‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 34 sur 50 · ÉTUDE SDR LA PRUDENCE · texte numérisé non relu

ÉTUDE SDR LA PRUDENCE

Nous devons cependant tenir compte de nos forces présentes : en allant au-delà de son courage, on se déprime; en dépassant sa grâce on tente Dieu. L'humilité qui convient à tous est d'ailleurs celle des actions ordinaires : chaque acte, fidèlement accompli, développe l'habitude... Et puis, l'avenir reste ouvert 1 Cherchez même dans l'humiliation de n'être pas humble, le désir de le devenir.

II. La prudence déterminant le genre d'humilité qui convient. — La prudence ne se contente pas d'encourager ou de retenir l'humilité dans les actes du moment, mais portant ses conseils plus loin, elle fait adopter le genre d'humilité qui convient à la position de chacun. Autre doit être l'humilité d'une religieuse; autre celle d'une femme du monde, mère de famille et chargée d'un personnel nombreux ; autre celle d'un homme politique et d'un militaire. Cela saute aux yeux.

Que l'attitude et les manières, que les paroles et les décisions aient à revêtir une forme différente en face de positions diverses, tout le monde le comprend; mais ce que l'on comprend moins, c'est que cette attitude et ces paroles, même en dehors des occasions, puissent garder le même genre. Ne serai k-il pas préférable, dira-t-on, de déposer, en son particulier, des formes par exemple favorables au commandement pour ne les reprendre qu'en public ? N'est-il donc pas plus parfait d'exercer l'humilité extérieure toutes les fois qu'une circoas-

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tance n'oblige pas à la restreindre?... La prudence a des vues de plus longue portée, elle sait qu'une attitude ne se prend avec aisance et ne s'affirme avec force que par l'effet de Thabitude : voilà pourquoi elle conseille d'écarter toute manière d'être qui en interromprait le mouvement. Il n'est pas jusqu'aux pensées et aux sentiments qui ne doivent, dans une certaine mesure, se mettre à l'unisson. La vertu est une harmonie et cette harmonie résulte d'une communauté de vie. Tout acte intérieur façonne même le dehors; il passe avec son influence et sa physionomie dans la forme extérieure; on y retrouve ses traits comme on retrouve dans les enfants, les traits de ceux dont ils sont l'être prolongé.

Un danger résulte de cette conduite, mais il est trop évident pour échapper aux yeux exercés de la prudence et à la sagacité de ses moyens préservatifs. Son but sera ici de fortifier intrinsèquement la vertu. Aux personnes qui ont à paraître et à commander, elle imposera une humilité profonde et forte ; elle conseillera toute pratique qui rabaisse sincèrement devant Dieu et devant soi-même; mais elle interdira tout ce qui apporterait quelque diminution de prestige ou de vigueur.

Que Ton se rassure d'ailleurs ; aux grâces d'état qui ne manquent jamais. Dieu très souvent ajoute la grâce de l'humiliation réelle, que nous ne devions pas rechercher. Venant de lui, elle concourt à ses fins et ce ne serait point sagesse de s'en inquiéter. Accueillons-la comme un secours providentiel contre l'orgueil ; r9-

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gardons-Ia comme une compensation heureuse ; aimons-la de tout l'amour que nous avons pour la vertu d'humilité ; et faisons lui une place aussi large que la prudence le permet.

III. La prudence modérant l'exercice de l'humilité pour équilibrer une nature. — Ce que la prudence prescrit en vue d'une situation à sauvegarder, elle le conseille pareillement en vue d'une nature à équilibrer.

Il y a des personnes qui doutent toujours d'elles-mêmes, de leurs aptitudes comme de leurs succès. L'hésitation paralyse l'initiative ou la rend douloureuse. Trop de confiance en soi est un vice, trop de défiance en est uc autre ; et celui-ci n'est pas moins funeste que celui-là : Le trouble envahit l'âme et la déforme; l'impuissance envahit la vie et l'annihile.

On dira peut-être que la vertu consiste après tout dans la juste appréciation des choses et dans la volonté du bien : on oublie qu'elle consiste plus encore dans les dispositions de notre nature. Notre nature est le fonds d'où partent nos actes, le fonds qui les soutient ; c'est en elles que s'établissent les habitudes. On ne saurait impunément se passer de cette force permanente. La conscience du devoir peut commander une conduite énergigue ; seule une nature fortement préparée en impose les conclusions avec autorité et en porte le poids sans fléchir.

Une âme en qui domine une trop grande dé*

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fiance d'elle-même, aurait donc tort de cultiver le sentiment de son impuissance et de trop incliner à l'abaissement devant les autres, surtout si elle a une mission à remplir. Qu'elle se tienne entièrement dégagée de tout orgueil et de toute prétention ; qu'elle cherche à découvrir Dieu dans le bien qu'elle fait et ne commande qu'en son nom, rien de mieux; une humilité paisible remplit alors sa vie, la rassérène et la soutient. Mais, d'autre part, qu'elle écarte résolument l'impression trop vive de ses insuffisances, de ses maladresses, de ses infériorités, pour ne pas déprimer un caractère déjà trop faible en ses ressorts ; et d'ailleurs, précisémentau milieu de ses alarmes, l'amour-propre lui-même pourrait très aisément se frayer un autre chemin, car il y a l'amour-propre souffrant, et c'est celui qui menace de telles natures.

Ceux qui ont la charge de ces âmes timides doivent leur donner confiance en elles-mêmes par des approbations opportunes ; les laisser agir seules pour développer leur initiative ; les accréditer par divers moyens dans le milieu oii elles vivent; les rassurer, les relever, les amener enfin à cette aisance dans la parole et dans l'action qui résulte du sentiment de Dieu sans doute, mais aussi de la juste consciensce de sa propre force.

Agir ainsi, c'est faire fructifier le talent reçu, au lieu de l'envelopper inerte dans le suaire d'une humilité mal comprise.

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