‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 31 sur 50 · XXV* EXERCICE · texte numérisé non relu

XXV* EXERCICE

De rhumilité de nos rapports envers le prochain

Premier point : Envers les supérieurs. — Deuxième point : Envers les égaux. — Troisième point : Envers les inférieurs.

Préparation pour la veille. — Il y a sans cloute une humilité plus haute que l'humilité en face du prochain, car celle-ci a des limites. En revanche, il n'y en a pas qui soit plus vertueuse, s'il est permis de s'exprimer ainsi : elle coûte habituellement, révolte parfois et se dément, hélas ! bien vite.

Et pourtant, c'est elle qui est le soutien le plus solide de notre vertu : seule, une âme bien humble est toujours douce et patiente; seule, elle a l'esprit juste et raisonnable; seule, elle attendrit le cœur - le nôtre, comme celui de nos frères.

Tout? dureté, tout manque d'égards, tout égoïsme font sentir que l'humilité manque.

Dieu nous a donné un signe auquel nous pouvons reconnaître que nous l'aimons : c est

Tamour envers ceux qui nous inspireraient naturellement de rindifTérence ou de l'aversion. Il en est de même pour Thumilité. S'humilier devant Dieu, c'est facile, pourvu que l'on ait la foi ; mais être humble envers le prochain, quel qu'il soit, c'est presque héroïque. A cette pierre de touche on reconnaît la véritable vertu d'humilité.

Méditation

Prélude. — Demander la grâce de comprendre ces devoirs jusque dans leur perfection, et de déterminer des résolutions très spéciales, — cette méditation ayant un caractère éminemment pratique.

I. Envers les supérieurs. — Si nous sommes réellement humbles par rapport à Dieu, nous le serons aussi à l'égard de nos supérieurs, car nous verrons et nous respecterons en eux 1 empreinte de la divine majesté. Ce caractère sacré de représentants de Dieu, rayonnant sur toute leur personne, nous aveuglera quant à leurs misères individuelles; nous n'arrêterons plus notre pensée aux défauts qui nous rendraient leur supériorité pénible, insupportable peut-être, selon les vues humaines; toute notre conduite envers eux sera pénétrée par l'esprit de soumission intérieure et filiale.

II. Envers les égaux. — L'âme qui vit dans le double sentiment de la grandeur de Dieu et de sa propre bassesse, ne se met avec personne

sur le pied de l'égalité ; pour elle, les égaux sont toujours, par quelque côté, des supérieurs; et c'est du fond du cœur qu'elle honore leur supériorité relative.

Son instinct est merveilleux pour découvrir dans les égaux des avantages naturels ou spirituels, devant lesquels elle se plaît à s'incliner intérieurement; des talents, des qualités, des mérites, qui sont autant de titres à ses respects et dont elle s'autorise pour s'effacer modestement.

Elle aime la dernière place parmi ses égaux et ne manque jamais de bonnes raisons pour s'en emparer. Bien loin de rivaliser avec personne, elle est toujours prédisposée à céder le pas, à déférer aux autres, à se ranger à leur jugement, à leurs goûts, à leur volonté.

Plût à Dieu que tous les hommes, dans leurs rapports mutuels, fussent animés de cet esprit! Quelle parfaite union, quelle délicate charité régnerait entre eux, s'ils réalisaient le souhait de saint Paul : « In humilîtate, superiores sibi invicem arbitrantes. Pratiquez cette humilité qui fait que chacun regarde les autres comme ses supérieurs. »

III. Envers les inférieurs. — Celui qui se considère dans la lumière de la vérité ne s'attribue aucune supériorité personnelle sur le prochain; en ce sens, il estime qu'il n'a pas d'inférieurs. «Ne comptez pas avoir fait le moindre progrès tant que vous ne vous sentirez pas au-dessous de tous », dit l'auteur de V Imitation. S'il lui faut exercer de la part de Dieu quelque auto-

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rite, rhumble'n'oublie pas son néant; il ne le perd pas de vue un seul instant. Par sa sollicitude, son dévouement et sa douceur, il se fait le serviteur de tous.

