‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 27 sur 50 · PRÉPARATION A LA QUATRIÈME SEMAINE · texte numérisé non relu

PRÉPARATION A LA QUATRIÈME SEMAINE

Nous voici convaincus et déterminés : nous voulons être humbles.

1° Mais ce mouvement a besoin d'être dirigé. Les fausses notions qui nous enveloppent; nos erreurs personnelles, jointes aux habitudes prises, sont des causes permanentes de déviation. Des lois secondaires méconnues, des conséquences mal déduites, peuvent nous laisser une humilité incomplète, fausse ou dangereuse.

2» Par contre, la splendeur de la véritable humilité fera ressortir les imperfections de la nôtre et par son charme gagnera noire cœur. Prendre le goût du bien, c'est déjà commencer à en vivre. Le désir est le germe qui tressaille, la sève qui monte; c'est l'effort qui tend au progrès.

3» Quelques méditations seront ensuite consacrées aux applications diverses du sentiment de l'humilité, envers Dieu, le prochain et notre propre misère. Quelques autres enseigneront la culture de celte vertu, soit par l'extérieur lui-même, soit par l'impression intime, soit par ce grand essor surnaturel qui s'appelle l'amour du mépris. *^

4° Enfin, la vertu de prudence viendra tracer à tout ce mouvement sa marche logique et sage.

Celle quatrième semaine est donc éminemment celle de l'humilité pratique.

Ces études sur l'insuffisance, les faussetés et les illusions de certaines humilités, nous ont paru moins propres à la méditation qu'à la lecture et à l'examen : elles fixent principalement notre attention sur nous-mêmes, tandis que le but de la méditation est de la fixer avant tout sur Dieu. Prévoyant néanmoins que plusieurs personnes trouveraient préférable de consacrer à ces recherches, éminemment pratiques, leur méditation habituelle, nous avons disposé en conséquence les diverses parties de cette étude, ainsi qu'on le remarquera facilement.

§ I. — De rhumilité rationaliste

Le croirait-on? une certaine proportion de cette humilité se trouve chez presque toutes les âmes à vertu ordinaire. L'observation le constate et la simple analyse viendra bientôt le démontrer. Or, l'humilité rationaliste n'est pas celle de Jésus, celle des saints, celle des âmes qui progressent. Ne s'appuyant pas sur la foi, elle n'est pas de force à soutenir une haute vertu, elle n'attendrit pas le cœur, et ne projette pas autour d'elle le reflet du divin.

0 mon Dieu, faites que cette étude me soit une révélation 1... Débarrassez mon esprit des

préjugés qui bornent étrangement sa vue!... Je vous le demande par l'humilité de Jésus qui dépasse la raison humaine, de toute la hauteur du Calvaire.

I. En quoi consiste l'humilité rationaliste. — l" Que l'on ne s'estime pas follement soi-même, et que l'on ne méprise pas les gens estimables. — Que l'on n'entreprenne rien au-dessus de ses forces, et que l'on ne s'élève pas au delà de ses mérites. — Que l'on ne soit ni arrogant, ni vain : voilà qui suffit à ses exigences.

L'humilité des saints l'offusque grandement : elle l'appelle voie extraordinaire; — elle dirait volontiers fanatisme, mais elle ne l'ose.

L'enseignement des maîtres de la vie spirituelle ne trouve pas grâce devant elle. Ses idées intimes, à cet égard, varient de cette formule modérée : Il faut en prendre et en laisser, à cette autre : C'est absurde.

2° L'humilité rationaliste n'est pas toujours dogmatique, elle se contente souvent de rester pratique. — Dans ce cas, ce n'est pas la raison qui nous trompe, c'est la nature qui nous entraîne. — Nous admettrons nonchalamment toute la théorie chrétienne sur cette vertu, sans songer à nous en appliquer les conclusions. Aussi est-ce le plus naturellement du monde que nous cherchons à paraître et à dominer.

S'il s'élève dans notre esprit un certain besoin de nous justifier, nous le satisfaisons par les explications les plus rassurantes : — prendre la première place n'est plus que respect do son rang, — parler avantageusement de soi^

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simplicité, — et accepter sans façon tout ce qui flatte l'amour-propre, une sainte liberté... N'estce point là une vertu païenne? « Nonne ethnici hoc faciunt? » s'écrie avec tristesse le divin Maître.

Une telle humilité est fausse dans ses principes, puisque ne tenant aucun compte des dogmes de la foi, elle mutile l'humilité chrétienne. — Elle est insuffisante dans sa portée morale, car elle n'atteint pas le but : ce n'est pas une humilité de ce genre qui maintient la paix et la charité; ce n'est pas elle qui produit l'abnégation et qui écarte les illusions.

II. Combien l'humilité rationaliste est à craindre. — 1® Une telle humilité se présentant sous les traits de la raison, nous séduit facilement : point d'excès qui choque; point de grave désordre non plus; aucune de ces laideurs qui trahissent le mal.

