‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 29 sur 50 · ÉCLAIRCISSEMENTS · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENTS

Sur le rôle de la volonté et de la sensibilité dans la vertu

A la suite de ces méditations qui déconcertent nos habitudes d'esprit, étudions sérieusement les impressions qu'elles nous laissent.

La principale est une sorte de découragement, de terreur peut-être : « A ces conditions, je ne suis pas, je ne peux pas être humble I Si je m'abaisse, c'est à contre-cœur; si je conçois du mépris pour moi-mAme, c'est sans beaucoup de conviction ; et je ne me sens pas pour les autres une cordiale estime ! Sans inclination pour ces choses, je suis donc sans vertu? »

Désirez-vous ces dispositions? Assurément. — Eh bien 1 c'est aller vers elles. — Que tout cela vous coûte ou non, étes-vous résolu à vous y exercer? Sans doute. — Mais voilà le mouvement vertueux, l'humilité de volonté ; et, pour beaucoup d'âmes, la seule actuellement possible!

Sachez que la vertu réside dans la volonté seule; et que l'inclination qui forme son essence, est une inclination de volonté et non de sensibilité. Le goût suivra peut-être une longub habitude, ou résultera d'un très grand amour; il deviendra ainsi pour les actes un très puissant secours; il donnera à la vertu un plus doux attrait, mais il ne constituera jamais la vertu par lui-même; et la vertu, sans lui, pourra

toujours exister, agir et se développer. Essayons d'établir par une analyse rigoureuse cette importante distinction. Elle n'éclairera pas seulementle cas présent, elle prêtera aussi sa lumière à un grand nombre d'incertitudes diverses.

1° Ne confondons pas la volonté et la sensibilité, La volonté, c'est la détermination, le choix; la sensibilité, c'est tantôt le goût et tantôt le dégoût. — Le goût, c'est l'impression heureuse qui attire ; le dégoût, c'est l'impression pénible qui éloigne.

2° La sensibilité et la volonté obéissent à des lois distinctes. — La sensibilité aime ce qui est conforme à ses goûts; — la volonté, ce qui est conforme au devoir.

L'on peut donc aimer et détester en même temps le même objet. Ainsi la nature se complaît-elle dans une satisfaction d'amour-propre que désavoue la volonté. Ainsi conserve-t-elle du dégoût pour une humiliation pleinement acceptée cependant. — En fait de vertu, préférer c'est aimer. — La vertu, répétons-le, réside dans la volonté seule.

3® Elle a pourtant sous sa dépendance la sensibilité, car elle^ étend son mouvement à toutft notre nature morale. Or, plus elle est puissante, plus elle passe avant dans la sensibilité, qui, à son tour, lui prêté l'important concours de ses goûts et de ses ardeurs.

Remarquons-le, toutefois, le pouvoir de la vertu sur la sensibilité n'est ni un pouvoir direct, ni un pouvoir absolu.

1° La volonté ne peut commander à cette capricieuse faculté d'avoir telles ou telles impressions; mais elle peut lui présenter, en les faisant valoir, les objets qui les déterminent.

2° Ce pouvoir, qui n'est qu'indirect dans ses moyens, n'est pas absolu dans ses effets. L'impression provoquée peut ne pas se produire. Mille dispositions difficiles à analyser, viennent y mettre obstacle. Le goût sensible, en effet, dépend du tempérament, des circonstances heureuses, de la nouveauté, etc., toutes choses qui échappent à notre choix.

3° Dieu intervient aussi. Tantôt il se contente de permettre le jeu régulier de ces dispositions contraires, tantôt il agit de lui-même : « J'augmenterai ta sensibilité », dit le Sauveur à la Bienheureuse Marguerite-Marie. Souvent, en effet, notre amour-propre acquiert une impressionnabilité maladive. Telle humiliation, jusque-là bien supportée, nous paraît tout à coup intolérable...

4® Que la tentation, à son tour, nous apporte le trouble, le dégoût, la révolte... l'épreuve est complète ; mais la vertu demeure intacte dans les hauteurs de la volonté.