Quand il leur rend les services de sa charge, il remplit avec joie les fonctions les moins relevées, il s'abaisse intérieurement devant eux, il s'agenouille en esprit à leurs pieds, à l'exemple du divin Maître « qui n'est pas venu pour être servi y mais bien pour se faire serviteur ».

Rien d'impérieux ni de dur, rien d'exigeant dans sa manière de commander. « Que celui qui est le plus grand se fasse votre serviteur. »

Il se met à la place de ses subordonnés, pour comprendre leurs difficultés et leurs peines, pour y compatir et les alléger. 11 cherche à obtenir une obéissance spontanée, en la leur demandant au nom du bon Dieu.

Jamais il ne leur fait de reproches publics, ni même privés, qui puissent offenser leur susceptibilité. C'est par une douce et invincible patience qu'il tâche de prévaloir sur les indociles.

Oh! si nous étions vraiment humbles, que nous aurions de puissance sur les âmesl La grandeur peut inspirer de la crainte; les talents, de l'admiration; — la simplicité et la modestie mettent les cœurs à l'aise, les attirent, les subjuguent, car ils ne peuvent s'empêcher d'y reconnaître l'image vivante de Celui qui fut l'humilité et la douceur mêmes.

Nota. — A la cinquième semame nous retrouvofOBs l'amour du prochain dans une va« plut vaste.

Quatrième Semaine

XXVr EXERCICE

De la culture de Thumilité par l'extérieur

Premier point : Nous entourer d'humilité. — Deuxième point : Nous imprégner d'humilité. — Troisième point : Exhaler l'humilité.

Préparation pour la veille. — « Les actes extérieurs de l'humilité, dit saint François de Sales, ne sont pas Thumilité, mais cependant ils lui sont très utiles, ils sont l'écorce de cette vertu, ils en conservent le fruit. »

Les esprits superficiels ne se rendent pas assez compte de l'influence qu'exerce le physique sur le moral ; l'humilité peut trouver dans les pratiques extérieures qu'elle commande, une répercussion qui favorise son développemenL II semble que les choses entrent en nous par les sens et y déposent leur genre d'impression. — Peut-être jusqu'ici ai-je regardé avec dédain ou du moins avec indifférence cette sorte d'action formatrice.- Elle est pourtant à ma portée, mieux qu« tout autre; et «11* o est p»^ U moins

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puissante. Le gouvernail qui n*est dans le navire qu'une pièce de peu d'étendue, se trouve néanmoins le maître de la direction. Une attitude maintenue humble avec persistance peut conduire bien loin dans la vertu.

Et puis, un extérieur dépourvu d'humilité ne serait-il pas en contradiction avec la vertu intérieure, si elle est réelle? ou plutôt n'est-il pas permis de suspecter, comme bien peu active, une vertu qui ne pousserait pas son mouvement jusqu'à ses dépendances naturelles? Tout principe vivant crée l'harmonie.

Méditation

Prélude. — Demander la grâce de m'attacher à quelque pratique spéciale d'un usage fréquent.

I. Nous entourer d'humilité. — Logement pauvre, surtout la partie qui nous est personnelle. — Vêtements modestes, aussi modestes que possible. — Pour notre société, de préférence les moins riches, les moins haut placés, etc.

Un logement personnel pauvre, des habits de dessous très pauvres et très raccommodés, etc», toutes ces indigences agissent sur nos impressions et nous inclinent à l'humilité... Un logement riche, des habits relativement riches, font le contraire.

Ces effets se produisent d'eux-mêmes et sans que l'on s'y puisse opposer. — L'acte bon ou mauvais dépend de notre Tolonté; mais rim-

ciNoniiMK m^oitàhon 26S

pression dépend des choses. — Il est donc sage de s'entourer de tout ce aui entretient des impressions d'humilité.