2° Ce n'est pas notre raison seule qui l'admet, c'est aussi notre nature. De nous-mêmes, nous sommes cela : nos tendances ne vont pas plus loin. Le sentiment inné du juste et du bien s'y trouve satisfait.

3° Le sens commun de Vbumanité, s'acîordant ici avec la raison et avec la nature, nous voilà établis dans cet état d'esprit qui exclut le doute pratique : est-ce que \out le monde ne pense pas ainsi? — Victime de l'erreur commune, j'ai beau être de bonne foi, je Ven suis pas moins sans humilité véritable.

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III. Combien cette humilité est insuffisante. — Elle s'arrête au seuil du surnaturel, et, manquant d'horizon, elle ne distingue dans Thumilité que la région humaine. Or, pour juger sainement un objet, il ne suffit pas de le voir en partie, si bien qu'on le voie. Ici Terreur n'est pas de mal voir, mais de ne pas tout voir; et le tort est de conclure comme si Ton voyait tout. En effet, les dogmes relatifs au péché originel et à la nécessité de la grâce, élèvent singulièrement le point de vue; des horizons inconnus de dépendance se révèlent alors aux yeux de la foi ; et, devant ces découvertes supérieures, Tinanité de Thumanité rationaliste apparaît éclatante. Rappelez-vous les méditations de la deuxième semaine et le saisissement qu'elles vous laissèrent sans doute. Tout dogme, disions-nous, par là même qu'il est une vérité, devient un principe légitime de raisonnement, et les conclusions qui en découlent, quelque inattendues qu'elles soient, entrent, de plein droit, dans le domaine de la vertu.

Rien n'est donc plus strictement raisonnable que l'humilité surnaturelle ; mais si raisonnable qu'elle soit, elle est loin de nous le paraître. Nous ressemblons terriblement à ces hommes de nature vulgaire, qui s'entêtent à ne pas admettre ce qui les dépasse. Parlez-leur de désintéressement, et ils vous répondront, le sourire aux lèvres, qu'au fond, chacun a pour mobile un intérêt quelconque ; que Ib désintéressement n'existe pas ; et qu'après tout, s'il se rencontrait par hasard, il ne serait que

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duperie... Et ces gens-là se croient très forts I Très forts aussi ces campagnards qui, appuyés sur leur gros bon sens, se refusent avec dédain aux améliorations scientifiques les plus autorisées.

En fait d'humilité, méfions-nous beaucoup de ce qu'on est convenu d'appeler le bon sens et qui n'est ici que le terre à terre. Le terre à terre ne suffît pas pour juger les choses d'en haut. C'est ce sens humain qui, chez les païens, traitait de folie le sublime anéantissement du Calvaire, et qui, chez les chrétiens eux-mêmes, suscitait «ces ennemis de la Croix dont saint Paul ne parle qu'en pleurant ». Ne se retrouve-t-il pas, hélas ! dans l'esprit rationaliste d'aujourd'hui?... Qui peut s'assurer de n'en point ^ubir quelque atteinte?... Notre instinct naturel en est plein, et notre esprit n'en est peut-être pas entièrement dégagé. Combien d'âmes -réputées pieuses qui, ayant affadi en elles le sens chrétien, ont dépouillé de ses exigences surnaturelles l'humilité de Jésus. « Evacuerunt crucem Christi I »

Cherchons donc à mieux voir et à mieux sentir. C'est lentement que le jour se fait; c'est péniblement qu'une habitude nous quitte, alors même qu'elle n'est qu'une habitude d'esprit, car l'esprit lui aussi a besoin d'une certaine accoutumance, pour bien croire à ce qu'il n'admet que par raisonnement.

Réflexions. — Si mon humilité n'est pas l'humilité de Jésus, elle est sans forée pour soutenir l'édifice surnaturel, et sans valeur aux

yeux de Dieu pour attirer ses grâces. Elle ne possède ni cette douceur profonde qui assure la paix, ni ce charme particulier qui accrédite auprès des hommes... Elle n'est plus qu'une sorte de vertu courte, sèche et inféconde.-

Et dire que l'on se croit humble parc^'que l'on n'est ni arrogant, ni vain, ni ambitieux, ni susceptible! Ah! revenons à l'école de Bethléem, de Nazareth et du Calvaire; prêtons une oreille plus attentive aux enseignements du divin Maître ; et prenons pour idéal, non point la modestie des sages, mais l'humilité des saints.

§ IL — De rhumilité étroite et pusillanime

La pratique de l'humilité ne me serait-elle pas une source de préoccupations? Ne me rendrait-elle pas hésitant pour prendre un parti, craintif pour donner un ordre, facilement troublé à l'occasion d'un acte de fermeté nécessaire? Ne me ferais-je pas des obligations personnelles trop gênantes? Ne serais-je pas enclin à me scandaliser au sujet des autres? — L'humilité ne doit pas rétrécir les idées, elle ne doit pas non plus paralyser l'action et rendre timide.