Courage] Dieu veille. Nous sortirons de là plus détachés, plus fermes, plus aimés de Dieu, et, ce qui nous intéresse particulièrement ici..., plus humbles.

Quatrième Semaine

XXIIl" EXERCICE DONT ON PEUT FAIRE UTILEMENT TROIS MÉDITATIONS

De la véritable humilité Ses effets

Premier point : La Paix. — Deuxième point : La Ferveur. — Troisième point : La Fécondité.

Préparation pour /a ve/7/e. — Une vertu peut être connue, soit par ses caractères, soit par ses effets. Les caractères révèlent son essence ; les effets, son action. Les deux méthodes arrivent au même résultat, quoique d'une manière différente. Une humilité qui a toute son essence, est nécessairement vraie; une humilité qui produit tous les effets qu'on en doit attendre, l'est également. Ces deux preuves ne se contredisent jamais, et leur examen successif fait entrer toujours plus avant dans la connaissance et l'amour de la vertu. — Quel encouragement si l'on découvre, en ses dispositions, quelques traits de l'humilité, ou dans sa vie la manifestation de quelques-uns de ses effets i Quel avertissement si l'on constate des carac' tères ou des effets contraires I

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La paix, la ferveur, la fécondité sont les effets de l'humilité. Mais alors, l'humilité serait la vie spirituelle dans son plein épanouissement : une vie qui se possède, qui agit et qui se répand! L'atmosphère est pure, la sève puissante et la moisson riche ! Le cœur se dilate, l'action devient facile, et le succès couronne l'effort !

0 mon Dieu, faites que je comprenne et que je goûte ces choses; faites que j'y puise un grand courage et quelque joie. Si le remords me saisit, si le découragement lui-même m'assiège, à la vue de ma vie sans ferveur et sans fécondité, montrez-moi que tout peut se réparer encore, et que j'ai dans mon infidélité même, dans cette triste indigence qui me trouble, la raison la plus forte de me faire humble. — Il y va de votre gloire, ô mon Dieu! Il y va de votre règne dans les âmes, ô Jésus! — S'il le faut, abaissez-moi, broyez-moi ; j'y consens : je serai peut-être le grain de froment, qui, pour éclore, a besoin d'être caché sous terre et foulé aux pieds.

Méditation

Prélude. — Demander la grâce de comprendre comment tous les biens m'ariiveront avec l'humilité.

I. La paix. — 1» «Invenietis requiem... vous trouverez la paix. » — C'est la promesse du divin Maître; elle est formelle; elle est spéciale

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à l'humilité. — C'est la nature des choses. En effet, la paix se définit : l'ordre maintenu : pax est tranqnillitas ordinis (saint Augustin). Or, rhumilité, c'est l'ordre à tous les degrés : elle nous rend soumis à Dieu, doux au prochain, résignés à nos propres misères... D'oii viendrait donc le trouble?

La paix est le grand bien de l'exil, comme la jouissance est le grand bien de la patrie ; car elles sont l'une et l'autre le règne de Dieu.

La paix est le plus impérieux hesoin de l'âme... Pour avancer vers Dieu, il faut être pur, c'est vrai : mais il faut aussi être en paix.

2*> L'orgueil est un désordre qui nous déplace. Un rouage déplacé produille trouble. L'orgueilleux se plaint facilement, et des hommes, et des événements, et de Dieu même. — Il tient à sa volonté et il s'irrite des résistances. — Il est ambitieux et il se dépite. — L'insuccès l'abat et le succès ne lui apporte pas la paix. Il se recherche au lieu de chercher Dieu ; et il n'est jamais satisfait.

Heureux si, atteint de quelque déception plus amère, il sait courber le front; dans l'humble aveu de son erreur, il retrouvera la paix. — L'humilité calme la douleur et répare le mal... — Elle nous remet à notre vraie place... — Elle nous rend à nous-mêmes, et nous ouvre le cœur de Dieu.

Quel repos dans ce Cœur après tant d'agitations! Quel bien-être après tant de souffrances: Invenietis requiem!

