ET DE CHARLES VII LE VICTORIEUX
Le règne de Charles V (1364- 1380) fut un règne réparateur pour la France et pour Paris. En ce qui concerne cette ville, le roi fut aidé dans son œuvre par Hugues Aubriot qui fut prévôt de Paris durant tout le règne. Ce prince éclairé, « grand bâtisseur » et « sage artiste », comme l'appelle son biographe contemporain, contribua en outre singulièrement au prestige artistique de Paris. Il « fit édifier de neuf » le Louvre, rapporte le même auteur, transformant la forteresse en un magnifique château, digne de servir d'habitation au souverain. A l'opposé, sur cette même rive droite, il éleva l'Hôtel Saint-Paul (à l'est de l'église de ce nom et au sud de la rue Saint- Antoine) dont il fit une autre résidence royale, pleine d'art.
Enfin il agrandit Paris par le moyen d'une nouvelle enceinte, spéciale toutefois à la rive droite, et dont le tracé est concentrique à celui de l'enceinte précédente. Le nouveau rempart se rattache aux travaux de défense
FORMATION El ÉVOLUTION DE PARIS
entrepris sous Etienne Marcel : repéré sur le Paris actuel, il commence, à l'ouest, à peu près à la hauteur du pont des Saints- Pères, traverse la place du Carrousel, coupe au sud -est le Palais- Royal pour atteindre la place des Victoires et, de là, par une ligne sensiblement droite, les abords de la porte Saint-Denis; de ce dernier point, il s'étend jusqu'à la place de la Bastille, suivant la direction de n<>s grands boulevards, un peu au sud de ceux-ci. Ce rempart consiste en une muraille crénelée, escortée, à l'extérieur, de fossés et, à l'intérieur, d'un chemin de ronde; de distance en distance, s'échelonnent, sur son parcours, de petites forteresses dénommées bastides ou bastilles. L'une d'elles, d'aspect beaucoup plus imposant, en a gardé le nom : c'est la Bastille. La première pierre en fut posée, le 22 avril 1370, par Hugues Aubriot. La nouvelle enceinte était munie de six portes : la porte Saint-Honoré (du côté de la rue de l'Échelle), la porte Montmartre (vers le coin de cette rue et de la rue d'Abonkir), la porte Saint-Denis (au débouché de la rue d'Al.oukir sur la rue Saint-Denis), la porte Saint-Martin (au débouché de la rue Sainte- Apolline sur la rue Saint- Martin), la porte du Temple (au débouché de la rue Meslay, presque au coin de la place de la République), enfin la porte Saint-Antoine, près de la Pastille.
Par des lettres en date de janvier 1375, Charles V décida que les faubourgs compris dans la nouvelle enceinte ne feraient qu'une même ville avec Paris et que les habitants de ces faubourgs jouiraient de tous les privilèges attribués à la ville de Paris. Les faubourgs ainsi annexés étaient loin de ne comporter que des surfaces bâties : on y trouvait, par exemple, à l'est, les
Le Louvre.
(D'après une miniature du début du xve siècle.)
marais du Temple et de la Culture Sainte-Catherine qui ont servi à désigner pendant des siècles, par l'appellation
de Marais, cette partie de Paris. Le développement urbain qui suivra se modèlera en partie sur l'enceinte : la transformation de chemins de ronde et de fossés en nus peut s'observer pour cette enceinte, comme pour celle antérieure de Philippe-Auguste.
Le développement de Paris n'avait pas pris, sur la rive gauche, une importance devant entraîner, comme pour la rive droite, l'extension du rempart. Aussi se borna-t-on, pour cette partie de Paris, à restaurer l'ancien rempart et à renforcer la défense des portes de ville (1366). Ces travaux amenèrent, à l'est, un changement dans le cours de la Bièvre : les fossés creusés alors vinrent couper l'ancienne canalisation qui passait à la rue de Bièvre; les religieux Victorins durent aménager un nouveau canal, aboutissant, parallèlement à l'enceinte, en face du poni Sully actuel. Ils tentèrent, peu après, mais vainement, d'obtenir que l'ancien canal fût rétabli, en faisant valoir que tous les lieux habités par où il passait souffraient grandement de cette suppression; ce qui souligne le rôle de la Bièvre dans L'économie urbaine de cette partie de Paris.