1" S'éloigner d'une pratique de vertu ou d'une œuvre de zèle, indiquées par les circonstances, sous prétexte qu'on en pourrait

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concevoir quelque vanité, est le propre d'une âme étroite et exclusive. — Trembler devant toutes les difficultés, n'est pas humilité, mais pusillanimité.

Notre premier regard doit se porter sur la volonté de Dieu, unique règle de nos actes; et notre sécurité doit se fonder sur la grâce qui l'accompagne. Faut-il donc défendre contre Dieu même cette ombrageuse vertu ; ou plutôt, appellera-t-on vertu cette égoïste frayeur qui, ne songeant qu'à sa sécurité, rétrécit le cœur et paralyse le zèle?

2® Se complaire en soi, est un vice; mais s'attrister de soi jusqu'au découragement, en est un autre : Il arrête tout avancement. — Voir en mal tout ce que l'on fait, n'est pas plus juste que sage : le bien qui est en moi n'est pas de moi, puisqu'il est surtout de Dieu.

Se dépiter de ses fautes, c'est se mal connaître et mal connaître Dieu. L'humilité véritable avive le regret, la prière, l'effort. L'humilité fausse produit la lâcheté, qui n'a pas même la vigueur de s'élever au regret, encore moins à la prière et au combat.

3<> C'est surtout dans l'exercice de l'autorité que se font sentir de la façon la plus déplorable les conséquences de cette étroitesse. — On n'osera donner des ordres, ou on le fera timidement, sans songer qu'on prive les subordonnés d'une force qui est leur droit. — On se laissera critiquer et reprendre, sans songer que c'est Dieu présent dans le supérieur qu'on livre au mépris : tout cela au grand préjudice du bien 1

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Ce genre Je défaut est l'opposé du précédent. L'humilité rationaliste arrête la vertu à des limites trop courtes; l'humilité étroite et pusillanime lui fait dépasser certaines limites sages. Ce défaut est loin d'être aussi commun. Cela s'explique sans peine : l'humilité rationaliste est le fait de la raison laissée à elle-même, tandis que l'humilité étroite et pusillanime suppose, outre une défectuosité naturelle, la préoccupation exagérée des vues de la foi.

Pour distinguer ce travers, et pour instituer les moyens de s'en débarrasser, il est bon d'analyser à part les causes qui le produisent : l'une, Tétroitesse, tient à la nature de l'esprit ; Vautre, la pusillanimité, dépend du caractère. Grâce à cette distinction, chacun saura où faire porter sa réforme. <

I. De rhumllité étroite. — 1» Comme le rationalisme, l'étroitesse d'esprit ne voit rhumililé qu'en partie, mais elle la voit dans ses exigences. Elle suppose donc l'orgueil où il n'est pas, dans tel principe, comme dans tel acte qu'elle en croit entachés.

On se tromperait en se persuadant que ce défaut est le propre des personnes peu intelligentes. L'étroitesse, comme le mot l'indique, n'est qu'un nwwique d'étendue. La vue n'est pas assez large, elle n'embrasse pas cet ensemble qui seul permet de déternwner la valeur de chaque détail; au contraire, saisissant avec beaucoup de clairvoyance et de vivacité, tel point particulier qui la frappe, elle lui prête des proportions excessives. Elle ne distingue pas

■vmLXTi. — 14.

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non plus les circonstances qui foui que telle autre vertu, la charité par exemple, interdit à rhumilité, non pas d'exister, mais de paraître. Or, la portion de vérité qui se trouve dans son erreur même, satisfait son jugement et le fixe. Que ne voit-elle tout autour et plus loinl

2° Le remède est d'application difficile, car il consiste à douter de soi, et de cette partie de soi que l'on défend avec l'acharneraent le plus convaincu, son jugement. 11 n'y a pourtant p;is à hésiter, c'est cette défiance qu'il faut éveiller atout prix. Qu'on y joigne la lecture de livres capables d'éclairer, l'ouverture confiance au directeur, et les idées deviendront plus larges en devenant plus justes.

La formation première a été souvent la seule cause de ces défectuosités. Quand elle n'a fait qu'introduire des principes étroits, une autre formation plus intelligente peut tout restaurer; mais si, par une action prolongée, elle a fini par déterminer une sorte d'entorse morale, la guérison est plus laborieuse ; elle le serait bien davantage encore, si le mal se rattachaità la nature même de l'esprit... Comment avoir assez de jugement pour se reconnaître le jugement faux?