3° 11 y a de grandes humiliations qui remplissent d'une immense paix. Elles avaient

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envahi l'âme dans ses profondeurs les plus délicates ; mais elles y ont trouvé pour les accueillir une humilité généreuse ; et, dans leur embrasement céleste, où rien d'humain ne se mêle, s'est allumée cette joie supérieure qui consume la victime, comme un holocauste d'un incomparable parfum.

Celte joie, il est vrai, n'illumine que les hauteurs. La partie de l'âme qui touche à la terre, demeure parfois dans les ombres... C'est que l'âme immolée elle-même a besoin de rester humble à ses propres yeux.

« Mon fils, dit Vlmitation, appliquez-vous à faire la volonté des autres plutôt que la vôtre. Choisissez toujours d'avoir moins que plus. Prenez constamment la dernière place et le rôle de la soumission. Demandez que la volonté de Dieu se fasse pleinement en vous. C'est par cette voie que l'homme pénètre dans la région du repos. »

Cette route vers la paix, n'est-ce pas l'humilité elle même qui l'a tracée?

La paix 1 — Ne suis-je point parfois déconcerté, triste, mécontent des autres et de moimême? Cet état ne se produit-il pas à la suite de quelque humiliante déception, de quelque insuccès, de quelque faute commise, de la vue désolée d'une misère persistante... Je n'avais donc point de moi une idée assez basse 1 Je n'étais dono pas prêt à subir l'humiliation! Je ne trouve point en moi la facilité, rinclination qui appartiennent à la vertu. Et que je suis loin d'avoir l'amour de l'abjection 1

Quel sacrifice d'amour-propre me faiît-il accepter dès maintenant pour m'assurer la paix ? Si je me mettais à aimer tout ce qui m'abaisse, soit au dehors, soit au dedans? Si, du moins, j'accueillais l'abjection avec une douceur amie? J'admire la paix des grandes âmes sous l'opprobre, car elle est le signe d'une force maîtresse d'elle-même ; cette beauté morale je l'envie, mais Dieu seul la donne !

II. La ferveur. — « Humilitas... prœbet kominem patulum ad suscipiendum infiuxum divinx gratias. L'humilité rend l'homme malléable à l'action de la grâce divine (saint Thomas).

1® La ferveur n'est pas la sainteté ; elle n'est pas la perfection ; elle est Vactivité spirituelle, — Sous son influence, les vertus agissent, s'entr'aident, se développent. — Tantôt cet exercice se fait avec facilité, tantôt il exige des efforts pénibles. C'est tantôt le printemps avec ses fleurs qui charment, et tantôt l'automne avec ses feuilles qui jaunissent en laissant voir des fruits mûrs.

Mais, consolation ou épreuve, printemps ou automne, c'est toujours le mouvement intense de la vie, — Or, cette activité qui caractérise la ferveur, dépend de l'abondance des grâces. Elle en dépend à tel point que, sans grâce, on reste inerte; et qu'avec beaucoup de grâces on court, on vole. — La grâce c'est la sève qui monte, c'est le sang qui circule, c'est la chaleur vitale (\m se répand dans l'être tout entier.

2*> D'autre part, la distribution des grâceà rtlève entièrement dé Dieu. Or; Dieu est libre

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et entend rester libre. Sans doute la coopération assure des grâces ; mais il faut des grâces pour cette coopération même. Quel meilleur moyen de les obtenir que de lui plaire? Or, l'âme lui plaît par sa physionomie, et le touche par son attitude.

— Etudions la physionomie de l'âme humble. C'est un mélange de respect, de soumission et d'amour; un reflet du profond sentiment de sa misère; une expression inimitable de vérité et de simplicité. Comment ne plairait-elle pas à Dieu?

— Considérons son attitude. C'est celle du pauvre qui sent ses besoins et qui prie. Son mouvement le plus naturel est de regarder Dieu, à genoux. « La prière de l'humble pénétrera le ciel. Oratio humiliantis se nubes penetrabit. »

Voyons les yeux du Tout-Puissant séduits par la vue de cette âme, et ses oreilles charmées par l'accent de sa prière. Son Cœur s'ouvre et verse sur elle des grâces aussi continuelles que son humble attitude, aussi puissantes que ses humbles instances.

