‹ Formation & constitution politique de l'État indépendant du CongoChapitre 7 sur 16 · III. — La signature de l'Acte général de la Conférence et · texte numérisé non relu

III. — La signature de l'Acte général de la Conférence et

l'Association du Congo.

Toutefois avant la signature de cette Déclaration finale un fait très important se produisit. L'Association du Congo n'avait pas été admise à avoir un représentant à la Conférence bien que les délibérations de celle-ci fussent pour elle une question de vie ou de mort, car, à l'ouverture des négociations, reconnue par l'Allemagne seule, elle ne pouvait prétendre aux yeux de tous à la qualité d'Etat souverain et c'était là une condition indispensable pour prendre part aux travaux de la Haute Assemblée.

Mais depuis lors la situation avait changé : toutes les puissances représentées à Berlin, à l'exception de la Turquie, avaient accordé à l'Association son admission dans la communauté internationale. L'exclusion qu'on lui avait naguère imposée tombait donc d'elle-même; aussi le colonel Slrauch, son président, adressa-t-il la lettre suivante à M. de Bismarck :

« Prince, l'Association internationale du Congo a successivement conclu avec les puissances représentées à la Conférence de Berlin (moins une) des traités, qui, parmi leurs clauses, contiennent une disposition reconnaissant son pavillon comme celui d'un Etat ou d'un Gouvernement ami. Les négociations engagées avec la dernière Puissance aboutiront, tout permet de l'espérer, à une prochaine et favorable issue.

« Je me conforme aux intentions de Sa Majesté le roi des Belges, agissant en qualité de fondateur de cette Association, en portant ce fait à la connaissance de Votre Altesse Sérénissime.

« La réunion et les délibérations del'éminente Assemblée qui siège à Berlin sous votre présidence ont essentielle-

ment contribué à hâter cet heureux résultat. La Conférence, à laquelle j'ai le devoir d'en rendre hommage, voudra bien, j'ose l'espérer, considérer l'avènement d'un Pouvoir qui se donne la mission exclusive d'introduire la civilisation et le commerce au centre de l'Afrique comme un gage de plus des fruits que doivent produire ses importants travaux.

« Je suis, avec le plus protond respect, de Votre Altesse Sérénissime, le très humble et très obéissant serviteur.

« Strauch (1). y>

Au début de la séance du 23 février, M. Busch, soussecrétaire d'Etat, qui la présidait en l'absence du Chancelier, donna lecture de cette lettre. Il la fit] suivre des paroles suivantes :

« Messieurs, je crois être l'interprète du sentiment unanime de la Conférence en saluant comme un événement heureux la communication qui nous est faite et qui constate la reconnaissance à peu près unanime de l'Association internationale du Congo. Tous, nous rendons justice au but élevé de l'œuvre à laquelle Sa Majesté le roi des Belges a attaché son nom; tous, nous connaissons les efforts et les sacrifices au moyen desquels il l'a conduite au point où elle est aujourd'hui; tous, nous faisons des vœux pour que le succès le plus complet vienne couronner une entreprise qui peut seconder si utilement les vues qui ont dirigé la Conférence (2). »

Le baron de Courcel s'exprima ensuite en ces termes : « En qualité de représentant d'une puissance dont les possessions sont limitrophes de celles de l'Association internationale du Congo, je prends acte avec satisfaction de la

(1) Archives diplomatiques, 1885, tome 111, \). 209.

(2) Archives diplomatiques, p. 200.

démarche par laquelle cette Association nous notifie son entrée dans la vie internationale. J'émets, au nom de mon Gouvernement, le vœu que l'Etat du Congo, territorialement constitué aujourd'hui dans des limites précises, arrive bientôt à pourvoir d une organisation gouvernementale régulière le . vaste domaine qu'il est appelé à faire fructifier.

c Assuré du bon vouloir unanime des Puissances qui sont ici représentées, souhaitons-lui de remplir les destinées qui lui sont promises sous la sage direction de son Auguste Fondateur, dont l'influence^modératrice sera le plus précieux gage de son avenir (1). »

Le comte Kapnist, au nom de la Russie, déclare qu'il s'associe aux souhaits de bienvenue que font ses collègues au nouvel Etat.

