‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 30 sur 50 · XXIV» EXERCICE · texte numérisé non relu

XXIV» EXERCICE

De rhumilité dans nos rapports avec Dieu

Premier point : L'esprit de soumission. — Deuxième point ; L'esprit de religion. — Troisième point : L'esprit de reconnaissance et de générosité.

Préparation pour la veille. — J'ai vu ailleurs ce que je suis devant Dieu. Tout ce que j'ai médité m'a rendu sensible le contraste de nos situations respectives ; demain je me mettrai plus particulièrement en face des devoirs qui en résultent. Ces devoirs embrassent toute la vie chrétienne. Mon but ne sera pas de les constater, mais plutôt de m'apprendre à les pénétrer d'humilité. L'humilité sera la lumière qui m'en fera saisir l'étendue ; l'onction qui m'en fera sentir les délicatesses ; l'admiration qui exaltera la générosité de mon cœur. Je veux me plonger dans ces vues, en faire ma vie. Je veux que le sentiment de l'humilité accompagne tout le mouvement de mon âme vers Dieu : il passera dans mon obéissance pour la rendre profonde^ résolue et toute douce ; eà

même temp-?, il se mêlera à mes actes de religion pout les maintenir dignes de Celui qu'on adore à genoux ; et sans cesse il me tiendra sous une impression très vive de reconnaissance et d'amour.

Méditation

Prélude. — Demander la grâce de faire pénétrer l'inQuence de rhumilité dans mes rapports avec Dieu, pour les perfectionner pratiquement.

I. L'esprit de soumission. — « Humilitas prœcipue consista in submissione hominis ad Deum. L'humilité consiste surtout dans la soumission de l'homme à Dieu. » (Saint Thomas.) — Soumission universelle: c'est le vaste champ de ses volontés et de ses désirs. — Soumission ferme et sans hésitation : c'est l'ordre des choses ; c'est le devoir. — Soumission heureuse: c'est mon bien, c'est ma grandeur.

L'humilité fait disparaître la volonté de la créature, en tant que principe indépendant de détermination, pour y substituer les déterminations divines.

L'âme bien humble réalise donc la sublime demande: Que votre volonté se fasse en la terre comme au ciel.

Les commandements lui paraissent sages et bons : tout ce qui leur est opposé lui semble détestable. — Ce n'est pas elle qui dirait: Ah l

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si telle chose n'était pas défendue ! Ce n'est pas elle qui distinguerait un péché plus ou moins grave, car elle n'en tolère pas le moindre.

Les conseils évangéliques la trouvent facilement décidée; elle les admire tous, et, pour les pratiquer à l'occasion, elle n'attend qu'une indication d'en haut.

Elle écoute le maître au-dedans d'elle-même. Elle reconnaît sa parole à la paix qu'elle laisse. Comment résisterait-elle à ses inspirations? — Elle n'oublie pas cependant que le contrôle de ses attraits appartient au Directeur; mais c'est son Dieu, là aussi, qu'elle écoute.

L'esprit de foi lui dit que la Providence gouverne les atomes comme les astres, et trace les sentiers de nos vies comme les routes des nations; qu'elle étend ses soins paternels, de notre existence même au moindre de nos cheveux ; enfin que tous les événements, grands ou petits, connus ou inconnus, ont été prévus et disposés par tous ses attributs ensemble.

Docile à ces touchantes vérités, elle ne comprend pas le murmure ; — elle est douce à toutes les afflictions ; — elle est calme en face de tous les contre-temps. — La résignation lui est comme naturelle : c Dieu l'a permis. — Dieu i'a voulu. — Dieu est le maître. — Ce Maître est bon ! » Voilà toute sa philosophie ; et elle est admirable.

Les tentations, même les plus importunes ; les peines intérieures, même les plus inexpliquées, la trouvent toujours soumise. Sans doute elle souffre, elle gémit, elle craint, mais elle ne dit jamais pourquoi ? ni comme

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certaines âmes sans humilité : ce n*6St pas juste !

Elle se rappelle ses fautes, ses résistances, son orgueil : — C'est leur punition méritée, pense-l-elle, et ce sera leur remède!...

Elle vit ainsi au milieu de ces ténèbres et de ces assauts, confiante quand même et toujours plus humble... ah ! si elle pouvait lire dans les yeux de son Père du ciel!

II. L'esprit de religion. — Un des effets les plus remarquables de Vhumilité, c'est l'esprit de religion; elle le produit de toute la force de son inclination propre.

On aura autant d'esprit de religion qu'on aura d'esprit d'humilité, c'est-à-dire que Ton sentira davantage la distance qui sépare le néant de l'infini.

Quand cette pleine lumière s'est levée sur une vie, elle donne des proportions et des couleurs merveilleuses à tout ce qui concerne Dieu.