l'n antre changement survenu dans la physionomie de Paris, mais plus important, est celui résultant de l'établissement, vers 1.580, sur le petit bras de la Seine, d'un pont en prolongement du Grand-Pont : c'est le pont
Saint-Michel, qui fut ainsi appelé de la chapelle de ce
nom située, depuis le xnesiècle, dans la partie méridionale du Palais. L'établissement de ce pont a entraîné une double modification en ce qui regarde la circulation urbaine : la première, dans l'île de la Cité, le long du Palais développé sous saint Louis qui y avait élevé la
Sainte-Chapelle et agrandi encore sous Philippe IV le Bel; la seconde, sur la rive gauche, où la voie correspondant approximativement à notre boulevard Saint- Michel, la rue de la Harpe, a pris, par là, une importance qui l'a amenée à doubler de façon effective la rue Saint- Jacques comme grande voie nord-sud de communication sur cette rive.
Du début du siècle suivant, le xve, date le Pont Notre- Dame.
vSi nous nous plaçons au point de vue de ce qu'on pourrait appeler l'art de la ville, c'est-à-dire des règles applicables aux conditions d'existence et de développement d'un centre urbain, nous observerons qu'au xive siècle remonte, pour Paris, une forme d'art urbain : les plantations. C'est de ce siècle, en effet, que datent les « Ormetiaux qui sont... devers l'église de Saint- Paul », autrement dit le quai des Ormes, qui s'étendait à l'endroit où est notre quai des Célestins. Nous observerons, en outre, que les rues ne sont point livrées à l'arbitraire des propriétaires ou habitants : on veille, ou du moins on est censé veiller — et c'est là l'office du voyer existant dès le xme siècle — aux constructions de coin de rue, aux saillies. « Nuls (lit-on dans un vieux texte) ne peuvent faire degrez à monter en sa maison, de quoy la voye estrecisse. » « Nul ne peult faire la chaucée plus haute devant un voisin plus que devant l'autre. »
Le successeur du sage Charles V, le dément roi Charles VI (1380- 1422), vit d'abord se poursuivre la prospérité de Paris. Le pouvoir royal a le sentiment du grand rôle qui incombe à cette ville. « Tant comme nostre bonne ville de Paris — fit-on dans un acte de Charles VI — sera
t'.O FORMATION BT ÉVOLUTION DE PARIS
mieux peuplée et habitée de plus"] de' gens et que nostre dit peuple (de Paris) sera mieux pourveu de ce qui est nécessaire pour sa sustentation, la renommée d'icelle (ville) sera plus grant, laquelle renommée augmentera notre gloire. » Cette renommée, au déclin du xive siècle, est grande. « En l'an quartoze cent... la ville estoit en sa fleur », écrit un contemporain, qui y compte 310 rues dont 194 sur la rive droite. Populeuse, Paris était, en outre, une ville de luxe et de plaisirs; elle passait déjà pour être l'auberge des nations. De simples bourgeois avaient des demeures somptueuses. Parmi les hôtels des grands, on remarquait l'hôtel de Bourbon (entre le Louvre et Saint-Gennain-l'Aiixerrois), celui de Sicile (nie du Roide-Sicile), l'hôtel des TourneUes (en face de l'hôtel Saint- Paul, au nord de la rue Saint- Antoine), où habita Louis, duc d'Orléans .assassiné en 1407, l'hôtel d'Artois, habitation des ducs de Bourgogne (à l'endroit de la Tour de J l'an -sans-Peur, rue Etienne-Marcel), l'hôtel de Flandre (du côté des rues Coquillière et Coq Héron), les hôtels de Navarre et de Clisson (vers les Archives Nationales), etc. Charles VI habitait de préférence l'hôtel Saint- Paul. Paris était aussi une cité merveilleusement fertile en hommes de science et d'art.