II. De l'humilité pusillanime. — !• La pusillanimité, avons-nous dit, ne provient pas du jugement, mais du caractère : elle se compose de toute disposition donnant accès à une crainte. La crainte peut provenir soit d'une circonspection trop inquiète, soit d'une volonté trop faible. Ces deux défectuosités déterminent

également l'hésitalion et l'inconstance, mais d'une manière différente. L'esprit trop circonspect s'embrouillera au milieu des nombreuses possibilités qui entourent chaque décision, et ne saura quel parti prendre; le caractère faible voudra et ne voudra pas, tout en voyant bien ce quMl devrait faire. Ni l'un ni l'autre ne parviennent à se fixer; et l'un comme l'autre, dans le cours de l'action, peut se laisser arrêter par le moindre incident.

2» Ce défaut n'est pas spécial aux âmes médiocres. Certaines personnes, qui montrent de la fermeté dans le gouvernement des autres, restent livrées, pour elles-mêmes, à des craintes qui les torturent; elles voient de l'orgueil dans tout ce qu'elles font et dans tout ce qu'elles pensent. La pusillanimité ne suppose donc pas précisément un manque d'intelligence, mais une intelligence d'un genre particulier; elle s'allie le plus souvent à une extrême subtilité d'esprit. Des vues trop multipliées aveuglent, et l'abondance des solutions déconcerte.

3° Le choix du remède dépend de la cause qui produit le mal. — Etes-vous prudent à l'excès, très regardant, très méticuleux? forcezvous à couper court. Décidez-vous à première vue dans les choses ordinaires. Ne réfléchissez pas trop, même dans les cas graves et prenez toujours une résolution bien tranchée. Surtout ne remettez pas en question ce qui a été décidé; et gardez-vous bien de vous reprocher les erreurs où vous avez pu tomber, car les plus réfléchis eux-mêmes n'échappent pas à ces accidents de l'insuffisance humaine.

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Si vous êtes d'une nature peu résolue, facilement troublée par les obstacles ou les oppositions, prenez garde, vous n'avez pas le droit d'en faire une question d'humilité; vous cédez tout bonnement à votre faiblesse. Relevez donc votre courage et imposez-vous le devoir de sauvegarder davantage vos droits et votre dignité. Maintenez vos commandements et vos observations, toutes les fois qu'il n'est pas évident que vous vous êtes trompé.

— L'humilité étroite ou pusillanime imprime à la physionomie, à la parole, à l'extérieur tout entier, quelque chose de gêné, souveut quelque chose de faux qui met les autres mal à l'aise, ou les porte à abuser. Ici la direction sera utile, moins pour éclairer que pour soutenir.

Au fond, Tétroitesse et la pusillanimité proviennent d'une préoccupation, celle de soi, et d'un oubli, l'oubli de Dieu. — Ce défaut est contraire à la prudence, qui a la mission de gouverner toutes les vertus. Il porte atteinte à l'ordre social et discrédite l'humilité.

0 mon Dieu, donnez-moi cette humilité simple et courageuse qui ne regarde que vous, mais qui vous regarde tellement qu'elle se sent toutes les énergies du devoir et toutes les saintes hardiesses du zèle I

§ III. — De rhumilité fausse dans son expression

Que nul ne passe rapidement sur ce sujet, car bien peu échappent entièrement à ce travers; or, plus un travers est commun, moins il frappe. Je peux donc avoir beaucoup à réformer ici, sans m'en rendre compte. Cependant, je ne veux rien de factice, encore moins rien de faux dans mes paroles ou dans mon extérieur. Que mon humilité, si elle n'est pas haute, soit du moins loyale. Votre lumière, ô mon Dieu, votre indulgence, votre secours I

I. Nature de ce défaut — L'homme a cette tendance invétérée de placer la vertu dans les actes extérieurs, tandis que ces actes n'en sont que la manifestation et les effets. Or, il est amené, par la logique de cette erreur, à se contenter finalement de simples protestations ou de vaines apparences. La dégénérescence qui en résulte, accuse, mais trop tard, la fausseté de cette conception. Les juifs, du temps de Notre-Seigneur, en étaient descendus là. Quand ils avaient dit à leurs parents pauvres : « Tout ce qu'il <ous plaira! » ils se croyaient parfaitement en règle avec la loi divine; sans songer que cette loi, outre le respect qui s'incline, exige l'amour qui assiste et ne se contente pas 4'une formule. De leur côté, les pharisiens se

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tenaient pour humbles parce qu'ils se prosternaient bien bas dans les rues, tout en conservant la conviction entière de leur supériorité, et, qui plus est, le mépris des autres.

Certes, nous n'en sommes point làl les enseignements de l'Evangile ont trop pénétré la société chrétienne pour que nous puissions descendre à de tels abus; mais prenons-y garde! notre nature appartient toujours à rhumanité; et l'humanité ne laisse pas que de pousser sa tendance, aussi loin que le lui permettent l'irréflexion et les usages. Jésus exige que nous soyons humbles? disons que nous ne valons rien ; montrons aux yeux du prochain un air doucereux et des manières déférentes ; prenons à l'église une attitude abaissée : nous voilà humbles! Assurément, nul ne fait cette déduction explicite, mais plus d'un en subit l'influence secrète. Sondez bien votre cœur. En disant que vous ne valez rien, le pensez-vous? En vous courbant, permettriez-vous aux autres de vous regarder de haut?... Voyez vos révoltes quand on vous juge moins capable, quand on vous contredit ou tout simplement quand on vous néglige !

