‹ Formation à l'humilité et par elle à l'ensemble des autres vertusChapitre 5 sur 50 · HUMILITÉ, VERTU SPÉCIALE · texte numérisé non relu

HUMILITÉ, VERTU SPÉCIALE

pénètrent, les vertus surnalurelles les '< terminent ».

Mais elles diffèrent totalement par leur mode de production et d'exercice.

Les vertus surnaturelles sont mises en nous par une sorte de création, que la théologie appelle infusion; ainsi, vertu surnaturelle est synonyme de vertu infuse. Dieu les verse déjà dans l'âme de l'enfant baptisé. Il les verse toutes à la fois. L'augmentation de l'une entraîne l'augmentation de toutes les autres, et elles se perdent ensemble parle péché mortel, à l'exception des vertus de foi et d'espérance. Toutes ensemble également revivent par l'effet de la justification.

Les vertus naturelles, au contraire, ne se formentquelentementpar des actes nombreux, et elles ne se perdent qu'à la longue ; en sorte qu'un péché mortel ne les détruit pas.

Le nom d'habitude, on le comprend, ne peut être donné qu'à ces dernières. L'inclination, la force, l'habileté, s'y accumulent peu à peu comme dans un membre qui s'exerce à un travail.

Pour les vertus surnaturelles, l'augmentation vient du dehors, et non du développement; et chez elles, à un degré d'augmentation ne correspond pas nécessairement un accroissement de force et d'inclination.

Les théologiens caractérisent cette différence par deux expressions consacrées. Les vertus infuses, jisent-ils, donnent le simpliciter posse, le simple pouvoir, comme qui dirait l'aptitude. L'habitude donne le faciliter posse, la

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vraie facilité. Les grâces actuelles la/ donnent également, mais d'une manière transitoire.

Une comparaison va rendre Sensibles ces distinctions. Tel tissu peut être fin ou grossier, serré ou lâche ; il devient de la pourpre dès qu'il sort d'un bain spécial. Le bain n'a rien changé à sa nature : le tissu reste fin ou grossier, serré ou lâche ; mais il a pris rangdans un ordre plus élevé. Sa valeur et ses usages ne sont plus les mêmes. Qu'un réactif chimique lui enlève sa couleur, le voilà redevenu tissu vulgaire.

Les vertus surnaturelles font passer notre être de son ordre humain à l'ordre surnaturel; elles transforment nos facultés etleur communiquent, avec une beauté spéciale, l'aptitude, mais la simple aptitude à produire des actes surnaturels. L'actiFité viendra des grâces actuelles, des dispositions de la volonté et des habitudes.

On voit par là que, généralement, chez les adultes, la vertu sera caractérisée par Veffort. Les vertus surnaturelles ne sont pas faites d'ailleurs pour laisser inactives les forces naturelles, ou pour les remplacer; mais pour les élever, les compléter et les soutenir. Elles les élèvent à l'ordre surnaturel par leur présence ; elles les complètent et les soutiennent par les grâces actuelles qu'elles attirent.

Ces grâces actuelles nous offrent des ressources qui dépassent toute évaluation : Dieu les centuple dans l'âme qui y correspond ; et la prière lui permet de les prodiguer et sans mérite et sans mesure. Sous leur influence toutepuissante, les actes vertueux se multiplient et s'accomplissent avec intensité; les facultés na-

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turelles qui les produisent, se forment, se développeût, et finalement acquièrent l'inclination, la facilité et le savoir-faire aux actes semblables, les conditions des habitudes étant réalisées.

On trouvera des explications plus complètes dans notre livre intitulé : Pratique progressive de la confession, t. II, chap. II.

m. Importance de la conviction dans l'humilité. — 1<* Il n'est pas si aisé de déterminer, même théoriquement, ce qui est orgueil et dignité personnelle ! Le soin de sa réputation, le devoir de garder son rang ou de défendre ses idéesjustes, autorisentun grand nombre d'actes, que des esprits mal informés prendraient facilement pour de l'orgueil. Et que d'orgueil, à l'inverse, peut s'autoriser de ces délicates réserves!