Cependant, la ville avait perdu sa municipalité. Ce fut là une conséquence de la révolte survenue à Paris en 1382. Une levée d'impôts avait surexcité la population : il y eut tnblée aux Halles; des préposés à la levée de ces impôts furent tués ou blessés; les émeutiers s'emparèrent de l'hôtel de ville, où il se saisirent, comme d'armes, d'une grande quantité de maillets qu'y avait autrefois réunis Hugues Aubriot (d'où le nom de Maillotins sous
Gl
Le Palais.
(D'après une miniature du début du xv siècle. i
lequel ils sont connus dans l'histoire) ; ils prirent aussi le Châtelet dont ils libérèrent les prisonniers et détériorèrent les archives, firent tendre les chaînes des rues, garder les
portes de la ville et arrêter des chariots destinés au roi ou au duc de Bourgogne. Cette effervescence bourgeoise et populaire dura, avec des intermittences, du Ier mars 1382 au 11 janvier 1383, date du retour à Paris du jeune roi victorieux des Flamands. Une terrible répression s'ensuivit, qui pesa lourdement sur la bourgeoisie parisienne : la prévôté des marchands fut abolie et ses pouvoirs furent réunis à ceux du prévôt du roi qui reçut pour résidence l'hôtel de ville; le roi supprima, en outre, les quartiniers chargés, chacun à la tête de leur quartier, d'un rôle de défense militaire et ceux qui, sous eux, exerçaient ce rôle : les einquanteiiiers et di/.ainiers; les corporations perdirent le choix de leurs chefs qui fut confié au prévôt de Paris, lequel devait, avec le roi, être juge de l'opportunité «les réunions de confréries {zy janvier 1383). On le voit : ce qu'on appelait le commun de Paris est frappé dans son élément organique qui est l'association corporative, soit sous sa forme de métier proprement dit, soit sous sa forme pieuse de confrérie. Dans les autres cas de répression qu'offre le même siècle (commencement et milieu du xiV siècle), la confrérie, en particulier, n'a pas été davantage oubliée.
Mais il était difficile au prévôt du roi de cumuler son emploi déjà si complexe avec celui de prévôt des marchands. Aussi, sous l'administration réparatrice des ministres dénommés Marmousets, les deux emplois furent-ils scindés : on n'alla pas jusqu'à restituer aux Parisiens leur municipalité, mais un personnage distinct • lu prévôt du roi fut chargé, sous l'autorité du souverain, de la gérance de la prévôté des marchands; il eut le titre de garde de la prévôté des marchands. Il fut fait, à cet
effet, un choix heureux en la personne de Jean Jouvenel (1389). Ce ne fut qu'en 1412 que l'ancienne organisation municipale de Paris fut complètement rétablie.
Entre temps, de graves événements s'étaient passés : le roi était devenu fou ; ses oncles, qu'il avait écartés au profit des Marmousets et au premier rang desquels figurait le duc de Bourgogne, reprirent le pouvoir. La violente rivalité de ce dernier et du frère du roi, le duc d'Orléans, a abouti à l'assassinat du duc d'Orléans (au sortir de l'hôtel Barbette, situé rue Barbette actuelle; 23 novembre 1407). Deux camps se trouvent dès lors formés : celui des Bourguignons et celui des Orléanais ou Armagnacs. Paris tient pour Jean sans Peur, duc de Bourgogne, plus populaire que sa victime, le duc d'Orléans. L'agitation dans la ville est constante : on remarque, comme meneurs, les bouchers. Les États se réunissent en 1413 et agitent la question des abus financiers et des réformes déjà soulevée au temps d'Etienne Marcel. C'est dans ces circonstances que l'on voit les bouchers et écorcheurs, parmi lesquels l'écorcheur Caboche, soulever la population parisienne (avril 1413).
