ÉLEVÂT
d'aimer davantage. Veux-tu que nous aimions ensemble?
L'humilité. — 0 amour divin, frère saint dont je suis indigne, tu veux me transformer en toi. Je reste humilité, mais je deviens amour. Je me revêts de tes riches parures. Sous elles, cependant, laisse-moi garder mes haillons. Sans cesse, ils toucheront ma chair pour lui imprimer le sentiment de sa misère native, et pour faire passer sur mes traits, dans ma voix et jusque dans mes moindres actions, quelque chose de plus confus et de plus tendre.
L'amour. — Et cette physionomie, cette voix, cette attitude, je les adopterai moi-même, car elles plaisent à Dieu et dérobent à l'admiration des hommes. Je descendrai aussi dans tes impressions profondes pour y perdre toute complaisance en moi-même; et, tant que je serai de ce monde, pour traverser l'estime vaine, je marcherai caché sous ton manteau.
L'humilité. — Alors, au ciel tu me rejetteras comme le voyageur en arrivant rejette le manteau qui îri» son abri dans la route?
L'amour. -- Oh! non, je te transformerai; tu deviendras l'adoration béatifîque, le manteau d'or que là-haut revêt le néant.
£XÂMEN GÉNÉRAL
Quelle estime et quels désirs avons-nous à l'égard de l'humilité? — Comprenons-nous que l'humilité î^eule peut donner à l'âme la capacité de recevoir et de conserver toutes les autres vertus? — L'humilité est-elle un des objets les plus accoutumés de nos prières ; de nos supplications? En faisons-nous souvent le sujet de nos méditations, de nos lectures, de nos examens?^— Parmi les moyens d'acquérir l'humilité, y ftn a-t-il au moins un que nous employions avec persévérance? — Quand nous 'sommes en présence du Très Saint-Sacrement; quand nous le possédons dans notre cœur, cherchons-nous à attirer en nous l'humilité ineffable de Jésus-Hostie et sa douceur si communicative?
Regardons-nous les humiliations qui nous viennent, soit du prochain, soit de nous-mêmes, comme autant d'occasions précieuses et providentielles de nous avancer dans la science de l'humilité? — Sommes-nous persuadés que nos actions les meilleures en apparence sont trop souvent déflorées par quelques-unes de nos secrètes inclinations mauvaises? — Gomment supportons-nous l'échec de notre amour-propre quand on s'aperçoit que, sur tel ou tel point, notre réputation est surfaite ou usurpée? Notre paix n'est-ellô pas troublée ou perdue quand on arrive à découvrir ce que nous sommes en réalité et le peu que nous valons? Aussi ne mettons-nous pas beaucoup de soin à dissi-
IXAMKN GÉNÉRAL SSi
muler nos fautes, beaucoup plus qu'à le» éviter?
Conversons-nous volontiers avec les gens de condition inférieure? — Où vont d'instinct nos sympathies : du côté des âmes simples et modestes, ou du côté des esprits audacieux, des gens toujours sûrs d'eux-mêmes? — N'aimonsnous pas en général tout ce qui est distingué, uniquement parce que cela tranche sur le commun, sur le vulgaire, comme on dit parfois dédaigneusement? — Dans notre façon de parler et d'agir, ne prenons-nous jamais des airs de grandeur que nous trouverions très ridicules chez autrui ? — Croyons-nous que l'esprit de l'Evangile demande au chrétien de rechercher la simplicité dans son genre de vie, ses vêtements, sa nourriture, et dans tout le reste, où les mondains mettent de l'ostentation?
N'entrons-nous jamais dans cette conspiration universelle contre la vérité, qui se fait au profit de la vanité de chacun? — Répugnonsnous à accepter et à offrir ces flatteries mensongères, dont les personnes de la société se paient mutuellement? — Aimons-nous à faire nos bonnes œuvres en secret? — Tout en remplissant le devoir de l'édification, restonsnous dans l'esprit du conseil qu'a donné Notre- Seigneur : « Pour prier, le Père céleste préfère un endroit caché. » — Ne tombons-nous pas quelquefois dans ce déplorable travers, qu'ont plusieurs, de parler de leurs œuvres de zèle avec autant de satisfaction que de prolixité?
Avons-nous conservé l'humilité dans nos con- Bolations et progrès spirituels, dans les succès
les plus encourageants de nos œuvres? — Sommes-nous capables, à défaut de ces joies assez rareSjde nous contenter du témoignage de notre conscience? Pouvons-nous nous passer longtemps de toute marque extérieure d'approbation de la part d'autrui? — N'avons-nous pas combattu nos tristesses et nos découragements par des regards de complaisance sur certains côtés avantageux de notre personnalité?
La défiance de nos propres forces n'est-elle que le prélude d'une grande confiance en Dieu? — Ne faisons-nous pas servir l'humilité de prétexte à la paresse, en perdant notre temps à gémir sur nos misères, au lieu de les racheter par le travail et la générosité dans le sacrifice ? — Couvrons-nous du nom d'humilité une disposition à l'humeur chagrine, à l'ennui de nous-mêmes et de nos fonctions? — N'estce pas aussi par une fausse humilité que nous craignons de paraître, quand il le faut; que nous nous retranchons parfois dans l'isolement contre les avanies du monde? Notre timidité n'est-elle pas tout bonnement un déguisement de l'amour-propre? — Quand l'utilité ou la charité requièrent que nous parlions de ce qui nous concerne, n'y a-t-il pas d'afifectation dans notre modestie?