« Il se trouve souvent des personnes qui disent qu'elles ne sont rien, qu'elles ne sont qu'abjection, misère et imperfection, et qui ne sauraient souffrir qu'on leur dise la moindre parole de mésestime, qu'aussitôt elles ne s'en plaignent; et si vous reconnaissez en elles quelques imperfections, gardez-vous bien de le leur dire, car elles s'en offenseraient. »

« h n'appelle point humilité, dit encore saint

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François de Sales, ce cérémonieux assemblage de paroles, de gestes, de baisements de terre, de révérences et d'inclination, quand il se fait, comme il advient souvent, sans aucun sentiment intime de sa propre abjection et de la juste estime du prochain ; car tout cela n'est qu'un vain amusement de faibles esprits et doit être plutôt nommé fantôme d'humilité. »

II. Origines de ce défaut. — Toute société se forme un langage; et toute personne qui en fait partie, lui emprunte ses expressions. Un milieu de piété adopte nécessairement des formules humbles qui, absolument sincères chez quelques personnes, ne sont chez la plupart des autres qu'un simple écho. Cet abus est le plus souvent inolTensif, il faut en convenir, car nul ne tient grand compte de ces formules; il nuit toutefois à l'humilité puisqu'il la dépare, et à la piété, car il la discrédite. Ce que nous disons des paroles, étendons-le aux attitudes : il doit y avoir une correspondance parfaite entre nos sentiments et leur expression.

Qu'elle est belle l'humilité où tout s'harmonise dans la sincérité! Mais que la sincérité soit en défaut sur un seul point, sur une seule note : plus d'harmonie, partant plus de beauté, plus de charme, plus d'unité; la parole du sentiment est en désaccord avec la paiole qui sort des lèvres; et l'extérieur se trouve violemment séparé de ce qui doit en être l'âme, la conviction intime. Grande leçon pour les vertus ordinaires. Si la nôtre ne va pas jusqu'à nous ins-

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pirerles bas sentiments que les saints professent d'eux-mêmes, ne les exprimons pas, n'en prenons pas l'attitude, gardons la beauté de ce qui est moindre mais vrai. Il y aura toujours certaines défectuosités que nous pourrons avouer, certaines infériorités dont nous serons convaincus, certains torts que nous accepterons de bonne grâce; faisons de cela notre humilité. Elle sera moins profonde, mais elle sera plus sincère; elle ne nous inspirera pas une attitude très abaissée, elle nous laissera du moins une attitude exempte de prétention.

En même temps, désirons que notre vue devienne plus pénétrante, que la grâce nous fasse entrer plus avant dans les secrets divins, et à mesure que, par ce contraste, notre misère se révélera plus clairement à nos yeux, nos paroles et notre attitude traduiront ces sentiments nouveaux avec une sincérité toujours égale.

Saint François de Sales affirme que « parler de soi-même est aussi périlleux que de marcher sur la corde ». On peut ajouter que le plus périlleux c'est d'en parler en mal. Qui, en etîet, pense beaucoup de mal de soi et qui donc a grande envie de se faire croire? Laissons aux vrais saints les expressions méprisantes dont ils s'accablent; leur humilité est seule assez profonde pour aller jusque-là. Ne parlons de nous que par nécessité et, avant de le faire, interrogeons notre conscience pour lui demander si vraiment elle nous en impose le devoir.

Il sera bon de récapituler ici les divers sujets de confusion que nous venons de découvrir.

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Que de petites faussetés! que d'exagérations calculées! que de secrets désirs d'estime sous des aveux humiliants!

Il importe aussi de débarrasser notre langage de certaines expresvsions que l'usage, et l'usage seul, maintient dans certains milieux. Ces expressions choquent ceux qui ne croient pas à leur sincérité, et répandent ce travers chez ceux qui ne sont pas sur leurs gardes.

III. — Calculs de l'orgueil. — Bien autrement grave est l'abus de ces mêmes formules quand au lieu d'être l'effet d'une simple coutume, elles deviennent un moyen cherché de s'attirer l'estime.

L'humilité au service de l'orgueil, quoi de plus vil ! L'Ecriture l'a stigmatisée en cej termes : « Est qui nequiter humiliât se, interiora ejus plena sunt dolo. C'est s'humilier d'une odieuse façon, que de le faire dans des vues hypocrites. »

On affebte de s'effacer et l'on ne songe par là qu'à se faire rechercher. — On dit du mal de soi pour en faire dire du bien. — On demande d'être averti, pour obtenir d'être loué. — Si l'on s'accuse d'une faute, c'est parce qu'elle est bien connue. — On exagère ses torts pour les noyer dans l'humilité de l'aveu, et l'on insiste davantage à mesure que l'on est moins cru...

