‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 28 sur 50 · XXII* EXERCICE · texte numérisé non relu

XXII* EXERCICE

Des caractères de la véritable humilité

Premier point : Inclinatioa à l'effacement. — Deuxième point : Inclination au mépris de soi-même. — Troisième point : Inclination à l'estime du prochain.

Préparation pour la veille. — Nous étudierons demain les caractères distinctifs de l'Iiumilité. L'humilité est une vertu ; donc, elle doit être une force permanente. Mais sur quel point portera-t-elle son effort? Sur cette tendance dangereuse qu'il faut dominer ; la tendance à nous surfaire dans notre propre estime et à nous surélever dans l'opinion des autres. Elle lui oppose d'abord l'inclination au simple effacement ; allant plus loin, elle fait naître l'inclination au mépris, qui, en certaines âmes, devient un véritable amour.

Une telle disposition n'est-elle pas contre nature? Point du tout, car éminemmwit pacificatrice et bienfaisante comme tendance, elle ne pourrait être contre nature que dans ses actes; mais si la tendance relève de la vertu spéciale dont elle est le mouvement, les actes

relèvent en tout et pour tout de la prudence. Par elle, nous le verrons plus loin, les droits des vertus seront sauvegardés ; la dignité personnelle sera maintenue ; toutes les initiatives utiles seront prises ; en un mot, ce qui doit être fait sera fait ; l'humilité n'interviendra que pour donner à toute cette activité un caractère en quelque sorte impersonnel, établissant ainsi la liberté de Dieu dans son action sur l'âme, et la fidélité de l'âme dans sa parfaite obéissance à Dieu.

Méditation \^o

Prélude. — Demander la grâce de ne point se décourager en voyant tout ce qu'exige l'humilité.

I. Inclination à l'effacement. — « Ama nesciri. Aimez à être ignoré. » {Imitation.) -

1» « L'humilité cache tout ce qui est vertu et perfection humaine; elle ne le fait paraître que par charité... elle est simple par dessus tout, et elle ne veut ni paraître savoir ce qu'elle ignore, ni avoir l'air d'ignorer ce qu'elle sait. » (Saint François de Sales.)

2° Elle n'aime pas les éloges; elle ne saurait néanmoins repousser ceux qu'elle croit mériter. Elle s'ingénie alors à détourner l'attention, et c'est si facile! Parlez aux autres d'eux-mêmes et vous serez vite oublié. — Une personne moins humble prendrait des airs effarouchés et nie-

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rait révidence : attitude fausse, humilité douteuse. Oh! la vérité, la simplicité, même et surtout dans l'humble effacement.

Quand elle réussit, c'est à Dieu qu'elle en fait remonter la gloire; quand elle échoue, c'est elle seule qu'elle accuse... La raison s'étonne de cette partialité, mais 1 ame humble se l'explique à merveille : est-ce que Dieu n'est pas le principe premier et nécessaire à tout acte bon ! Est-ce que l'Etre parfait peut avoir une part quelconque dans un insuccès?

3° Au reste, elle pense très peu au bien qu'elle fait, encore moins aux éloges qu'elle reçoit. Elle éponge avec soin ces vaines complaisances d'orgueil qui suintent en nous de tous les côtés... Elle sait que la moindre trace qu'elle en laisserait aux parois du vase, serait un principe de corruption pour tout le bien que Dieu y pourrait mettre.

4° Choisir l'emploi le moins en vue, la place la plus effacée, lui parait tout naturel. Elle n'ambitionne rien de ce qui distingue, et si elle est appelée à faire de grandes choses, elle y va enveloppée de modestie. Partout elle cherche l'oubli, comme pendant la chaleur on cherche l'ombre et elle s'y trouve bien.

5° Par goût, elle est inclinée vers les petits et les pauvres. Quand l'orgueil ne nous aveugle pas, Jésus est transparent en eux : « Ce que vous aurez fait au plus petit, c'est à moi que vous Causez fait. » 0 Humilité révélatrice 1

Réflex/ons et sentiments. — 1» Impression de paix profonde et suaves — 1<* DépendaQca

PREMIÂRX MÉDITATION 231

libre et souple à tous les vouloirs divins ; — 3"» Facilité à se faire agréer, écouter, aimer;

— 4" La simplicité consiste à éviter le factice, et en cela l'humilité est vraie ; puis à se dégager du multiple, et en cela elle vise Dieu avant tout ; — 5° Son influence heureuse sur l'intelligence des vérités de la foi ; — 6° Instinct mystérieux qui lui révèle le bien ; — 7® Chaude atmosphère où toutes les vertus se développent;

— 8* Disposition éminente à la vie intérieure;

— 9" Place laissée vide et que Dieu remplit; — iO" Le plus grand bien a toujours été fait par ceux qui s'effacent : Dieu vient les prendre comme par la main et les accompagne ; — H» Se résoudre à cette humilité; — 12» Comparer sa vie à cet idéal et prendre des résolutions pratiques.

IL Inclination au mépris de soi-même. « Qui se connaît bien se méprise. » {Imitation.)