Nos sentiments d'humilité sont-ils assez surnaturels pour nous maintenir toujours patients et doux en face de nos incurables misères ? — Comment acceptons-nous les occasions qui révèlent nos torts, nos défauts, et qui peuvent en faire un thème à critique, à plaisanterie, à dénigrement? — Sommes-nous également iudiffé-
rents aux éloges et aux blâmes ; ou plutôt,notre amour-propre ne se froisse-t-il pas facilement pour une petite parole piquante, pour un léger manque d'égards? — Le regret que nous avons de nos péchés n'est-il pas en grande partie causé par la honte et le dépit? — N'est-ce pas par manque d'humilité que nous ne savons ni nous relever aussitôt après nos chutes, ni dans la suite utiliser nos fautes ;que nous cherchons à faire valoir des circonstances atténuantes, devant nous-mêmes ou devant les autres, peutêtre même devant notre Directeur?
Redoutons-nous la présomption, comme une suite naturelle de l'habitude que nous avons, peut-être, de réprimander, de diriger, de commander, d'avoir ofûciellement toujours raison? — Notre opinion de nous-même n'est-elle pas bien opposée au sentiment si étrange, humainement parlant,qui faisait dire à saint Paul « Je suis le premier des pécheurs », ou à saint Vincent de Paul : « Je suis pire que tous les démons», ou à d'autres saints: « Parmi les serviteurs du bon Dieu, je suis le dernier des derniers? »
Sentons-nous profondément le besoin de prier avant d'agir, et de remercier après l'action?
Trouvant notre responsabilité actuelle déjà bien lourde, n'avons-nous pas d'a,utre ambition que celle de remplir de notre mieux les devoirs de notre situation présente? — Si modestes que soient nos fonctions, les estimons-nous bien au-dessus de ce que nous valons? — Aimons-nous à travailler en sous-ordre, à garder
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pour nous la part la plus laborieuse, puis k nous effacer au moment de la moisson, renvoyant à qui de droit le mérite et les louanges? Restons-nous bien calmes quand nous croyons voir que nos Supérieurs nous oublient ou ^ font peu de cas de nous? — Ne parions-nous d'eux qu'avec respect, même quand ils nous causent quelque peine I Comment recevons-nous leurs réprimandes ou même leurs simples observations? Est-ce avec force répliques, excuses et murmures, ou bien au contraire avec promesse sincère de tâcher de les contenter à l'avenir?
— Ne sommes-nous pas jaloux à l'excès de notre indépendance personnelle?
Observons-nous la règle générale de ne parler du prochain qu'en bonne part? — Nous efforçons-nous d'avoir de lui la meilleure opinion possible? — Détournons-nous de parti pris notre pensée de ses imperfections? — Nous refusons-nous à le juger? — Nous sommesnous défaits de l'esprit de contradiction t Sommes-nous peu enclins aux discussions?
Savons-nous ne pas interrompre autrui et nous taire à temps? — Laissons-noas volontiers aux autres ce qu'il y a de meilleur, de plus envié ?
— Avons-nous pour tous de constantes prévenances inspirées soit par le respect intérieur envers eux, soit par le sentiment sincère de notre infériorité ? — N'y a-t-il en nous rien qui sente ceN; esprit de suffisance et de domination devant lequel tous doivent plier ?
Supportons-nous doucement, à l'exemple du divin Maître, qu'on ne nous écoute pas, qu'on contredise nos paroles, qu'on dénature nos in-
tentions, qu'on rebute nos demandes, qu'on se moque de nos conseils, qu'on nous traite sans ménagements ou même avec un dédain affecté? — Quand nous pensons être victimes de lamalveillance, de l'injustice, ne repoussons-nous pas ce qui nous blesse, avec impatience et colère? — Tandis que Notre-Seigneur s'est tu devant la haine et la calomnie : « Jésus autem tacebat », ne sommes-nous pas tombés dans l'une de ces trois fautes : se venger par des paroles de mépris ou par des railleries sanglantes; entretenir contre ses agresseurs une amertume persévérante; ou bien enfin, laisser son courage succomber dans la tristesse? — Si cruelles que puissent être nos peines, reconnaissons-nous, que, comme pécheurs, nous méritons des traitements pires encore? — Avons-nous excusé nos ennemis devant Dieu et prié pour eux? — Sommes-nous résolus à abandonner à jamais notre cause entre les mains de notre Père céleste, pour pouvoir vivre et mourir dans sa bieuheureuse paix?
CONSEILS Pour la conclusion de ces exercices
i° Vous arrêterez d'abord vos résolutions : — Qu'ai-je à réformer? — qu'ai-je à introduire?
— par quels moyens?
2° Vous choisirez une rue qui vous impressionne et que vous ferez planer sur votre pensée, par exemple : l'infini de Dieu en face de votre néant— la vie intime de Jésus en vous — ou bien un souvenir comme celui de certaines fautes humiliantes ; — ou encore la constatation d'une infériorité sensible, etc.
3° Vous concentrerez votre effort dans une pratique très efficace, par exemple : adorer Dieu profondément avant chaque prière, — sMmposer une physionomie toujours humble et sereine, même quand on est seul, — modérer ses mouvements, ses réponses, le ton de sa voix, — s'appliquer à écouter les autres, etc..
4** Déterminez une sanction à tout manquement,parexemple: quelques privations, quelques prières, une accusation détaillée en confession.
— On peut se contenter encore de marquer chaque soir le nombre de ses manquements.
Consacrez ensuite quelques moments à parcourir la table de ce volume, pour noter d'un