XXX« EXERCICE
Transformation du désir de restîitîD
Premier point : Désirer l'estime de Dieu. — Deuxième point: Désirer lui plaire. — Troisième point : Désirer lui faire plaisir.
Préparation pour la veille. — Le désir d'être estimé et le désir de plaire sont si voisins qu'ils semblent constituer plutôt deux manifestations de la même tendance Ils sont pourtantdistincls: le désir de l'estime vise l'approbation et aspire à un jugement favorable : c'est plutôt à l'esprit qu'il s'adresse. Le désir de plaire signale une tentative vers le cœur : on veut une estime affectueuse.
La distance est plus grande entre le désir de plaire et celui de faire plaisir. Celui-là est de sa nature assez personnel : il envisage le bien qu'apporte l'estime. Celui-ci, sans 4tre toujours désintéressé, cherche d'abord le bien des autres. Ce qui les rapproche pourtant, c'est que le second découle du premier comme l'effet de sa cause : qui veut plaire cherche généralement à faire plaisir.
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Le désir de plaire se prêtera-t-il lui aussi à la pénétration du divin? Comment, un tel sentiment, très humain de son fonds, pourrait-il se transformer sans cesser d'être lui-même ? Eh bien I ici encore, plongeons nos regards dans l'âme d'un saint. Y voyons-nous réduit et inerte le désir de plaire? Non, raille fois non, nous le trouvons lui aussi et plus étendu et plus actif, mais surtout plus noble. Un nouveau monde lui est apparu, déroulant à ses regards des perspectives transcendantes, c'est le monde des êtres surnaturels : Dieu et Dieu partout, — Jésus plus spécialement nôtre — et en Jésus tout ce qui se relie à lui, les anges et les hommes.
Méditation 1^
Prélude. — Demander la grâce de s'ouvrir à ces belles pensées, d'attirer en soi ces sentiments féconds et de donner à sa vie cette haute orientation.
1. Peut-on désirer l'estime de Dieu. — Si nous avions avec Dieu des relations familières, nous désirerions vivement son estime : On recherche l'estime des personnes qui entourent, plus particulièrement celle des grands. L'obtenir, c'est se rapprocher d'eux, c'est entrer dans leur sphère et participer à leur supériorité. Mais Dieu est un Être invisible et qui semble lointain. L'estime qu'il ferait de nous, ne peut nous arriver par aucune voie extérieure : nous
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ne l'entendrons pas la formuler par des paroles ; nous ne la lirons pas dans son regard.
Est-ce à dire que toute voie d'entente nous soit fermée? Les sentiments de Dieu sont-ils si secrets qu'ils ne se trahissent d'aucune manière ? A . défaut d'une parole et d'un regard directs, n'avons-nous pas les saintes présomptions qui naissent de ses affirmations positives? Ne savons-nous pas, d'une façon certaine, que Dieu estime tout bien, le bien d'un acte passager comme le bien d'une qualité permanente ? Ainsi donc, en accomplissant un acte vertueux, en perfectionnant nos qualités, nous sommes assurés de gagner son estime ; et cette estime croît avec la grandeur de nos actes et l'éminence de nos vertus.
Seule la foi vive comprend ces choses, seul l'amour en peut faire sa vie. Hélas 1 ma pauvre âme n'a peut-être qu'une foi sans lumière intime, un amour sans nobles besoins! Lui serat-il donc inutile d'entreprendre une méditation trop haute encore pour elle ? N'y trouvera-t-elle que des idées incertaines? N'y puisera-t-elle aucun désir? 0 Dieu, auteur de toute lumière, éclairez-moi ! 0 Dieu, créateur de tout bon sentiment, animez-moi 1 Daignez abaisser à ma portée les vérités qui sont à la portée des saints. Sans voir aussi loin qu'eux, je verrai la même vérité; sans aller aussi loin qu'eux, je tendrai au but qu'ils ont atteint. — Vous faites vos œuvres par degrés, ô Dieu sage; eh bieni aujourd'hui j'essaierai de faire quelque pas vers le désir de vous plaire.
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II. Comment s'exerce le désir de plaire à Dieu ? — C'est le désir d'attirer son attention d'une façon particulière, de vivre dans la bienveillance de son regard, et finalement de se faire aimer de lui davantage, car c'est à cet objet que se termine normalement le désir de plaire, même dans l'ordre humain.
Désir d'obtenir quelque admiration. L'admiration est la souveraine expression de l'estime ; elle est nécessaire à un grand amour. — Comment se faire admirer de Dieu ? Par tout effort généreux, par tout acte remarquable, par tout sentiment élevé : Ce qui est commun n'y suffit pas, il y faut quelque supériorité. Le dévouement s'offre d'abord ; de là le regard se porte vers le sacrifice. L'immolation est, dans notre ordre déchu, l'acte le plus noble. L'immolation suppose d'ailleurs une grande force d'âme, qualité souverainement estimable. Donc se dévouer à la cause de Dieu, s'y sacrifier au besoin ; immoler ses goûts quand ils sont des obstacles; accueillir la peine avec douceur et les menaces de l'avenir avec une courageuse confiance: voilà des moyens de prétendre à l'admiration du grand appréciateur de toute chose.