Paris est gouverné par les Cabochiens jusqu'en août. La réaction, qui suivit, amena le remplacement, dans cette ville, du parti de Bourgogne par celui d'Armagnac. Puis, voici qu'aux luttes intestines s'ajoutent l'invasion anglaise et le désastre d'Azincourt (25 octobre 1415) dont profitent les Bourguignons, qui finissent par rentrer à Paris (29 mai 1418). Dans la ville régnent la terreur et l'anarchie; le bourreau Capeluche est à la tête des bandes qui parcourent les rues; il finit du reste par le payer de sa tête. C'est sous cette forme que se manifeste, à Paris, la domi-
nation bourguignonne qui va s'affirmer, d'autre part, en livrant la France au roi d'Angleterre Henry V. Jean sans Peur est assassiné par les gens du Dauphin (1419). Dès lors, le parti bourguignon lie entièrement son sort à celui des Anglais; le traité de Troyes négocié entre Charles VI et Henry V, par l'intermédiaire du nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, fait du roi anglais l'héritier du roi de France (1420). Paris accueille les Anglais, la Ville et l'Université étant du parti de Bourgogne. L,a piéme année (1422) vit mourir d'abord Henry V, puis Charles VI, à qui succéda, conformément au traité de Troyes, le fils du roi défunt d'Angleterre : Henry VI, âgé de quelques mois. Le duc de Bedford, frère de Henry V, fut reconnu régent à Paris (19 novembre). Il habitait l'hôtel des Tournelles, qu'il agrandit. Jeanne d'Arc, l'héroïne à qui est dû le réveil national, tenta d'arracher la ville au parti anglo-bourguignon, mais elle échoua et, à l'assaut que les troupes du Dauphin livrèrent, entre les portes Saint-Denis et Saint-Honoré, elle fut blessée (8 septembre 1429). Ce n'est qu'en 1436 que Paris rentra dans l'obéissance du roi de France, Charles VII : Richemont, au nom de ce dernier, en prit possession, aidé par la population, le 13 avril. De 12 novembre 1437, ce fut au tour de Charles VII à faire son entrée solennelle à Paris.
On peut, par le journal d'un Parisien contemporain, se faire une idée de Paria en 1 1 s temps.
1405. — Il y a foisoil de gens d'armes à Paris. I,es portes
étaient fermées, sauf quatre: Saint-Denis, Saint- Antoine, Saint-Jacques
et Saint-Honoré. Le 10 septembre, on mura avec du plâtre les portes
du Temple, Saint-Martin et .Montmartre. Il est prescrit, le 12, de mettre
internes dans les rues, la nuit, et de l'eau devant les portes des
ns, le 19, de boucher les ouvertures éclairant les caves, le 24, de
refaire les chaînes destinées à barrer les rues (ce à quoi il est travaillé nuit et jour) et, le 26, de s'armer « pour garder la bonne ville de Paris ».
140g. — Le roi Charles VI rentre à Paris, le 17 mars : les bourgeois vont à sa rencontre. Devant lui sont des trompettes et des ménestrels; sur son passage, on crie : Noël ! et on lui jette des violettes et autres fleurs; le soir, ou soupe dans les rues et on illumine la ville. Toutes les nuits, on fait le guet, à pied et à cheval, et ce sont les métiers qui s'en chargent à tour de rôle.
14 10. — Les environs de Paris sont ravagés par les Armagnacs qui en veulent aux Parisiens de ce qu'ils aiment « tant le duc de Bourgogne ». Le pain devient si cher que des pauvres gens de la ville s'enfuient de désespoir. Les Parisiens sont serrés si étroitement par les Armagnacs aux portes Saint- Jacques, Saint-Marcel et Saint-Michel qu'ils ne peuvent sortir pour aller faire leurs vendanges au temps voulu. Leurs ennemis se retirent enfin.
14.11. — Us reparaissent l'année suivante, s'emparent de Saint-Denis et du pont fortifié de Saint-Cloud d'où vient les chasser le duc de Bourgogne : ils pendaient les gens, pillaient ou brûlaient les propriétés. A Paris, les habitants, tant grandes personnes qu'enfants, pour se reconnaître, portent la croix de Saint- André qui est la marque de Bourgogne. Des Armagnacs sont décapités aux Halles où l'on expose ensuite leurs têtes sur des lances ; les membres de l'un d'entre eux sont suspendus aux principales portes de la ville.