Cette humilité, dit Rodriguez, doit s'appeler une humilité à crochet, parce qu'on s'en sert pour s'attirer des louanges, comme on se sert d'un crochet pour faire venir à soi les objets qu'on ne peut atteindre.

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lY. — Humilité fausse dans son sentiment même

Quand on se pose cette question : mon humilité est-elle vraie? on porte aussitôt son attention, comme nous venons de le faire, sur la conformité de la parole avec le sentiment. Il est rare que, poussant plus avant l'examen, on s'inquiète de larérifé du sentiment lui-même. Il y a pourtant des convictions factices, et qui, chose étonnante, peuvent être sincères. Or, quoique sincères, elles ne sont pas réelles, et restent par conséquent incapables de soutenir la vertu : De là l'importance de cette nouvelle étude.

L'humilité d'impression peut être attribuée à plusieurs causes ; toutes néanmoins ont leur point de départ et leur base commune dans l'estime dont jouit cette vertu : l'estime est un éclat dont l'orgueil aime à se parer. Cet éclat qui entoure l'humilité, est le plus séducteur de tous, dans un milieu de piété ; et plus ce milieu est élevé, plus son action est puissante.

Dansla V«méditation, cette influencb aétérecherch'^e.au point de vue delà formation ; mais comme elle s'exerce à toutes les périodes de la vie spirituelle, il est bon de se demander, de loin en loin, ii l'humilité sur laquelle on se repose, n'est pas une humilité plus ou moins

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factice. Commençons par analyser les diverses

origines de cette illusion.

I. Influence des idées régnantes ou humilité factice. — Le milieu qui transmet ses formules, ainsi que nous venons de le voir, communique aussi ses impressions. Les personnes pieuses ont lu les vies des Saints; elles ont ressenti pour leur vertu héroïque une vive admiration; mais ce qui les a surtout frappées, c'est le miracle de leur humilité, contraste saisissant du mépris de soi-même dans une éclatante perfection. De là le désir de descendre avec eux dans les profondeurs de cette vertu. — Jusqu'ici tout est bon : Le sens de l'émulation et celui de l'imitation nous sont donnés pour être les agents les plus actifs du progrès. Mais une fatale déviation se produit le jour où ces âmes, encore peu avancées, se persuadant avoir l'humilité des Saints parce qu'elles l'admirent, se croient obligées de professer à leur tour le mépris que les Saints professaient d'euxmêmes. Ces accents désolés, parvenus jusqu à nous, font vibrer toutes les générosités de leur émulation. Ne puis-je pas les exprimer aussi? pensent-elles. Une excellente raison les presse et les rassure : Ces sentiments ne conviennentils pas mieux encore à ma misère?... Eh bien! essayez, répétez à loisir cette longue litanie de leurs plaintes humiliantes, mais supposez que tout à coup telle personne amie vous interrompe et vous dise : est-ce donc vrai? seriez-vous si vil, si abject, si coupable? Le croyez-vous?... A l'instant vous vous sentez su-

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bitement refroidi et tout étonné : une piqûre a dégonflé le ballon *. N'ayant pas les vue» lumineuses et les grâces spéciales des saints, vous n'êtes qu'un reflet, qu'un écho! Cette humilité est en vous toute de surface; elle ne baigne pas les profondeurs de la conviction. Aux saints, Dieu se révèle si beau et si saintement exigeant, si aimable aussi, que leur propre misère les épouvante et les désole. A genoux, le front dans la poussière, ils savourent leur abaissement. Les cris déchirants que jette leur prière, sortent de leurs entrailles; ils ont beau les redire, ils ont beau chercher des expressions encore plus fortes, ils ne parviennent pas encore à égaler par leurs sentiments l'absolu de leur conviction.

Si nous n'avons pas ces grands sentiments d'humilité, ayons du moins l'humilité de le reconnaître / et n'essayons pas de combler par des apparences ce vide réel. Contentons-nous d'implorer la grâce de mieux connaître les mille imperfections, qui, à notre insu, remplissent peut-être notre vie ; les défauts qui, très visibles aux yeux des autres, nous restent cachés. Adoptons cette règle très sage d'incliner à nous condamner nous-mêmes dans les cas douteux ; mais ne laissons pas notre conscience, notre reflet de Dieu, pure expression de notre âme, se ternir et se fausser par une habitude de sentiments conventionnels. Rien

1. On comprend que ces appréciationg ne concernent pas les âmes profondément humbles. Nous poursuivons ici l'étude dçs humilités suspectç^.

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de factice ! Soyons vrais même et surtout devant Dieu qui lit dans nos cœurs !

