XXVII* EXERCICE
De Tamour du mépris
Premier point : Nature de ce sentiment. — Deuxième point : Ses mobiles. — Troisième point : Sa culture. — Quatrième point : Sa justification.
PrépsLration pour /a ve/7/e. — Aborderai-je cette méditation qui semble si peu faite pour ma vertu! M'élever à l'amour du mépris, moi qui ne sais pas même en accepter les inévitables rigueurs 1 Moi, m'écrier devant l'humiliation : que c'est bon! et remercier en quelque sorte les créatures par qui elle me vient! Moi la choisir de préférence, si le bien le permet! — Ah! ce serait le monde renversé ; un miracle seul pourrait me tranformer ainsi! — Et cependant, ô Jésus, du milieu de vos abjections, peut-être m'appelez-vous à en partager l'amertume et /'honneur? — Ne vous ai-je pas dit mille fois que je voulais être toujours près de vous, le plus près possible ? — Ne vous ai-je pas demandé un cœur fait comme le vôtre ? — Vous laisserai-je marcher seul vers des abaissements où vous allez à ma place?
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Pourquoi du moins refuserais-je d'y conduire ma pensée? La sereine contemplation i'une haute humilité fera surgir en moi des regrets sans doute, mais aussi des élans. Quoi de plus impulsif que le beau. Il émeut nos plus nobles facultés. Certaines âmes resteront peut-être stationnaires dans les voies de l'humilité, jusqu'au jour où cette vertu leur aura révélé son idéal.
Les considérations qui vont suivre sont formatrices : elles ont beau s'élancer çà et là,dans la région ardue des conseils et parcourir des hauteurs que notre pied n'atteindra jamais, elles ne laissent pas néanmoins d'exercer sur nous une action profonde. Ce sont des idées qu'elles font naître, des aspirations qu'elles soulèvent, des essais qu'elles déterminent: la conscience du vrai s'élève, et tend, de toute sa puissance, à élever avec elle la vie pratique.
Méditation
Prélude. — Demander la grâce de me dégager du sens 'humain; d'admirer ce que je ne puis encore atteindre et d'en concevoir du moins le sincère désir.
I. Nature de ce sentiment. — !• Le mépris sincère de soi porte déjà bien loin l'humililé ; mais par lui-même, il ne l'amène pas à ses dernières limites. Il suppose assurément des vues de foi très élevées et une courageuse logique; mais son e£fort s'arrête à une conviction pour ainsi dire
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platonique : nous restons le seul spectateur de notrft bassesse, et l'aveu qui sort de notre bouche ne retentit qu'à nos oreilles.
L'amour^u mépris va plus avant : il désire le mépris au grand jour, le mépris qui se lit sur le visage des autres : Ce n'est plus en face de nous seuls que nous nous abaissons ! — Nous passons de l'ordre de l'idée vague à l'ordre du fait positif. L'idée, c'est le nuage qui se balança paisiblement dans les hauteurs : le fait, c'est l'orage qui fond sur notre tête et nous rudoie.
Le mépris de soi n'atteint qu'une des deux tendances qui forment notre fonds d'orgueil : l'estime personnelle; — l'amour du mépris immole en outre le désir de l'estime des autres, cette tendance si sensible. — Ce sont deux ennemis à combattre, deux blessures à subir à la fois.
Puisque cet amour étrange est l'acte suprême de l'humilité, il est naturellement sa preuve la plus certaine. On a beau s'enfoncer dans le mépris de soi, on ne peut s'assurer d'une humilité complète qu'au contact du mépris des autres. Là seulement toute notre vie d'orgueil est en éveil, toutes nos fibres sont atteintes, et, pour que nous aimions un tel sacrifice, il faut que la vertu dU passé, pour ainsi dire, dans notre sang.
Si la révolte gronde, si des bouillonnements s'élèvent malgré l'acceptation, il faut en conclure, non à l'absence de l'humilité, mais à sa seule imperfection : l'inclination vertueuse n'est pas assez profondément entrée dans la nature pour en transformer les impressions ; mais elle
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est assez maîtresse de la volonté pour les vaincre ; elle peut du moins, si elle est sincère, les désavouer. Un certain trouble est inséparable de cet état encore imparfait.
