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Les rapports de ^humilité et de Tamour divin
Quand je contemple d'un même regard l'humilité inclinée, pauvre d'aspect, cherchant l'ombre ; et, à côté d'elle, l'amour dans sa fierté, son éclat, son besoin d'expansion, je me demande comment peuvent se justifier ces assertions des saints, qui les comparent et les unissent. Cependant, à mesure que mon regard se fait plus pénétrant, je distingue entre ces deux sentiments des rapports si étroits qu'on les jugerait inséparables; des traits de ressemblance si frappants qu'on les reconnaît de même origine ; une action réciproque se complétant si bien que l'on se demande si l'humilité et l'amour ne sont pas un composé formant une seule vertu, comme le corps et l'âme forment le composé humain.
Assurément l'humilité et l'amour constituent deux vertus distinctes : mais il n'est pas téméraire de dire qu'on ne les voit jamais séparées. Unissant leurs drapeaux, elles marchent ensemble vers la gloire de Dieu. Issues des mêmes vues, elles donnent à Dieu la même préféren»^e sur toutes choses et parlent le même langagej^ le plus sublime, celui de l'adoration.
L'amour trouve son Dieu en s'élançant vers lui ; l'humilité le rencontre au fond de ses abais-
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sements. Tous les deux se dégagent du créé : l'amour en s'élevant loin de lui, dans une sphère où il le domine ; l'humilité en descendant vers lui et le touchant de son dédain. Une soumission universelle est le propre de l'amourcomme de l'humilité; chez l'un comme chez l'autre, elle est un besoin ici de justice, là d'alTection.
I. Leur but commun : la gloire de Dieu. — L'amour veut le bien de son Dieu, et ce bien ici-bas s'appelle sa gloire. Tout pour elle, et ce qui vit dans mon cœur, et ce que mon action peut atteindre, et ce que rêvent mes désirs ! Tout pour sa gloire afin qu'elle éclate de toutes parts! C'est elle seule qui doit régner dans l'univers ; et il n'est pas un atome qui ne puisse devenir une voix qui la proclame, un moyen qui la serve, un ornement dont elle s'embellisse.
Son rival dangereux est l'exaltation du moi humain, l'orgueil. Que je m'élève dans ma propre estime, ou que je me fasse un piédestal de l'estime des autres, je ne considère que moi ; j'oublie Dieu; je ne songe pas à sa gloire. Si mon âme est médiocre, elle se contente de se complaire en elle-même ; si elle est grande, elle veut s'élever au-dessus des autres et elle use ses ressources dans les tourments de l'ambition ou de l'envie. L'orgueil mesquin remplit vainement toute une existence ; l'orgueil superbe 1& dévaste.
L'humilité vengeresse chasse toutes ces usurpations : Si tu es le néant et le mal, dépose tes ridicules prétentions. L'être doué de raison n'a
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pas le droit de s'abaisser à se rechercher luimême ; il a le devoir de tendre vers la grandeur, la bonté, l'infinie perfection. C'est son but nécessaire en tant que créature. C'est son occupation maîtresse en tant qu'activité. C'est l'élément supérieur dont se fait toute sainteté ici-bas, toute déification là-haut.
0 humilité, en renversant Tidole, tu ne laisses pas le temple vide. A la place de ce triste moi que tu me défends de servir, tu fais régner Dieu et sa gloire. Tu t'abaisse^, il est vrai, mais c'est pour prendre un élan plus vigoureux vers les hauteurs ; et si tu te dédaignes, c'est pour t'affranchir.