141 2. — De nombreuses processions sont organisées par les Parisiens pour le succès de leur cause et pour la paix : on va aux églises nupieds et un cierge ou une torche à la main.
1413. — Les Parisiens, se croyant trahis, s'arment et vont assiéger le château de .Saint- Antoine (la Bastille) où se sont réfugiés les traîtres Armagnacs qui se rendent et sont emprisonnés au Louvre et au Palais pour, de là, être décapités aux Halles. La foule envahit aussi l'hôtel Saint- Paul, résidence royale, où elle fait des prisonniers. Puis, à l'instigation tout particulièrement de l'Université, on traite de la paix qui est faite contre les meneurs du parti de Bourgogne, les bouchers. Ces derniers tentent de s'y opposer, mais le peuple armé « en la place de Grève » la leur impose, et ils se sauvent. Les Armagnacs, qui l'ont emporté, pourvoient à divers emplois, notamment à ceux de capitaines des châteaux de Saint- Antoine et du Louvre. A Paris, on porte maintenant la casaque violette avec la devise : « Le droit chemin », qui est d'Armagnac. Tous les samedis, aux Halles, ceux qui gouvernent Paris font proclamer la paix. Ou n'ose plus parler du duc de Bourgogne; même les petits enfants qui, par habitude, chantent le soir, « en allant au vin ou à la moustarde », la chanson : « Duc de Bourgongue, Dieu te ramaint à joye », sont frappés.
1414. — Les portes sont gardées ou condamnées; sur la rive gauche, la circulation ne se fait guère que par la porte Saint-Jacques. Le 13 septembre, un jeune homme ayant arraché l'écharpe d'Armagnac dont
on avait parc la statue de saint André, à l'église Saint- pustache, eut le poing coupé devant cette église, sur le puni Alais, qui permettait de franchir l'égout des Salles. Les femmes des Bourguignons bannis sont à leur tour expulsées de Paris,
1 4 1 5 . — En février, le roi et les grands seigneurs se livrent à des joutes en la grand'rue Saint-Antoine, entre Saint-Antoine et Sainte* Catherine-du-Val-des-Ecoliers. De nouveau, on publie la paix à son de trompe : les cloches de toutes les églises sonnent et l'on fait quantité de feux de joie a travers Paris. Kn mars et avril, la Seine déborde, si bien qu'on ne peut se rendre dans les marais sis entre Saint- Antoine et le Temple. On apprend à Paris la bataille d'Azincourt : « Jamais, depuis
la naissance du christ, ne s'était vu un tel désastre. » i.e dm de Bourgogne s'est approché de Paris, mais on fait ■ murer les portes et des capitaines s'installent, pour la défense, au Temple et à Saint-Martin, occupant i toutes les ruelles i voisines.
1416, — I.c i'r mars, l'empereur Sigisinond, se rendant en Angleterre, par Paris: il est logé au Louvre; il invite à dîner, à l'hôtel de Pourbon, ■ les dimoiseiies de l'. uis et des bourgeoises les plus honnestes »
et leur fait à chacune un cadeau. Il est interdit de s'assembler, SOUS quelque forme que ce soit, sans l'autorisation du prévôt de Paris : aux noces, rgents viennent, aux frais du mari, surveiller la réunion. Le 9 mai, les bouchers de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Marcel, de Sainte- Geneviève et de Paris se voient dépouillés des armes qu'ils ont en leurs 11.ai~.1ns. I,e 11. il est prescrit a tout homme d'aller porter Ses armes au château de Saint-Antoine. l,e 1 s, on fait abattre la 1 ,1 andc-Pou-
cherie, sise pies du Châtelet, et les bouchers sont obligés de vendre leurs viandes sur le pont Notre-Dame, qu'ils sont tenus de quitter eu
mbre,pOUr aller débiter en la halle de Pcauvais (aux Halles . .ni
Petit-Pont, a la porte Baudoya et, devant Saint-Leufroy (place du Châtelet k an Trou-Punais (1 sp< < e de 1 loaque). 11 était défendu d'avoir quelque objet à si fenêtre sur rue, sous 1 peine de perdre corps et biens», et de st balgn< t en la rivii ie. sur peine d'estre pendu .