II. L'influence du tempérament ou humilité d'illusion. — Le milieu est la cause qui agit de l'extérieur, le tempérament est la cause qui agit du dedans. S'il y a des milieux qui communiquent l'impression superficielle de l'humilité, il y a des tempéraments qui en créent l'illusion ; ce sont ceux où l'imagination domine.

Une âme d'artiste habite souvent une région éthérée, tout en dehors du réel. Ce qu'elle sent, ce qu'elle exprime, jaillit assurémentd'une certaine conviction du moment. C'est un rôle qu'elle joue au naturel, et qui la trompe elle-même. Comme précédemment, tout ici est en surface. N'a-t-on pas vu des poètes, au cœur sec, parcourir toute la gamme de la sensibilité et, mal gré leur égoïsme féroce, exalter avec enthou siasme les plus purs dévouements! Le lecteuv tout en larmes de s'écrier : quel cœur! Et l'entourage immédiat de répondre : si on le cor naissait!

Son imagination saisi! une situation, s'j enferme, et finit par s'identifier avec elle. C'est elle qui sent, qui parle, qui agit. N'allez pas dire à cet homme, que, dans la vie pratique, on ne lui voit ni ces sentiments, ni cette conduite; il se détournerait de vous avec dédain : vous ne l'avez jamais compris! Et il est sincère. Ce que traduit son imagination seule, lui semble le traduire lui-même : il a deux vies et il ne s'en connaît qu'une.

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11 y a aussi des humbles d'imagination. Ils admirent cette vertu, et, par l'effet de ce sentiment, sa beauté passe dans leur esprit et le pénètre; ils en ont l'amour, le désir, l'inclination peut-être, mais, toujours dans cette particulière région séparée du réel.

Qu'ils aient à en parler fréquemment, à en exalter les charmes : l'impression gagne du terrain et devient plus profonde. Un travail latent se fait, par lequel tout ce qu'ils admirent, tout ce qu'ils exaltent, semble leur être acquis. Hélas ! c'est dans l'imagination seule que ces merveilles s'accomplissent. Elles s'y étendent, comme elles y sont écloses, par la liction, et en gardent toute la fragilité. C'est un rêve. Au lever du jour, c'est-à-dire au contact de la réalité, tout a disparu : on ne retrouve qu'une âme préoccupée d'elle-même etsensible à tout orgueil. Il y avait là comme deux personnes : le dédoublement s'est opéré! Nous ne disons pas que l'homme possède deux personnalités distinctes, comme le veulent, à tort, certains rêveurs; il a simplement deux manières d'être très dissemblables. S'il se trouve dans le réel il est lui; s'il s'enferme dans l'idéal, il devient un être de convention, victime de luimême.

Si votre imagination est vive et ardente, prenez garde : elle est capable de porter en humilité comme en tout, sa puissance d'illusion. Elle ne se réalise qu'en rêve. Descendue au terre à terre de la pratique, elle a subitement perdu ses ailes ; et bientôt lasse, sinon détrompée, elle s'arrête dans son essor, lâchement.

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Nous verrons bientôt comment on discerne le vrai du factice, car enfin l'imagination, loin d'être en soi une ennemie, est un auxiliaire : auxiliaire puissant, mais peu sûr, qui appelle tous les contrôles.

III. Influence des habitudes ou humilité sans vie. — A l'influence du milieu et à celle du tempérament s'ajoute une troisième source d'illusion : l'influence persistante de vertus disparues.

Il se rencontre des personnes vraiment orgueilleuses qui éprouvent le besoin de faire des actes d'humilité, de confesser leur misère et quelques-uns de leurs torts. — Elles se mettent au dernier rang et s'accusent même des maux publics... Chose étonnante, elles font tout cela avec une sorte de conviction.

Quelle est l'explication de ce phénomène? Nous la trouverons dans une observation magistralement présentée par saint François de Sales. Elle porte, il est vrai, sur la charité, mais comme elle part du principe même des vertus, l'habitude, elle s'applique parfaitement à l'humilité. « Ce reste d'amour qui survit à la charité dans l'âme coupable, dit-il, n'est pas la charité, mais un pli et inclination que la multitude des actes a donné à notre cœur..., c'est un simple écho qui répète la voix. Ce n'est pas la parole d'un vivant, mais celle d'un rocher creux et vain. »

Oui, quand l'orgueilleux profère contre luimême tant d'âpretés, son accent sonne faux ; il se répète avec une insistance de mauvais aloi ;

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et, devant son exagération et son amertume, sans trop savoir pourquoi, on demeure inquiet.

Formuleautrefoissincère etqu'ona retenue!... Besoin autrefois senti et qui persiste dans la seule habitude!... telle est la nature de cette humilité, dont la puissance est encore si grande qu'elle provoque parfois des émotions et des larmes, et que tout cela ne manque ni de douceur ni de quelque sincérité.