Si, au contraire, rien de violent ne se soulève dans la nature pour réagir contre l'humiliation, c'est que la nature est domptée : la vertu a établi fortement son règne, et sous ce règne, la paix s'étend imperturbable.
Que cette paix se sente pénétrée d'une intime douceur; qu'elle retentisse d'accents de joie : la vertu est parfaite. Elle va au devant de l'humiliation, elle l'embrasse comme une amie; elle se complaît dans les abaissements qu'elle lui apporte, transformant en amour ses amertumes. De tels effets supposent une inclination d'une entière puissance : toute l'âme lui appartient jusque dans les profondeurs insondables de la sensibilité, jusqu'à ces mouvements instinctifs qui n'obéissent qu'à une longue habitude.
2° Certains auteurs veulent distinguer deux degrés dans cette humilité. Le premier serait le désir du mépris et le second son acceptation réelle. Ils confondent ici degré et priorité : le désir naturellement vient le premier, l'acte le suit; mais le désir peut contenir déjà autant de perfection que l'acte. L'acte aura cet avantage de porter avec lui la preuve, mais la preure d'un sentiment n'est pas sa mesure. Cette mesure se trouve tout entière dans la solidité de l'habitude, dans l'intensité de l'inclination et enfin dans rélévation des sentiments qui l'animent.
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Rassurez-vous donc, à âmes saintes à qui sont épargnées les humiliations réelles, il vous reste de les désirer. Par là vous pourrez atteindre tous les sommets. Portez envie, si vous le voulez, aux victimes qui montrent àleurDieu ce témoignage extérieur de leur abnégation complète, cette image plus parlante de son Fils; mais rappelezvous que ce Dieu lit dans les cœurs et qu'à ses yeux les désirs sont de vrais actes aussi vivants, aussi beaux, aussi méritoires, aussi transformateurs que ceux du dehors, et qu'enfin, ils ont l'avantage de pouvoir être plus nombreux. Le monde intérieur est si vaste, la vie qui l'anime est SI intense, les prodiges qui le remplissent sont si étonnants I C'est le jardin secret où Dieu prend ses délices ; c'est une efflorescence printanière, dont tout le coloris brille pour lui seul, et dont tous les parfums lui sont réservés. 0 vous qui comprenez et qui sentez ces choses, tournez vos espérances vers le désir, cet agent créateur de tant de merveilles; et faites-en le principe d'une vie intérieure toujours plus active.
Le fait et le désir s'équivalent dans l'ordre de la vertu, nous venons de le voir ; mais, si lé désir a sur le fait cet avantage de pouvoir se renouveler plus souvent, le fait a, de son côté, celui de provoquer une réaction plus vigoureuse. La réalité saisit jusqu'à nos sens et s'impose à notre âme d'une façon violente. Contre un tel assaut, la vertu a besoin de rassembler toutes ses forces; or, par l'intensité d'action qu'elle réclame, la lutte se présente plus animée, plus imposante, et se termine par une victoire plus belle et plus d^rJsiv*»
II. Mobiles de ce sentiment. — 1« L'amour du mépris peut résulter d'uue vue très pénétrante de notre raisère et surtout du souvenir très douloureux de nos fautes. Le sentiment du vrai éveille ici le sentiment du juste : Je suis méprisable; — je mérite d'être méprisé; — je dois aimer qu'on me méprise I
Une grande sincérité, une grande noblesse d'âme peuvent déterminer cette disposition. Il s'y joint ordinairement l'ambition de se réhabiliter et de réparer : l'humiliation sera ma rançon et je la veux entière!
2° Il est rare cependant que l'amour du mépris ait cette seule origine. Il naît le plus souvent de l'amour divin ; et, de fait, sans un grand amour, on a peine à concevoir une telle rigueur contre soi-même.
Tous les motifs d'amour portent à s'humilier : l'amour ne peut prendre son parti d'avoir blessé son Dieu et il en éprouve une telle souffrance que l'humiliation vengeresse lui devient un soulagement; — l'amour admire la beauté divine et, face à face avec ses splendeurs, il rougit tellement de ses propres misères qu'il voudrait s'enfuir et se cacher. L'humiliation lui sert de refuge. De ce bas lieu il lui semble voir les grandeurs divines s'harmoniser avec sa petitesse et se laisser aimer de lui !