1417. - - On se préocc upe de nettoyer Pari- qui est pl< in d'ordures.
1 '11 construit des maisons entre les bastilles et l'écorcherie, du côté
des tuileries de la porte Saint-Honoré. Les Bourguignons tiennent la campagne autour de Paris et s'avancent jusque dans les faubourgs :
aussi nul n'ose sortir de la ville par la porte Saint-Jacques, pour aller
vendanger. L'Hôtel-Dieu demande au chapitre de Notre-Dame la permission d'installer, dans l'île de ce nom (île Saint-I.ouis), du bétail retiré à Paris par crainte des ennemis.
14x8. — En mai, les gens de l'hôtel du roi vont, comme d'habitude, au bois de Boulonne, 1 pour apporter du mav pour l'ostel du roj
mai- ils sont attaqués, a la Villc-1'I Acque. a l'entrée de- Paris, par des
gens d'armes «lu roi, qui pillent aux alentours de la ville et vont jusqu'à . rotn oniers dont ils ne peuvent tirer une rançon. A paris,
tout est cher. Ceux qui gouvernent la ville sont tellement montés contre
;urs adversaires du parti de Bourgogne, qu'ils s'emparent des toiles des îarchands, sous prétexte d'en faire des tentes pour l'armée du roi, îais en réalité pour les transformer en sacs dans lesquels ils projettent e mettre les femmes de leurs ennemis, afin de les noyer. Des Parisiens écident de se débarrasser de ces Armagnacs, en livrant la ville aux •ourguignons. La porte Saint-Germain est ouverte à ces derniers, dans i nuit du 28 au 29 mai, et ils entrent en criant : « Notre-Dame ! La aix! Vive le roi et le dauphin et la paix! » et en tuant et pillant- "n certain nombre d'Armagnacs se réfugièrent au château de la porte aint- Antoine, d'où ils tinrent tête à leurs ennemis; le mercredi suiant, ayant rassemblé des fuyards, ils sortirent du château, ouvrirent l porte de la ville et pénétrèrent dans la grand'rue Saint- Antoine, riant : « A mort ! à mort ! Ville gagnée ! Vive le roi et le dauphin et : roi d'Angleterre ! Tuez tout ! a Mais le peuple s'était vite tourné du Dté des Bourguignons, et le nouveau prévôt royal bourguignon repoussa, vec « l'aide de la commune », ces Armagnacs, les tuant « à grans tas, îsque dehors la porte Saint- Antoine ». Puis le peuple, « eschauffé », : mit à parcourir « les hostelleries de Paris », cherchant les Armaoacs et les massacrant; on les frappait même une fois morts, et ils taient « en tas comme porcs au milieu de la boue ». En outre, les prisons : alais, Grand et Petit-Châtelet, Saint-Eloy, Saint-Magloire, For- Evêque (entre le Châtelet et Saint-Germain-l'Auxerrois), Saint-Marn-des-Champs, Saint- Antoine, Tiron (hôtel appartenant à une abbaye e ce nom et sis alors rue Saint-Antoine), Temple, regorgeaient de prinmiers.
Le 9 juin, on s'assemble à Saint-Eustache, pour la confrérie de aint-André, chacun portant un « chappeau de roses vermeilles, et aitoit tant bon au moustier (à l'église) comme s'il fust lavé d'eau de >se ».
Le 12, sur mie fausse alarme venue des portes Saint-Germain et aint-Marcel, le peuple s'émeut dans les centres populeux de la place [aubert, des Halles, de la Grève et dans tout Paris et se met à massacrer :s prisonniers : aux prisons qui lui résistent, il met le feu. Figurezous des cadavres entassés comme si ce fût « chiens ou moutons ». On e respecta comme prison que le Louvre, parce que le roi y résidait.