L'humilité d'effacement a pour objet l'estime des autres : elle modère et dirige le désir inné que nous en avons. L'humilité qui concerne le mépris de nous-mêmes, s'adresse à une autre tendance : Vestime de soi, dont les écarts sont très funestes.

Certaines natures ont grand besoin de cultiver l'inclination au mépris de soi-même, car, si le désir de l'estime des autres est plus général, le sentiment excessif de l'estime de soi est bien plus violent. C'est lui qui fait les vrais orgueilleux, ces hommes qui tranchent et s'imposent, brisent les oppositions les plus légi-

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times, dédaignent les conseils, et méprisent leur entourage.

Il n'est pas nécessaire que l'orgueil atteigne ces excès pour être odieux et perturbateur. Jetons sur notre vie un regard sincère, prenons conscience de nos yéritables sentiments; et, si nous y découvrons quelque chose de cette dangereuse tendance, ayons le courage de nous incliner résolument au mépris de nous-mêrae.

\* L'âme humble s'applique à connaître le peu qu'elle vaut; et, pour cela, elle pense souvent à ce qui la rabaisse au point de vue du talent, des avantages extérieurs, des dons même de la grâce, etc.

Se voyant des défauts, des penchants misérables; sentant sa vertu toujours chancelante, elle rougit des témoignages d'estime qu'elle est obligée de subir : « Si l'on savait! » dit-elle.

2° Lui arrive-t-il de commettre l'une de ces maladresses qui ne nuisent qu'à l'amour-propre elle s'applique à l'aimer, et se défend d'en atténuer, sans motif, la fâcheuse impression.

S'il s'agit d'une faute, elle l'envisage sous deux aspects : la faute contient l'offense de Dieu, et elle la hait ; — mais la faute contient aussi l'humiliante manifestation de nos mauvais instincts et de notre incurable faiblesse, et elle se réjouit... Oui, elle se réjouit, car la faute est pardonnée; elle n'est plus, tandis que l'humiliation demeure. Or, toute humiliation est bonne, elle nous aide à devenir humble, et fait ressortir la miséricorde de Dieu.

3® Toujours défiante d'elle-même, l'âme humble consulte volontiers; et, quand la pru-

dence le permet, elle s'adresse même à ses inférieurs. — Elle sera heureuse ensuite d'attribuer le succès aux avis qu'elle a reçus.

4° Dans les milieux où est établi l'usage de la monition, elle rend facile et douce la tâche de l'amitié. « Dites-moi bien librement tout ce que vous avez remarqué de défectueux... Oh! que c'est juste et que je vous remercie... Vous verrez que, grâce à vous, je finirai par devenir meilleur... » Et tout cela sent la sincérité et la joie dans l'amour de l'humilité et de la perfection.

5<* C'est au confessionnal qu'elle donne libre carrière à son besoin d'humiliation... Certains motifs bas dont on rougit; certaines fautes avilissantes du passé... elle se plaît à les faire connaître et à les rappeler. — Elle se garde bien de changer l'effet de ses aveux par l'exagération ou par quelqu'autre habile moyen... elle veut paraître vile et non pas humble, même aux yeux de son confesseur... — Avons-nous besoin de le dire : la vérité défend de s'attribuer des torts que l'on n'aurait pas ; et la sagesse ne saurait permettre de se faire mal connaître, sous prétexte de s'humilier.

6<» Certaines occasions mettent particulièrement à l'épreuve le mépris de soi. On vous reprend; on vous avertit d'une erreur, d'une imprudence. Réfléchissez d'abord, et si l'observation est juste, remerciez franchement; et gardez-vous d'ajouter l'une de ces protestations qui sentent le désarroi d'un amour-propre blessé : oh! vous avez bien raison! je n'ai que des défauts! ahl si vous connaissiez toute ma misère l...

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70 Par contre, lorsque vous donnez un avis et qu'on le dédaigne, si vous montrez quelque dépit, si vous prononcez quelques-unes de ces paroles d'humeur : « Après tout, c'est votre affaire, d'ailleurs vous en savez plus que moi!... » vous ne parlez sûrement pas sous l'influence de l'humilité. D'un acte de charité, vous faites une question d'amour-propre, et votre zèle s'arrête déconcerté; tandis qu'une humilité profonde, ne considérant que le plus grand bien, eût conseillé peut-être de douces instances, s'il s'agit d'un égal, de fermes remontrances, s'il s'agit d'un inférieur dont on a charge.

Réflexions et sentiments. — l*» Beauté morale de cette disposition; — 2° Principe de sagesse; — 3" Sauvegarde très sûre; — 4® Puissance incomparable pour le bien; — 6° Foyer de tendresse ; 6" Qui n'aimerait une telle âme? — 7» Qui lui refuserait sa confiance? — 8° Quels sont à son égard les sentiments de Dieu, ses dispositions généreuses, son indulgence au besoin?... Ne le voyez-vous pas sans cesse prêt à lui ténoigner son amour? — 9*> Ah! qui me donnera de m'oublier et de me perdre dans un sincère mépris de moi-même I — 10* Long regard sur Jésus humilié; — H" Demander vivement la grâce de comprendre, de désirer, de vouloir ; — 12° Se mettre de son mieux dans cette disposition du mépris habituel de soi, et se tenir dégagé de toute vaine complaiçancç.