Inséparables compagnes des luttes de la terre, l'humilité et l'amour ne sauraient vaincre sans cette alliance intime : la mort de l'une amèneraitla ruine de l'autre. Sans l'humilité, l'amour s'évanouirait dans l'illusion; sans l'amour, l'humilité s'efl"ondrerait dans la bassesse. Réunis, ces deux sentiments donnent à Dieu sa plus grande gloire par le sacrifice de tout ce qui surélève la personnalité, humaine. Ils déposent sur l'autel et l'estime des hommes et ce qui d'ordinaire l'attire : le talent, le succès et jusqu'à cet honneur légitime que l'on n'a le droit de sacrifier qu'à Dieu. L'humilité fournit la matière, — l'amour, le feu sacré. L'humilité est la justice qui porte la sentence, — l'amour est le glaive qui l'exécute, car seul l'amour est fort comme la Inort; et si, parfois, le Maître d'en haut arrête le glaive et soustrait la victime, comme il fit auprès d'Abraham ; s'il laisse à l'âme, en faveur du bien, l'auréole de l'admi-
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ration générale, elle les porte comme un objet d'emprunt.
C'est ainsi que, par l'amour, l'humilité pousse son mouvement jusqu'aux derniers confins de son idéal propre : l'anéantissement. C'est ainsi que, par Thurailité, l'amour trouve pour l'offrir à son Dieu une victime digne, s'il est possible, de son infini.
II. Leur origine commune : la vue de Dieu. — Un sentiment naît du mobile qui l'inspiré. L'amour trouve le sien dans l'amabilité souveraine. C'est elle qu'il envisage et dontil s'éprend. C'est vers elle qu'il s'élance, et son essor s'élève à mesure qu'elle lui manifeste davantage ses attraits. Il grandit avec cette vi^e; il se hausse pour atteindre toujours plus loin.
Que cet amour soit une passion sainte qui entraîne ou qu'il reste simplement un amour de volonté qui se détermine par choix, il n'en est pas moins un sentiment désintéressé, car telle est son essence : passion sainte, choix volontaire, n'ont en vue que la divine amabilité.
L'humilité parfaite, elle aussi, demande à ces mêmes perfections divines le motif principal de son inclination. En face de la Grandeur Divine entrevue, l'âme se sent petite à l'infini ; en face de l'Autorité souveraine, elle s'agenouille dans une dépendance absolue. Que l'action de Dieu, nécessaire et profonde, cause mystérieuse et réelle de tout bien, se révèle à sa raison croyante et la voilà qui cherche vainement sur quoi appuyer ses prétentions. Rien n'appartient
en propre à la créature, car le néant et le mal n'ont rien de positif.
Or, à- mesure que tout s'efface ainsi du côté de la terre, l'Etre divin se déploie au-dessus de nos têtes, dans ses splendeurs.
Je ne puis donc vous contempler, ô mon Dieu, dans vos merveilleux attributs, sans éprouver ce double sentiment d'amour et d'humilité 1 Ils naissent du même regard, palpitent des mêmes surprises et, mutuellement, s'accroissent en se complétant. Toute ascension de l'un porte l'autre plus haut. L'amour dit : que Dieu est beau! — L'humilité répond : près de lui, que je suis vile! — L'amour dit : il nous aime! et l'humilité s'écrie :se peut-il? — Alors l'amour se penche pour tout lui expliquer : vois-tu, il est aussi bon qu'il est beau; il ne tient pas compte du peu que nous sommes; il se contente de ce que nous pouvons lui donner. — L'humilité relevant le front : Mais alors il faut l'aimer davantage! Cette bassesse où je me vois et qui me rend timide ; ces fautes qui remplissent ma vie et qui me fermeraient le cœur; toutes ces misères, qui sont mon être, deviennent des motifs d'amour! Quoi! Je suis aimée ainsi faite! Qu'on aime ce qui est beau et pur, c'est l'inclination naturelle de la bonté; mais quelle est donc cette bonté qui aim^e sans cela, que dis-je? qui aime, maigri les laideurs et les ingratitudes?
L'amour, ^ 0 humilité, ô ma sœur, il y a donc des profondeurs de bonté que sans toi je ne saurais connaître : tu étends mes vues ; et ce que je découvre, blesse mon cœur du Jésir