Sir Edward Malet prend ensuite la parole. Après avoir exprimé la satisfaction qu'éprouvera le gouvernement de la Reine, en apprenant la reconnaissance générale de la nouvelle puissance, il ajoute, en parlant du roi Léopold II : « On croyait que l'entreprise était au-dessus de ses forces, qu'elle était trop grande pour réussir. On sait maintenant que le roi avait raison et que l'idée qu'il poursuivait n'était pas une utopie. Il l'a menée à bonne fin, non sans difficultés ; mais ces difficultés même ont rendu le succès d'autant plus éclatant. En rendant à Sa Majesté cet hommage de reconnaître tous les obstacles qu'elle a surmontés, nous saluons l'Etat nouveau-né avec la plus grande cordialité et nous exprimons un sincère désir de le voir fleurir et croître sous son égide (2). »

Le marquis de Penafiel déclara partager les sentiments

(1) et (2) Archives diplomatiques, 1885, tome III, p. 249 et 270.

exprimés par le baron de Courcel dans son discours de bienvenue.

Le comte de Launay, ambassadeur d'Italie, estime que le monde entier ne peut avoir que de la sympathie et des encouragements pour cette œuvre de civilisation qui honore le dix-neuvième siècle et dont les intérêts généraux de l'humanité profiteront toujours davantage. 11 rend hommage à la persévérance de Léopold II et aux généreux sacrifices qu'il a faits dans ce but.

Le comte Széchényi, délégué de l'Autriche, s'exprime dans le même sens que ses collègues.

Le comte de Bénomar déclare que l'Espagne s'associe aux manifestations faites en faveur du Congo.

M. de Vind, au nom du Danemark, joint ses vœux à ceux qui ont été formés pour la prospérité de la puissance qui vient de naître.

Le plénipotentiaire de Suède et Norwège, général baron de Bildt, agit de même.

M. Sanford rappelle que les Etats-Unis d'Amérique ont été les premiers à reconnaître l'Association internationale et il est heureux que toutes les nations aient suivi cet exemple.

Saïd- Pacha regrette de ne pouvoir s'associer officiellement dès aujourd'hui aux félicitations de ses collègues et pense que la Turquie n'a rien à objecter à la formation du nouvel Etat.

Enfin, après que le comte Van der Straeten Ponthoz, délégué de la Belgique à la Conférence, a remercié le président des termes dans lesquels il a parlé de son souverain, le comte de Lambermont prend à son tour la parole en ces termes :

«Si le président de l'Association Internationale du Congo avait l'honneur de siéger parmi vous, il lui appartiendrait

de répondre aux paroles que nous avons entendues aujourd'hui et qui sont si sympathiques pour le roi des Belges et pour son œuvre.

<( En son absence et, quoiqne représentant Sa Majesté à un autre titre, nous avons pensé, mon collègue et moi, qu'il nous serait permis de témoigner combien nous avons été sensibles au témoignage rendu au fondateur de l'Association.

<( Le comte Van der Straeten a exprimé des sentiments auxquels je m'associe de tout cœur. Nous sommes certains de ne pas trop nous avancer en manifestant d'avance notre gratitude, au nom de Sa Majesté, pour le témoignage qui vient de lui être rendu comme pour l'appui que son entreprise a trouvé parmi vous, et qui ne sera pas le moindre gage de son succès (1). »

Le président indique ensuite que la lettre du colonel Strauch et les déclarations par elle suscitées figureront au protocole de la séance. Plusieurs plénipotentiaires, pour compléter cette idée, demandent que les copies des différents traités par lesquels l'Association a été reconnue par les diverses puissances, soient réunies en un fascicule et annexées au protocole. Cette motion est adoptée.