Désirer charmer Dieu. C'est plus qu'attirer son attention; c'est plus que mériter son estime, c'est commencer à gagner son cœur. Dans ce désir se trouve un stimulant très personnel : être pour lui cet objet qui charme son regard, qui fait battre son cœur. — Dans cette naissante persuasion quel épanouissement* pour l'âme 1 Toutes ses facultés sont à l'aise, que disje, elles sont animées^ ellet vivent, elles graii*
dissent. Quel principe de perfectionnement! Pour charmer, il faut avoir de la beauté^ il faut manifester des qualités aimables ! Quel soin d'elles-mêmes ne voit-on pas chez les personnes qui veulent plaire I Quelle vigilance en tout : sur leurs paroles, sur leur attitude, sur les moindres détails de leur vie 1...
0 mon Dieu, pour plaire à vos regards, po%ir charmer votre cœur, je serais donc sans goût, sans élan, sans persévérance! Ce désir semble m'être étranger et j'en cherche la cause. Peutêtre s'épuise-t-il ailleurs ?..., peut-être aussi manque-t-il d'aliments ? Une vie intérieure médiocre est une triste pourvoyeuse I... oh! la pureté du cœur, oh ! l'intimité de la prière; oh 1 l'intensité du désir I Charmer Dieu !..., mais pour y songer seulement, il faut une piété délicate.
Ahl si je m'établissais dans cette disposition sainte?... Si je donnais à ma vie cette orientation ?... Si je consacrais à la méditation des heures plus longues?... Si, durant le jour, je cherchais plus souvent le regard à qui je veux plaire?
Ce regard cherché sera surtout le vôtre, ô Jésus, homme Dieu, ô Jésus, mon frère. Vous plaire et vous plaire particulièrement ; me faire aimer de vous; obtenir de votre bouche un doux éloge ou l'attendre au ciel..., quel champ ouvert à mon désir de plaire I Aucune limite ne le restreint Votre attention, ô Jésus^ se fixe sur moi jour et nuit; votre âme est sensible à tout ordre de prévenance; elle en saisit les moindres délicatesses avec leurs nuances infinies. Ce que
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je ne sais pas exprimer; ce que j'éprouve, même sans trop le comprendre, ô merveille I vous le lisez distinctement dans mon cœur.
0 Jésus, vous êtes, à vous seul, tout un monde plus étendu, plus plein, plus animé que le monde des hommes dont on se dispute Testime ; «t cette estime, on ne l'obtient que rarement, on n'en jouit qu'au milieu des craintes, on ne la fixe jamais d'une façon durable ; car enfin ce monde passe et s'évanouit avec la fumée de son estime. Vous, ô Jésus, vous emportez au Ciel, pour les faire éternels, tous les sentiments que j'aurai ici-bas provoqués dans votre grand cœur, toute la part d'estime que je serai parvenu à mériter de vous.
III. En quoi consiste le désir de faire plaisir à Dieu. — Le désir un peu personnel d'attirer les regards de Dieu et de lui plaire, s'élève insensiblement au désir désintéressé de lui faire plaisir. Lui donner quelque joie, quelque gloire ; se dévouer, s'immoler pour que ces actes Thonorent ; s'embellir de vertus pour que cette vue le contente !... A force de vouloir charmer Dieu, on s'est épris de ses charmes ; à force de se dépouiller de ce qui l'eût éloigné, on ne garde à aimer par dessus tout que sa souveraine amabilité: le désir de plaire est le générateur du désir de faire plaisir.
Il y a'tout une vie nouvelle dans cet ordre plus élevé de sentiments. Les qualités mises en jeu pour plaire, s'épanouissent ici sous une forme plus belle, plus tendre, plus parfaite. On en arrive à se répéter sans cesse : pourvu que
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Dieu soit content ! On vit de la joie qu'on lui donne, non parce qu'on la donne, mais parce qu'on la sent en lui... On se console de ses propres peines, en songeant qu'il est heureux... Le détachement de soi-même se fait d'une façon si douce qu'on en a conscience à peine ; et d'une façon si complète que Dieu règne de toutes parts... On assure ainsi à la vertu un fondement plus inébranlable et un couronnement plus haut. Le caprice et l'inconstance n'y trouvent aucune prise et l'orgueil lui-même semble disparaître... en se perdant au sein de Dieu.
0 Dieu si aimable et si aimé, puisqu'il existe tant de belles âmes qui semblent ainsi passées '^n vous, et n'avoir d'autre vie que la vôtre, d'autre désir que votre bien, d'autres joies que vos joies; de grâce, faites descendre jusqu'à ma bassesse quelques mouvements de ces attraits. Si je n'ai pas l'aile assez forte pour planer constamment dans ces hauteurs, permettez-moi du moins de m'y élever aux heures où je médite; il en restera dans ma vie active des souvenirs, des impressions et de salutaires regrets l
Résolution. — M'appliquer cette parole du premier martyr saint Etienne : « Je vois les Cieux ouverts et Jésus à la droite de son Père. » — Aujourd'hui je chercherai le regard de Jésus, un regard cpii me dise : tu me plais I •— Que ne pas tenter pour l'obtenir!
Cinquième semaine