3° Sans être étrangers à ces sentiments, la plupart des fidèles arrivent à l'amour du mépris par l'amour tout simple du divin Sauveur. Qu'une âme aimante s'attache à ses pas ; qu'elle se donne à Lui pour le suivre partout où il va; qu'elle l'aime assez pour ne pas accepter qu'il
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souffre seul une seule humiliation ; qu'elle désire prendre sa place et se sente prête à tout, pour lui épargner un affront ou pour l'ei» consoler : voilà une humilité qui se surpasse elle-même, en empruntant à l'amitié sa noblesse, sa chaleur, ses ingénieuses ressources, sa constance forte comme la mort, sa domination triomphante. Jésus est dans l'humiliation et je m'y jette. Gomme lui, je la veux; avec lui je m'y complais. Le silence que je garde et qui me condamne, il l'a gardé; l'ingratitude qui me délaisse, il Ta subie, lui, jusqu'à la trahison!...
0 perspective infiniment douce I A l'heure où devant les pires outrages Jésus appelait à lui l'amitié des apôtres et le secours des anges, il voyait, par sa prescience, accourir du lointain une troupe merveilleuse d'âmes consolatrices... J'étais l'une d'elle, ô Jésus, offrant à vos lèvres desséchées le calice réconfortant de mes propres humiliations aimées pour vous; et, dans votre soif douloureuse, vous avez daigné le boire en m'envoyant de ce lointain, un « merci » de vos lèvres blémies... Et je ne les accueillerais pas, je ne les désirerais pas ces occasions bénies qui m'ont rendu présent à votre Calvaire !
Certes! elles sont vôtres, ô Jésus, ces humiliations de ma pauvre vie, puisqu'elles vous sont offertes et que vous les avez acceptées; mais elles sont vôtres à un titre plus mtime encore. Cette résignation qui les accueille, ce désir qui les invite, résultent de dispositions que ne crée pas la nature; elles relèvent essentiellement de la grâce. Or la grâce, ô Jésus, u'est-elle pas le mouvement intime de vot^--»
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action*? Quand j'aime un abaissement, un mépris, c'est donc vous qui l'aimez par moi; je vous prête ma volonté, mon cœur et vous vous en servez comme vous vous serviez sur terre de votre volonté et de votre propre cœur. Ce que vous faisiez alors par vous-même, c'est par moi que vous continuez à le faire divinement! Qu'y a-t-il en effet de plus divin que ce ravissant mélange de nos deux vies! Quelle n'est pas aussi ma joie de vous enrichir de quelques humiliations dont vous ne souffrez pas, et de me voir moi, être infime, grandi à ce point que je prolonge et que j'accroisse votre vie I... Dans j'éblouissement de ces révélations, le mépris transformé devient si aimable, que tout le cœur s'y porte, s'y complaît et s'y perd.
0 Esprit saint, donnez-moi l'intelligence complète de ces grandes choses; remplissezmoi de l'amour qui leur ouvre les bras! — Unissez-moi bien à vous, ô Jésus méprisé, pour que je palpite des sentiments qui animaient votre passé et que vous venez vous-même, à cette heure, faire vibrer en moi.
III. Culture de ce sentiment. — i® 0 vous qui ne comprenez pas de tels sentiments, rappelezvous qu'ils sont surnaturels, c'est-à-dire audessus de notre portée et que Dieu seul les enseigne. 0 Père, soyez béni de ce que vous les avez révélés aux petits et aux humbles, tandis que vous les tenez cachés à la superbe, qui
1. Voir : Pratique progrettive de la Confettion, t. II Fie de Jituê en noue.
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ne croit qu'en ses propres lumières. Ah 1 faisons-nous petits et humbles dans la mesure de notre grâce, petits et humbles devant Dieu, petits et humbles surtout devant les personnes qui nous entourent; ce sera le premier pas vers ces hauteurs.