Tout est splendide : et la nature, et l'église pauvre, et le nom seul de Dieu. La vue d'une plante, d'un insecte, d'un petit nid d'oiseau... remplit d'une respectueuse tendresse. — L'univers est un grand temple où l'on ne doit passer qu'avec recueillement. L'humilité ressemble à une voix qni nous répète sans cesse : Voyez combien vous êtes petit, voyez combien Dieu est sublime. — Quelle joie pour elle de s'écrier: Celui qm protège mes pas tremblants, est celui qui dirige l'évolution de ce vaste univers.

Cet esprit de religion, l'âme humble le porte

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partout. Saint François de Sales, seul dans sa chambre, se sent en présence de la Majesté divine et se comporte avec le même respect qu'en public.

— Arrivons au culte, qui est l'objet spécial de la vertu de religion.

L'JBglise est le palais où réside l'Eternel, — le trône où il reçoit officiellement nos hommages ; — l'autel où lui sont offerts tous les sacrifices. — Elle est encore le lieu saint où ruissellent fonction des sacrements et la lumière de la parole divine, — le lieu consacré où chaque pierre mérite une vénération émue.

L'esprit de foi fait comprendre ces choses ; l'esprit d'humilité les fait sentir.

L'humble, en franchissant le seuil sacré, se voit couvertde haillons; il se considère comme un mendiant introduit dans le palais d'un roi. — Cette impression se reconnaît à sa manière d'y prendre l'eau bénite, d'y marcher, de s'y choisir une place. — Il voudrait pouvoir toujours rester à genoux. Si la fatigue l'oblige à s'asseoir, il en demande filialement à Dieu la permission, et garde une posture modeste. — Il ne se permettrait pas la moindre liberté de regard, la moindre distraction de pensée... n'est-il pas bien indigne d'être souffert là !

Que sera-ce durant les offices, les sermons, la messe! Que sera-ce à la sainte Table... Quoil cette pauvre petite créature de néant, de péché... qui occupe dans l'espace un point imperceptible, la voilà admise dans l'intimité de Celui qui est tout 1... Elle s'étonne, elle aime, «lie adoré.

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Ainsi, partout et toujours, Thuinble est incliné à traiter Dieu en Dieu.

III. Uesprit de reconnaissance et de èénérosité, — !• Se juger indigne de tout, se voir, pauvre, r.e sentir infirme; puis, les yeux au ciel contempler le Dieu infini, bon et maternel, se penchant vers cette misérable créature pour la relever, la guérir, l'enrichir et l'aimer, n'estce pas donner au sentiment de la reconnaissance l'impression la plus vraie et le stimulant le plus puissant? or, c'est l'œuvre de l'humilité.

L'ingratitude tient peut-être plus à l'inattention et à l'oubli qu'au manque de cœur. Placé en face de la bonté, l'homme tend naturellement vers elle ; mais il passe trop souvent sans la voir. Les bienfaits divins nous enveloppent de toute part : ils sont de tous les jours; ils se répandent sur tous les hommes ; et nous nous habituons à en jouir comme s'ils se produisaient d'eux-mêmes sans une pensée dirigeante.

Les bienfaits particuliers ne réveillent pas toujours notre attention distraite. — Les rapports surnaturels de Dieu avec notre âme sont en quelque sorte continuels. — Les grâces spéciales ne sont point rares ; mais nos yeux, hélas I restent fermés.

Parfois, cependant, quelque faveur évidente nous les a fait ouvrir, et nous nous sommes écriés : Que Dieu est bon 1... Mais bientôt occupés autour de ses dons, nous l'avons oublié lui-môme. Nous ressemblons aux petits enfants

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qui se laissent combler de soins avec l'égoïsme de l'inconscience.

2° Or, rien ne met en lumière les bienfaits de Dieu, rien ne rend la reconnaissance généreuse, comme l'esprit d'humilité : J'ai mérité l'abandon et je suis l'objet d'une sollicitude attentive ! — J'ai mérité la haine, et je suis l'objet de l'amour 1... Ce contraste pourrait se prolonger indéfiniment; il a toute l'étendue de nos misères et toute celle de la miséricorde. 11 rappelle ce beau cantique des psaumes qui redit à chaque verset : « Quoniam in œternum misericordia ejus : il me faut l'éternité pour chanter toutes vos miséricordes ! »

3° L'âme vraiment humble ne craint donc pas de regarder en elle les dons de Dieu ; et le Magnificat, qui s'échappe de ses lèvres, procède de ces deux vues opposées, qui s'harmonisent et se complètent.

Autant la vue du bien qui est en nous est dangereuse quand elle demeure seule, autant elle est utile quand elle reste unie à sa contrepartie : la vue de la bonté de Dieu, source de ces bienfaits.

L'important est donc de nous tenir dans la vérité tont entière.

La légèreté d'esprit, l'attrait de la vaine complaisance, la louange surtout peuvent insidieusement entraîner l'âme hors de ce milieu namrel... ce sont là ses seuls ennemis.

Quatrième Semaine

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