-

nel est un dogme déûni qui projette toute sa lumière de foi sur le sujet qui nous occupe.

Le péché originel domine l'humanité.

C'est principalement pour lui que Jésus s'est incarné. C'est pour lui qu'il est mort, pour lui qu'il s'est fait si humble.

Or, cette tache déshonorante, objet de l'aversion de Dieu, il reste toujours vrai que l'homme le plus juste l'a subie et portée... Il reste toujours vrai qu'il en traîne les suites humiliantes, jusqu'à la mort.

Ces ignorances, ces illusions, ces révoltes, ces prQpensions au mal qui troublent le sang et le cerveau, ne portent-elles pas dans leur sein le ferment de tous les péchés ? Quelle ignominie et quel danger I

Il n'est pas une seule faute commise par un homme que je ne sois capable de commettre. — Et si pareil malheur ne m'est pas arrivé (et le sais-je?), c'est sans doute que Toccasion maîtresse, avec ses insidieuses préparations, lîe s'est point présentée. — Assez d'exemples, d'ailleurs, justifient cette crainte et cette humilité... « Misericordia Domini quia non sumus consumpti. Seigneur, c'est votre miséricorde qui m'a préservé de l'abîme. »

Oh 1 Jésus, je ne résiste plus, je crois, à votre humilité et à celle des Saints. Je rougis de la mienne et de ses réserves, qui ne tiennent plus. Ai-je besoin de comprendre puisque vous enseignez... Je n'ai même pas besoin de vous entendre, je n'ai qu'à vous contempler. Je me fais d« votre humilité extérieure un tableau

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vivant qui m'instruit, et je tâche de soupçonner de loin le mystère de votre humilité intérieure qui m'étonne...

Mais comme l'humilité est une vertu pratique, qui se mêle à tout, aux sentiments comme aux actes, je veux la pratiquer très généreusement, et sans tant mesurer Tobligation qui m'y contraint. Peut-être parviendraije ainsi à la mieux comprendre.., ce doit être là le secret des Saints.

Résolution, — Puisque la connaissance du péché et celle de l'humilité marchent ensemble, je ferai servir mes confessions à ce double objet: contrition sérieuse, accusations humiliantes, -r- Ne me serais-je pas relâché à cet égard i ?

ECLAIRCISSEMENTS Sur la Méditation qui va suivre

Nous abordons le point délicat de l'humilité : nous mettre au-dessous des autres. Ici, plu-

1. L'humilité d'abjection n'est-elle pas de nature à jeter l'homme dans une sorte de terreur et de trouble qui le paralyse; comme aussi d'amoindrir en lui le sentiment de la dignité personnelle, ce guide élevé de la conscience, ce ressort puissant de l'action ?

La réponse est simple : voyei les saints, voyez surtout lea plus humbles ; leur paix, leur courage, leurs œuvres I

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