2* Et vous, âmes timides, qui admirez ces nobles dispositions sans y prétendre, ne dites pas : c'est trop haut, c'est trop difficile!... Trop haut pour votre taille actuelle, c'est vrai ; mais votre taille n'a pas atteint sa croissance dernière! — Trop difficile pour vos forces présentes? C'est encore vrai; mais ne savez-vous que, par l'exercice, les forces peuvent s'accroître d'une façon merveilleuse ; et que l'action de Dieu, s'unissant à la nôtre, supprime toute impossibilité. Céderez-vous à cette lâcheté si humaine qui croit faire assez pour la vertu en lui rendant hommage? Non, ce n'est pas assez. L'admiration doit être un principe de mouvement qui soulève le désir, un idéal qui attire en haut, une chaleur qui développe l'énergie. Si, à cette heure, vous sentez une lueur matinale se lever sur votre ciel, partez avec une espérance certaine; graduez votre marche; commencez par accepter d'un cœur plus ami *es humiliations que vous ne pouvez éviter ; ne cherchez pas de moyens extrêmes pour vous les épargner; écartez tout dépit; commandezvous de dire à Dieu parfois : merci ; soyez doux pour ceux qui vous ont humiliés; du moins priez pour eux!
A mesure qu'on s'élève, on entre dans une région plus lumineuse; le mystère de l'humi-
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liation laisse deviner quelque chose de ses secrets, une invisible main toute-puissdnte fait franchir les obstacles et au besoin relève des chutes, paternellement.
3° Appeler Thumiliation ne contredit pas la défiance de soi-même. L'amour qui ambitionne de suivre Jésus jusque-là, compte avant tout sur sa grâce. — D'autre part, ne point l'appeler, mais l'attendre avec un secret désir, peut être aussi parfait, quand un amour égal, par une délicate réserve, laisse à Jésus le soin de nous la départir à son gré. Toute la générosité de l'âme semble alors se ramasser sur elle-même, prête au premier signal. C'est l'attente filiale dont saint François de Sales fait un si digne éloge.
IV. Justification de ce sentiment. — Ici se présente, mais plus puissante encore, une objection déjà soulevée et sommairement résolue : un tel sentiment n'est-il pas contraire à tous nos instincts personnels, à l'universel sentiment des hommes, que dis-je, à la raison elle-même?
Contraire à nos sentiments? Evidemment.
Au sentiment des hommes? C'est vrai. A la raison? Eh bien! oui encore, si la raison est livrée à ses seules ressources. La raison est courte, son champ naturel est étroitement limité; mais les dogmes de la foi viennent étendre ses vues sans mesure. A leur clarté supérieure, notre raison mieux informée tire des conclusions nouvelles. Or, ces conclusions Qouvellos apportent un idé^l nouveau, entière-
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ment étranger à la nature humaine. Par ses exigences essentielles, Thumilité chrétienne est déjà une vertu surnaturelle; par cet essor vers l'amour du mépris, elle devient dans le surnaturel une vertu éminente qui n'est que de conseil; mais seule elle nous établit dans les conditions parfaites qui laissent à Dieu, premier principe de nos actes, la pleine liberté de ses initiatives.
Résolution. — S'humilier de se voir si loin de cette voie... S'offrir... Chercher dans un plus grand amour le sens qui comprend et qui goûte !
ÉCLAIRCISSEMENTS Sur Tamour de la propre abjection
Saint François de Sales a traité ce sujet avec son habituelle sagesse, et nous nous serions contenté de renvoyer à ses pages lumineuses, si nous n'avions bien des fois subi cette question : enfin ! que faut-il entendre par l'amour de sa propre abjection?... Tout ce que nous pouvons faire ici, c'est de formuler la doctrine de notre grand saint d'une façon plus rigoureusement méthodique.
I. Demandons-nous d'abord ce que c'est qu'une abjection. Une abjection, c'est tout ce qui nous rabaisse soit à nos propres yeux, soit surtout aux yeux des autres : nos infériorités de tout genre, de fortune, de position, d'avantages extérieurs, de relations, d'intelligence, de savoir, de vertu. — Nos défauts, surtout ceux qui sont apparents, — nos torts mis en lumière, — nos insuccès notoires... dans un ordre plus intime : nos tentations basses, nos concessions lâches, nos fautes et particulièrement nos rechutes.