C'est ainsi que l'Association internationale du Congo prit place parmi les Etats. Après de laborieuses négociations avec chacun des pays représentés à Berlin, elle obtenait la récompense de ses efforts ; au milieu des acclamations des délégués de l'Europe, elle était élevée à la dignité de puissance et, pour bien marquer que c'était là l'œuvre de la Conférence, les ambassadeurs décidaient que les diverses conventions de reconnaissance figureraient au nombre des documents de la Haute Assemblée.

(1) Archives diplomatiques, op. cit.. p. 210.

Trois jours après, le 26 février 1885, avant que les plénipotentiaires ne signent l'Acte final, le président de l'Association, se basant sur les dispositions de l'article 37 de cette Déclaration, ainsi conçu :

« Art. 37. — Les puissances qui n'auront pas signé le présent Acte général pourront adhérer à ses dispositions par un Acte séparé.

« L'adhésion de chaque puissance est notifiée, par la voie diplomatique, au gouvernement de l'Empire d'Allemagne, et par celui-ci à tous les Etats signataires ou adhérents.

« Elle emporte de plein droit l'acceptation de toutes les obligations et l'admission à tous les avantages stipulés par le présent Acte général »,

voulut faire accomplir à cette Société son premier acte d'Etat Souverain, en la faisant adhérer à la Déclaration finale, honneur auquel, comme on vient de le voir, seules les « Puissances » étaient admises. Il envoya donc au prince de Bismarck la lettre suivante :

<r Prince, en vertu des pleins pouvoirs qui m'ont été délivrés par Sa Majesté le roi des Belges, agissant comme fondateur de l'Association internationale du Congo, pleins pouvoirs qui sont ci-annexés, et en conformité de l'article 37 de l'Acte général de la Conférence de Berlin, j'ai l'honneur d'adresser au gouvernement de l'Empire d'Allemagne, l'Acte par lequel l'Association internationale du Congo adhère au dit Acte général.

a J'ai la confiance que Votre Altesse Sérénissime voudra bien, selon la stipulation qui forme le paragraphe 2 du même article, notifier cette adhésion aux Etats qui ont signé l'Acte général ou qui y adhéreront.

« L'Association internationale du Congo envisagera la suite favorable donnée à sa demande comme un nouveau

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témoignage de la bienveillance des Puissances pour une œuvre appelée, par son origine, ses conditions d'existence et son but, à seconder l'accomplissement des vues généreuses de la Conférence.

<a Je suis, avec un profond respect, de Votre Altesse Sérénissime, le très humble et très obéissant serviteur.

« Le président de l'Association internationale du Congo.

<( Colonel Straugh (1). »

Berlin, le 26 février 1885.

A ce document étaient joints les pleins pouvoirs conférés par le roi des Belges au colonel Strauch, qui étaient ainsi libellés :

« Nous, Léopold II, roi des Belges, agissant comme fondateur de l'Association internationale du Congo, donnons par les présentes, pleins pouvoirs à M. Strauch, président de cette Association, de signer l'Acte d'accession au traité général adopté par la Conférence de Berlin.

Signé : Léopold (1). »

Bruxelles, le 15 février 1885.

Le prince de Bismarck, qui présidait cette dernière séance, donna lecture aux ambassadeurs de ces documents, tout en faisant remarquer que, rigoureusement, une telle communication ne devrait être faite qu'après la signature de la Déclaration générale. Puis il ajouta les paroles suivantes :

« Messieurs, je crois répondre au sentiment de l'Assemblée en saluant avec satisfaction la démarche de l'As-

(1) Archives diplomatiques, op. i it. p., 2 ( M.

sociation internationale du Congo et en prenant acte de son adhésion à nos résolutions. Le nouvel Etat du Congo est appelé à devenir un des principaux gardiens de l'œuvre que nous avons en vue et je fais des vœux pour son développement prospère et pour l'accomplissement des nobles aspirations de son illustre fondateur. »

Les plénipotentiaires procédèrent ensuite, sur l'invitation du président, à la signature de l'Acte final.

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