III. Inclination à estimer les autres. — « N'avoir aucune bonne opinion de soi et estimer beaucoup les autres, c'est une grande sagesse et une haute perfection. » (Imitation.)

L'estime pour le prochain n'est pas un acte direct de l'humilité, mais elle en est le résultat le plus constant et la preuve la plus certaine. On peut craindre de se tromper sur l'amour que l'on croit avoir pour l'effacement et le mépris; qu'on se rassure si, parallèlement, on se sent une inclination franche à estimer les autres.

Si j'ai l'amour réel de l'effacement, nul ne me fait ombrage; si j'éprouve pour moi-même un sincère mépris, je relève d'autant les autres par comparaison. C'est le contraire de l'orgueil qui, en se surélevant, les rabaise.

1» « Alios reputa meliores te. Estimez les autres meilleurs que vous », dit saint Paul. Voilà votre règle pratique. !«> L'âme humble ne se préfère à personne et ne pense jamais mal des autres.

Ses propres défauts roccupent assez pour qu'elle cherche à voir ceux du prochain. Quand elle les rencontre, elle les excuse ; et, si elle ne le peut, elle les regarde avec indulgence^. Elle est encore plus jalouse de cette délicatesse pour

1. Cela ne signifiie point qu'elle approuve cc qui est mal ou imparfait, et cette conduite ne s'applique pas aux cas où l'on a le devoir de juger, soit pour diriger les autres, soit pour se défendre soi-même.

Incliner à juger les autres meilleurs que soi, n'implique nullement le désir de les uniter dans leur conduite, si cettç conduite est défectueuse.

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les pensées qu'elle ne Test pour ses paroles; car c'est aller plus avant dans la vertu.

2° Un sentiment lui est particulièrement en horreur, le mépris du prochain, ce signe caractéristique de l'orgueil.

Un tel sentiment vient-il à faire invasion dans son cœur, aussitôt elle le désavoue; et, pour en faire disparaître l'influence, elle réagit contre l'impression fâcheuse, en s'eîTorçant de la remplacer par une impression favorable. Dans ce but, elle fixe sa pensée sur les bonnes qualités de la personne, ou sur l'amour que Jésus lui porte.

30 Dans tous ses rapports avec le prochain elle a l'esprit éminemment raisonnable. L'humilité l'incline à se montrer juste, impartiale et généreuse. — Elle n'est ni exigeante ni chagrine. — Elle ne se froisse pas pour un oubli ou un manque d'égard. — Elle est foncièrement douce et facilement reconnaissante... parce qu'elle croit ne rien mériter.

4° Est-elle par hasard l'objet de quelque injustice ou de quelque violence, bien loin de se livrer à l'indignation, elle commence par examiner si elle n'y aurait pas donné lieu ; puis, songeant à ses propres olTenses, elle reconnaît que Dieu a bien le droit de se servir des autres pour la punir. Aussi rien n'est plus suave que le cœur humble; il semble avoir perdu le triste pouvoir de s'irriter : H se sent si pauvre ^ î

1. Cette disposition ne s'oppose pas à la défense légitime de nos droits et de nos intérêts ; elle la rend, au contraire, plus sûre, par le calme qui permet de voir plus clair, et par la bleaveillance qui amène lei couciliaUooa.

Réflexions et sentiments. — 1" Admirer la divine ordonnance des vertus. La charité naissant en quelque sorte de l'humilité, trouvant sous ses ailes sa sauvegarde la plus efficace, la chaleur qui la fait généreuse. — 2" Voyez combien, avec cette disposition, le support du prochain serait facile. — 3° Seule, l'estime qu'on a pour les autres, permet de les encourager efficacement; or, l'encouragement est le plus puissant moyen d'agir sur les volontés. — 40 Que serait une famille, un groupe de personnes, où chacun aurait une charité faite d'hu milité : jamais d'aversion, jamais de reproches amers, jamais de jalousies, ni de comparaisons pénibles, pas de susceptibilités et de froissements. — 50 Remarquez-le bien, l'estime du prochain, née de l'humilité, est une estime spontanée, sortant d'une conviction intime. Celle qui serait déterminée par le précepte de charité, pourrait se porter aux mêmes actes, mais en se les imposant. Or, les actes commandés, s'ils sont aussi vertueux, ne sont ni aussi forts, ni aussi suaves. — 6° Concevoir un vif désir d'estimer tout prochain et plus particulièrement les personnes de mon entourage. — 7° Examiner ma conduite à leur égard, mon attitude, mes procédés, mes paroles. — 8° Sonder mon cœur : n'y trouverai-je que bienveillance? ne suis-je pas au contraire difficile, exigeant, mécontent? 9° Appeler fortement l'humilité qui dispose à l'estime des autres; la demander avec instance.

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