L'abjection extérieure, remarquez-le bien, est moins dans le fait que dans l'opinion. Une chose n'est humiliante que parce qu'elle est jugée telle, et le même acte sera une abjection ou un sujet de gloire, selon les cas. « Voyez, dit saint François de Sales, un bon et dévotieux ermite tout déchiré et pénétré de froid, chacun
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honore son habit et plaint sa peine; mais si un pauvre artisan, une pauvre demoiselle paraissent en cet état, on les méprise, on se moque d'eux et la même pauvreté est abjecte en leur personne. Un religieux reçoit en silence une correction fort vive de son supérieur, ou bien un enfant de son père, on appelle cela obéissance et sagesse; mais, si une personne du monde en souffre autant de quelqu'un pour l'amour de Dieu, on appelle cela bassesse d'esprit et lâcheté. Une personne a un cancer au bras, une autre l'a au visage ; celle-là n'a que le mal, mais celle-ci aie mépris et l'abjection avec le mal.
« Il y a des vertus abjectes et des vertus honorables : la patience, la douceur, la simplicité, l'humilité sont des vertus qui passent pour viles et abjectes aux yeux du monde, au lieu qu'il estime beaucoup le savoir-faire, la générosité et la libéralité. Il se trouve encore dans la pratique d'une même vertu des actes dont les uns sont méprisés, les autres honorés : donner l'aumône et pardonner à ses ennemis sont deux actes de charité; il n'est personne qui ne loue la première, au lieu que le second est presque universellement dédaigné. »
Certains accidents couvrent de honte. « On tombe dans la rue, et outre le mal qu'on se fait, on en reçoit de la confusion. »
« Il y a même des fautes qui ne sont suivies d'aucun autre mal que de la seule abjection; l'humilité n'exige pas qu'on les commette à dessein, mais elle demande qu'on ne s'en inquiète point quand on les a commises; telles sont certaines impolitesses, inadvertances e(
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autres défauts. Certainement, la prudence et la civilité veulent que nous les évitions autant que nous le pouvons; mais, quand elles nous ont échappé, la sainte humilité veut que nous en acceptions toute l'abjection. Je dis bien plus, si je me suis laissé aî>r, par colère ou par quelque autre motif, à dire des paroles piquantes ou peu convenables, aussitôt je me le reprocherai vivement; j'en concevrai un vrai repentir et je réparerai la faute de mon mieux; mais, en même temps, j'accepterai l'abjection qui peut m'en revenir; et si l'on pouvait séparer l'un de l'autre, je regretterais le péché avec indignation et je conserverais l'abjection dans mon cœur avec une humble patience. »
II. Qu'est-ce que V amour de l'abjection? Ce ne peut être assurément l'amour de l'abjection pour elle-même ; « ce serait bassesse d'esprit ou lâcheté de cœur »; c'est l'amour de l'abjection en tant que chose juste et bonne' Seule l'humilité la fait envisager de cette sorte, parce qu'elle écarte les préjugés de l'orgueil; seule elle donne l'inclination vers ce qui rabaisse justement, parce qu'elle est vertu.
« L'humilité est la véritable connaissance que nous avons de notre abjection et la disposition qui nous porte à la reconnaître volontairement en nous. Or, la perfection de f humilité consiste non seulement à reconnaître notre abjection, mais à l'aimer et à nous y complaire en vue de la gloire que nous devons rendre à Dieu et de Yestime que nous devons accorder & notr9
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prochain sur nous-mêmes. » (Saint François de Sales.)
III. Pourquoi l'humilité affecîionne-t-elle particulièrement l'abjection qu'amènent les circonstances? Pour cette raison élevée et trop peu considérée, qu'on entre ainsi dans le plan de Dieu, dans ce plan de sagesse et de bonté, préférable à celui de notre choix. Tel n'est pas le jugement des hommes qui réservent leur estime pour les humiliations que l'on s'impose librement. L'erreur vient de ce que, dans ces dernières, on voit plus ostensiblement la générosité qui les recherche. Mais l'on ne songe pas que la générosité qui les accueille peut être égale. Or, si l'amour est égal de part et d'autre, l'humiliation acceptée jouit d'une plus haute origine : elle vient de Dieu. — Elle offre des garanties plus sûres, puisqu'elle est choisie par rinfaillible sagesse. — Elle prête une moindre prise à l'amour-propre, parce qu'elle se cache sous le voile de la nécessité. Une humilité haute et sereine trouve une immense joie à se voir introduite ainsi dans le plan de Dieu et sans être initiée à ses vues lointaines, elle le sait d'avance admirablement beau et paternel.
Quatrième Semaine