Il n'y a en juin, à Paris, que deux portes ouvertes : celles de Saintlenis et de Saint-Germain. La veille de la Saint-Jean, on remet les îaînes de fer « au boutz des rues de Paris ». Le 14 juillet, le duc de ourgogne et la reine de France entrent à Paris, « et fut, à leur venue, 1 porte Sainct-Anthoine desmurée » : on leur fit une réception enthouaste, et il y avait peu de gens qui ne pleurassent « de joie et de itié ».
Le 20 août, le peuple, qui « trop souffroit », car « tout estoit si cher
Paris » et « on ne gamgnoit rien », assiégea le Grand, puis le.Petithâtelet, s'en empara et en tua les prisonniers; il ne put prendre le lâteau de Saint- Antoine, mais réussit à en faire sortir les prisonniers
*)S FORMATION i;T ÉVOLUTION DE PARIS
qui subirent te même sort que tes autres; d'autres furent encore mis à mort à l'hôtel de Bouzbon.
Les Armagnacs ont remplacé les Bourguignons œmme ennemis autour de Paris, et les Parisiens n'osent aller récolte* leurs blés et avoine» En septembre, la mortalité à Palis, par suite d'épidémie, est très grande. I,es lxmeliers ont été aut<>ri-. - à refaire la grant boucherie ».
14x9, — i.es Anglais apparaissent à leur tour aux environs de Paris, Dans la ville, tout a grandement enchéri : on fait queue devant les bou langeries. Dn traité de paix a été Signé. Dès qu'on l'apprend à Paris. 01 fait fête. Lfi ville se trouve maintenant approvisionnée. I.e }i juil
1 et, fête de saint Germain, vers dix heures du matin, comme on Be dl
kit à aller jouer au Marais i, ainsi que de coutume, arrivèrent e désordre, dans la ville, une foule d'habitants de Pontoise fuyant le ville dont les Anglais s'étaient emparés te matin. I.e meurtre de Jean
sans-Peur augmente l'état de guerre et Paris cesse de nouveau d'êl
approvisionne : 1 les petits enfeiis ne niciiecoicnt point de lait ; prj
avoir du bois, on coupe le bois de vTncennes.
1 180. — l,e 8 mai, te roi d'Angleterre vient coucher à l'abbaye de Saint-Denis: te lendemain, il passe, hors Paris, devant la porte Saint]
Martin II se rend lit à Troves, auprès du roi de France, « et là lui lut
até quatre charretées de... bon vin », de la part des Parisiens]
1.' dimanche [•* décembre, les rois de France et d'Angleterre font
leur entrée solennelle à Paris par la grand'rue Saint-Denis, d de même que tes autres rues qu'ils suivent pour se rendre à Notre- Dame : devant le Palais, on donne aux souverains la représentation
d'un mystère de la Passion telle qu'elle esl figurée dans le chœur de Notre-Dame. Dans les rues, se croisent des processions de prêtres chantant le / ,- Dtum. Jamais princes ne Eurent reçus avec plus de (oie, car on était dans le dcnûtnciit .1 Paris. .Mais la situation de la ville n.
s'améliora pas. Sur tes tas d'ordures qui se trouvent dans les mes d - entants se lamentent, mourant «le faim et de froid et, des maison
mi les entend M plaindre la nuit. I.e duc de Clarenee, frère du roi d'Ar*
gleterre, est nomme capitaine de Paris.
i)Ji. — Del) mues gens installent trois hospices : en la Ileaumcr (un petl au nord du Châtelet), devant le Palais et place Maubelt, poi recevoir les enfants mourant de faim. Des malheureux en vinrent
manger 1 les herbetes des champs sans pain et sans sel . et « qiuuf
le tueur des chiens avoit tuè de- chiens . de pauvres gens le suivaie afin d'avoir, pour leur nourriture, l'animal tué.
M-'; in ce temps, les loups venaient dans la ville toutes 1
nuits : quand on en avait pris, on Les portait, à travers ravis, suspem par [es pieds de derrière. Une quantité de maisons se trouvent vides leurs habitants ,jui ne peuvent payer les cens dus.
Paris VERS i E MILIEU du XVIe SIECLE.
[D'après le plan dit de l>n Cerceau ou de Saint-Victor.