Divinement éclairée et excitée, cette âme avance, d'un pas aussi rapide que sûr, vers la perfection et la sainteté : la perfection, c'est la vertu longuement exercée; la sainteté, c'est le mérite lentement accumulé.

3* Jetons un coup d'œil sur l'âme orgueilleuse. Elle déplaît à Dieu, ferme son Cœur et éloigne ses miséricordes.

Elle ne sent pas le besoin de prier, elle prio

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peu OU mal ; aussi demeure-t-elle languissante, comme une plante sans soleil.

Il lui reste peut-être assez de grâces pour vivre, pas assez pour vivre avec intensité. Elle ne saurait donc être fervente.

— La ferveur! Je me plains de ma langueur intime, de mes sécheresses dans la prière, de mon peu d'ardeur en face des devoirs ennuyeux. Je constate que, contrairement à la loi de toute vie, je ne progresse point. Ma vigilance est distraite, mon action molle, mon goût des choses de Dieu presque nui.

Comment expliquer cet affadissement? Ne serait-ce pas que l'humilité me manque, l'humilité, ce stimulant de toutes les activités, cette disposition qui attire toutes les grâces? Pour avoir cette humilité qui stimule, il ne suffit pas de tenir à l'écart toute sotte vanité, toute prétention excessive, j'ose dire, il ne suffit pas de n'être point orgueilleux : l'humilité négative exclut la faute ; elle ne fait pas surgir la ferveur. Il y faut une action plus positive, un regard plus suppliant, un vif sentiment de sa bassesse, une inclination décidée vers ce qui est humble, un cri vers Dieu!

Cherchons la ferveur dans la pratique de l'humilité, dans son sentiment vivifié et, s'il se peut, rendu sensible ; défendons-nous surtout de toute agitation d'amour-propre où la force s'épuise.

III. La fécondité. — !• Nisi granum frumenti... Si le grain de froment est jeté en terre et

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foulé aux pieds, s'il prend toute l'apparence de la mort, c'est alors qu'il porte des fruits en abondance.

Cette terre qui cache,... ces pieds qui écrasent,... cette apparence de mort qui anéantit : voilà l'image parlante de l'humilité; voilà la condition de la fécondité spirituelle.

La ferveur est l'effet de la grâce agissant au dedans; la fécondité est l'effet de la grâce agissant au dehors. L'une produit le bien dans notre âme propre ; l'autre le produit par nous dans l'âme du prochain. Elles obéissent d'ailleurs à des lois semblables.

2» Voyons le goût de Dieu dans le choix de ses auxiliaires. Il s'adresse aux petits, aux hommes v^ui ne peuvent lui apporter qu'un concours dérisoire. In/îrmamundt,... quœ stulta suntelegit.

Quel est son but? Dégager son action, la rendre manifeste, éclatante; en obtenir toute la gloire... Un instrument de grande valeur paraîtrait faire triompher la cause par ses propres ressources... 11 serait peut-être assez vain pour le croire lui-même.

Le choix des Apôtres et des premiers chrétiens se répète dans tous les temps ; et, quand Dieu suscite des hommes de grande valeur, il les fait plus grands encore par l'humilité; car il n'a pas coutume de demander à l'orgueilleux son concours, hélas! ni de lui prêter le sien.

Que de talents restés inféconds pour cette seule raison ; et par contre, que d'œuvres mer> veilleuses sorties dps labeurs d'un humble saint François, d'un humble saint Vincent, d'une humbU ftmmt du peuple !..«

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Tout prospère entre ses mains, :t l'on s'en étonne.. Tout s'évanouit entre les, mains de l'orgueilleux, et il ne peut le comprendre. « Il a plus d'habileté que cet autre, et il s'est largement dépensé pourtant!... Mais il est écrit : « Ce n'est pas celui qui plante ou arrose qui donne la fécondité! neque qui plantât est aliquid, etc.. »

3° A cette cause générale : la bénédiction de Dieu, nous pourrions ajouter l'action des causes secondes. L'humble se défie de lui-même, réfléchit et consulte... or, ces actes constituent la prudence. — L'orgueilleux tient une conduite opposée. — D'autre part, il suscite autour de lui toutes les oppositions par sa raideur, ou toutes les antipathies par sa suffisance. Dieu, pour arriver à ses fins, n'a donc très souvent qu'à laisser les causes elles-mêmes produire leurs effets.