2" Mais, si vous le considérez dans la pratique, le discernement devient plus difficile encore. En effet, rien n'est séducteur comme ce vice, il se dissimule et se transforme, il grandit et s'étend d'une façon lente; quand il a fait sa place, on le sent à peine; et quand on l'entrevoit, on l'excuse.

3» L'orgueil inspire peu d'horreur. Sa laideur et sa malice nous frappent moins que la laideur et la malice des autres vices. Ses dangers nous paraissent aussi moins redoutables, parce que, chez les chrétiens, l'orgueil constitue rarement de lui-même un péché mortel, et parce qu'enfin eu d'entre nous portent ce défaut à l'extrême.

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El ijourtant sa pernicieuse influence est telle que les saints l'appellent le père de tous les autres.

Il est donc nécessaire d'établir en nous une conviction éclairée et qui nous impressionne, afin d'en concevoir une horreur qui nous en éloigne. Une conviction de ce genre n'est pas la vertu, mais elle la renferme à la manière des forces physiques condensées dans leurs éléments et prêtes à s'exercer. Aussi ne s'acquiert-elle point par des considérations vagues, faibles ou exagérées. Essayons d'aller au fond des choses à travers les phrases de convention qui encombrent ce sujet.

Toutefois, ne comptons pas trop sur la portée de nos vues, ni sur la sûreté de nos analyses ; Dieu seul est le Docteur de l'humilité : « C'est aux petits qu'il la révèle^ revelasti ea parvulis. »

IV. Importance de l'inclination dans l'humilité. — L'orgueil, difficile à connaître, est encore plus difficile à dominer. Ses racines plongent au plus profond de notre nature. Sa vitalité est extrême. Il renaît quand on l'a cru mort. Il se nourrit de peu, et cependant il n'est jamais rassasié. Or, pour le dominer, il faut étaljlir en nous l'habitude de l'humilité ; il faut que cette inclination nous suive tous les jours de la vie pour combattre sans cesse l'inclination opposée, qui ne meurt pas.

Comment s'acquiert et se développe cette tendance si contraire à la nature? Par l'exercice.

l® Des actes, des actes, voilà le grand secret, ?oilà l'impérieux besoin 1 La vue, la conviction,

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consUtueij:^ l'avant-garde, elles éclairent la marche; mais c'est l'armée qui remporte la victoire, l'armée des actes et surtout des actes généreux ; c'est elle qui s'établit dans la place et y fait régner l'humilité.

C'est donc le combat ! 11 faudra se courber devant la volonté des autres, souvent peu raisonnable. Il faudra se faire doux envers celui qui nous aura méprisés. Il faudra dire à chaque humiliation : C'est bien! La nature se révoltera; mais, dominée par une humilité résolue, elle emploiera sa force à se vaincre et mettra son bonheur à s'abaisser avec Jésus. « Mihi absitgloriari nisi in cruce Jesu Christi. »

2° En attendant ces occasions que nous réserve le cours de la vie, nous avons, pour nous y préparer, la ressource inépuisable des actes, soit intérieurs, soit extérieurs, que nous com- ' mandons.

Les actes intérieurs (désirs, résolutions, demandes, acceptations, etc., etc.) peuvent être très nombreux, et rien ne s'oppose à ce qu'ils soient intenses; l'âme peut passer tout entière dans ces efforts, et c'est cet exercice que nous tâcherons de faire durant ces méditations.

3® Lesdémonstrationsextérieures ne doivent pas être négligées, car elles donnent aux sentiments une consistance spéciale. Pourquoi ne pas les employer, même dans l'oraison? L'attitude courbée d'un coupable, d'un suppliant, d'un pauvre, convient admirablement ici. Baiser parfois la terre, est fort utile.

Grâce à tous ces moyens longuement employés, riDclinatioD n'est plus un simple assen-

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