« Eh bien! ajoute saint François de Sales, n'est-ce pas une grande pitié de voir une âme qui se flatte en cette imagination d'être sainte, demeurant en repos... et se trouvant enfin que sa sainteté est feinte, que son repos est léthargie et sa joie une manie. »

Terminons par une remarque qui doit attirer l'attention des personnes ferventes:

Une personne admirée pour son humilité et qui le sait, trouvera de nouvelles délices à se faire humble, à se croire humble. Plus elle verra l'impression qu'elle produit, plus elle s'enfoncera dans le sentiment de son néant... Mais tandis qu'elle croit goûter la pure humilité, c'est peut-être la douceur de l'estime commune qu'elle savoure; et c'est l'action de ce poison qui lui communique ce surcroît d'ardeur...

Réflexions. — 0 mon Dieu, j'ai peur! quoi, tant d'illusions possibles ! mais c'est à désespérer !... Si je me sens de l'éloignement pour l'humilité, je ne suis pas humble ; et, si j'éprouve pour elle de l'admiration, peut-être ne le suis-je pas davantage 1

J'en fais des actes nombreux dans mes méditations ; je me contiens dans les occasions où mon amour-propre est blessé ; j'éprouve du plaisir à dire du mal de moi-même et la pensée de l'humilité répand en mon cœur une joie sensible : suis-je humble?

Attendez ! De ces actes nombreux dans la méditation, nous n'avons rien à dire, sinon qu'ils comportent trop peu de difficultés pour témoigner formellement en faveur de la vertu. — De ce que l'on se contient dans les occasions où l'amour-propre est blessé, il ne ressort pas la preuve absolue que l'on se contient par humilité : la simple prudence y suffit d'ordinaire, et, dans certains milieux, l'amourpropre lui-même commande cette conduite : le désir de ne point passer pour orgueilleux, pourait être le seul agent de cet effort. ~ Quant au plaisir que l'on éprouve à parler en mal de soi et au goût sensible qu'évoque la pensée de l'humilité, il n'en faut pas faire grand état : ces goûts, très réels chez les grandes âmes, ne sont le plus souvent, chez les âmes ordinaires, qu'un certain contentement de soi, ou tout au plus une admiration platonique de la vertu. Attendez les occasions positives : un mépris que rien ne compense, une préférence pour les autres qui vous rabaisse, un insuccès dont on vous rend responsable, une confiance qui se retire, tout simplement un reproche, bien mérité d'ailleurs... Ah I si le goût persiste, s'il accueille sans ostentation ces abaissements, s'il répand Jans l'âme un contentement profond et donne à la vie spirituelle un. surcroit

BUMILITi. — 15.

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d'ardeur, rassurez-vous : un tel goût, produisant de tels effets, est un goût de bon aloi. Il ne vient pas de la nature ; Dieu seul peut l'inspirer.

Sans doute, il est bon de s'étendre vers tout progrès, et de porter aussi loin que possible Thumilité comme les autres vertus, mais il faut le faire dans la vérité. Nous ne saurions trop le redire : N'affirmons que ce que nous voyons ; soyons sincères devant nous-mêmes, comme nous nous imposons de l'être devant le prochain. Dans nos prières, dans nos élévations de cœur vers Dieu, ayons la probité de nous interdire toutes les formules d'humilité, que nous dicteraient seuls, ou les sentiments des saints, ou notre propre imagination. Ces formules ne produisent que l'illusion de la vertu, l'orgueil peut-être. Ne fussent-elles que vaines et vides, elles ne sont ni dignes de Dieu, ni, pour nous, fortifiantes. — Ah ! que le vrai est bon et qu'il est beaul Seul, il est à la fois lumière et force, car seul c'est la vertu.

Coup d'œil sur les deux méditations qui vont suivre

Au sortir de ces considérations pénibles, attristantes même, sur les fausses humilités, élevons nos regards vers l'humilité véritable. Ses traits vont nous apparaître pleins de clarté, dans la tendance prononcée à l'effacement et au sincère mépris de soi-même, et dans cette ravissante disposition qui en émane, l'inclination à estimer les autres.

Son action directe produira la paix, la ferveur, la fécondité, cette triple manifestation de la belle santé de l'âme.

Etude facile, car, pour amener au grand jour ces riches découvertes, elle n'a qu'à les dégager de principes établis déjà ; — étude instructive néanmoins, parce qu'elle fait surgir à chaque pas des conséquences imprévues ; — étude éminemment utile, puisque de ces principes et de ces conséquences, elle compose une doctrine pratique ; — étude encourageante aussi, où tout est lumière, beauté, dilatation.

Nota. — Les personnes qui en auraient le temps et l'attrait, pourraient utilement consacrer trois méditations à chacun des deux exercices qui vont suivre. A cause de leur importance, nous indiquerons quelques séries de réflexions et d'affections.

Quatrième Semaine

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