4° Disons-le cependant, il fait passer quelquefois le bien par les mains de l'orgueilleux. 11 agit ainsi, soit par respect pour une mission qu'il lui a confiée, soit par égard pour des prières venues d'ailleurs, soit enfin par amour pour les âmes qui n'ont à leur portée que cette ressource.

Son action n'en ressortira pas moins lumineuse au jour des révélations dernières. Mais, dès ici-bas, l'imbécilité de ces intermédiaires sera plus d'une fois dévoilée : « Insipienlla eorum manifesta erit. » Ainsi l'ouvrier rejette un mauvais instrument après s'en être servi.

— La fécondité! D'où vient que j'ai si peu d'action sanctifiante sur mon entourage? D'où tieat qu« !«• occasions d'agir sur l«s âmes s«

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présen-tent si rarement pour moi? Combien de personnes dans ma position qui savent se faire une vie féconde 1 Et je me l'explique. Leurs moindres paroles ont le charme qui pénètre, le charme de ce qui est impersonnel; Leur attitude seule désarme d'avance toute résistance : on sent qu'elles ne s'imposent pas ; il semble toujours qu'on leur fait grâce. Elles ne dépriment pas non plus : on vit auprès d'elles dans une atmosphère d'estime qui dilate la confiance et porte à devenir meilleur. Sans humilité, le talent n'est qu'un froid rayon; et l'activité, un simple effort humain. La vie seule produit la vie. Attirer en soi le Dieu Créateur avec sa grâce : voilà le secret du bien. L'humilité profonde nous vide de nous-mêmes et lui fait place; l'humilité suppliante l'attire par d'irrésistibles appels. 0 mon Dieu, donnez-moi une humilité non commune, une humilité vivante et sensible, la seule qui soit féconde. Ah! je m'humilierai sans cesse, dans les succès comme dans les revers... Mon unique assurance consiste à reconnaître toujours que tout bien vient de vous et que je suis un serviteur inutile 1... Quand vous verrez que je ne veux plus dérober votre gloire, peutêtre répandrez-vous sur mes pauvres efforts, une fécondité qu'ils ne connurent jamais*.

1. Dieu peut permettre que l'humble semble rester infécond. Méconnu dans ses intentions ou dans ses capacités, tenu à l'écart ou paralysé dans l'essor de son zèle, il accumule des richesses de grâces qui se répandront par d'autres voies. Ne faut-il pas, dans l'Église, des sources cachées, comme sur nos terres des eaux silencieuses qui portent ko loin la fécondité I

DinXIÈMS MÉDITATION 251

La paix, la ferveur, la fécondité, mais c'est la vie dans sa régularité, dans son mouvement, dans son extension ! La vie qui s'épand sous un ciel profond et lumineux, sans orage; la vie qui fait surgir de toutes parts des eftlorescences pleines d'éternité ; la vie qui se multiplie en des âmes voisines ; la vie surnaturelle qui est la vie du Christ en nous, la vie de Dieu dans le Christ et en nous tout ensera-ble.

La paix ! oh ! donnez-moi cette paix que rien ne trouble parce que Ton est mort à tout ce qui trouble.

La ferveur! oh 1 donnez-moi cette ferveur qui s'élance, qui court, qui vous atteint ô Dieu, suprême objet de nos poursuites.

La fécondité ! oh I donnez-moi des âmes, des âmes issues de la mienne, de mon amour béni, de mon action dégagée de toute vue propre; cette fécondité, ô mon Dieu, qui sème votre vie dans les âmes pour les transformer en vous.

0 humilité, dispensatrice de tous ces dons, je t'admire belle et puissante ; je t'aime, bienfaisante ; je veux te conquérir I

Quatrième Semaine

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