Pourquoi également ne pas faire produire à cette cause tout ce qu'elle contient virtuellement? Ayons donc soin d'arrêter souvent nos yeux sur ce qui est pauvre autour de nous,... de l'aimer,... de nous en faire heureux,... de nous répéter que cela nous convient à merveille,... que nous n'en méritons pas tant. — Mettons souvent sur nos lèvres ces simples paroles : « 0 Dieu, faites passer en mon cœur l'humilité de ces choses i m

II. Nous imprégner d'humilité. — Ayant établi son choix sur les objets qui nous entourent, cette vertu saintement envahissante sent grandir son ambition, à la vue des heureuses influences dont elle profite. Notre extérieur, lui aussi, deviendra sa conquête ; il recevra sa loi ; il subira son empreinte ; il sera tout imprégné de ses suaves attraits.

A son tour, il paiera son tribut à l'humilité intérieure, en lui procurant de nouveaux accroissemenis.

Là, en effet, s'applique le principe de corrélation entre le physique et le moral. Une prudente contrainte qui modère et la vivacité des mouvements, et l'aisance peu mortifiée de la tenue, et le ton dominateur de la voix, et la liberté des regards, communique à l'âme le sentiment de l'humilité. Elle est même un acte positif de cette vertu; puisqu'elle agit sous ses ordres. D'ailleurs, pour rendre son influence

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plus décisive, on peut y joindre son motif explicite : je n'ai pas le droit de me donner tant de liberté! — La puissance de Texercice s'ajoute donc ici à celle de l'impression.

Une personne bien humble a un extérieur particulier, mélange de candeur, de déférence et d'amabilité. — Point d'affectation : sa tenue, sa démarche, le ton de sa voix, ses regards, tout est empreint d'humilité; et la physionomie résume dans son expression cet harmonieux ensemble.

Se faire une physionomie douce et humble, quel secours pour nous, quelle édification autour de nous, quelle puissance pour notre action sur les âmesl... L'image de cette vertu attire instinctivement...

Ah 1 puissé-je m'imprégner ainsi d'humilité !.,. Puissé-je n'en pas faire un seul acte au dehors sans en attirer au dedans le parfum !

IIÏ. Exhaler l'humilité. — Un vêtement imprégné d'un parfum l'exhale autour de lui ; — une humilité qui pénètre le cœur et l'extérieur, s'exhale tout naturellement par l'attitude, les actes et les paroles.

Cette vertu va du cœur, où elle réside, à l'extérieur qu'elle gouverne. — Elle y passe ; elle y vit; on pourrait dire : elle y rayonne, car elle jette autour d'elle un éclat touchant.

Voyez cette personne humble. Elle aborde ses frères, même les moindres, avec les témoignages du respect; elle ne saurait s'en départir jamais; et si elle en varie la forme et l'atténue, o'«Bt par lageMë tt charité*

GINQUIÈMB MÉDITATION 267

Choisir ce qu'il y a de moindre, céder le pas aux autres, les laisser diriger la conversation, paraître contente de tout et de tous... voilà ce qu'elle fait de la façon la plus naturelle.

Ne parlant point d'elle-même, s'efîaçant le plus qu'elle peut, elle n'aura point brillé dans une société; et pourtant, chose merveilleuse, elle aura répandu je ne sais quel charme. — On a respiré près d'elle un parfum si vrai qu'on le remarque à peine, et si profond qu'on en est pénétré... Dieu permet souvent que ceux qui en jouissent, ne songent point à la petite violette cachée qui le donne ; et de tous, elle est celle qui s'en doute le moins...

Mais comme la vertu progresse à la faveur de ces constants abaissements 1 — Elle s'y cache ; et c'est beaucoup. — Elle s'en fait un saint exercice; et c'est davantage... chaque respect manifesté, chaque silence gardé, chaque contestation évitée, ont augmenté la force de l'habitude et le contentement de Dieu...

0 Seigneur, c'est l'orgueil que respirent trop souvent mes paroles, mes empressements, mes manques d'égards, mes contestations, mes désirs de paraître, hélas! et mes tristesses aussi!

0 Jésus ! si doux etsi aimable par cette vertu, donnez-moi ce que je ne saurais me donnera moi-même!...

Résolution. — 0 mon Dieu, je veux que tout en moi me serve à devenir humble. Je veux aussi que tout vous le prouve, tout, jusqu'au son de ma voix» ju»qu'au fîioir^rë d* me» Boufirt».

Quatrième Semaine

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