L'ÉPOQUE FRANQUE MÉROVINGIENS ET CAROLINGIENS
Ville de défense contre les Barbares, Paris deviendra, pour ces derniers, un objectif et finira par tomber entre les mains des bandes franques. On ne sait quand ni comment se produisit cet événement. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le chef franc Clovis, vainqueur des Visigoths, en 508, et soucieux de rapprocher de ses nouveaux territoires méridionaux le siège de son pouvoir, fit choix à cet égard de Paris que son importance militaire, sur une grande route menant à la I.oire, prédestinait à ce rôle.
C'est Grégoire de Tours, chroniqueur du VIe siècle, qui nous apprend, de la façon suivante, ce fait si considérable pour l'avenir de Paris : « Clovis — écrit-il — reçut de l'empereur Anastase des lettres de consulat et, dans la basilique de Saint-Martin de Tours, revêtu d'une tunique de pourpre et de la chlamyde, il se mit la couronne sur la tête. Puis, il monta à cheval et jeta, à pleines mains, sur son chemin, l'or et l'argent au peuple présent. Et, de ce jour, il fut proclamé consul
ou auguste. Sorti de Tours, il vint à Paris el y établit ge du royaunn Ce mélange d'idées romaines et chrétiennes marque la
nature du pouvoir qui s'établit à Paris et s'affirme, à ce dernier point de vue, dès le début, par la construction, au sommet de la Montagne-Sainte-Geneviève, de l'église des Saints- Vpôtres, due à Clovis et à sa femme, Clotilde. Ias reliques de sainte Geneviève qu'on y transféra, dans le cours du VIe siècle, la tirent débaptiser. Sur la même rive et sur un monticule sis dans la plaine marécageuse de l'ouest, l'un des fils de Clovis, Childebcrt, que foire île Tours qualifie de roi des Parisiens, fonda, en l'honneur de saint \ 'incent. une basilique 4111 reçut, vers
la fin de ce siècle, les restes de saint Germain, évêque <\r r.iri^, et devint Saint-Germain-des-Prés. \ une plus grande distance «le la ville, un autre évêque de Paris, antérieur à ce dernier, saint Marcel, reposait, au \ r' siècle,
dans nu village <iui en tira SOU nom et OÙ s'était groupée
la première communauté chrétienne de Paris. I.a rive droite a bénéficié elle aussi, dès le même siècle, de ce mouvement religieux; au delà de la zone marécageuse, une basilique dédiée à saint Laurent et un monastère se sont établi^ du côté de l'église actuelle de ce nom, près
re de l'Est, tandis qu'au bord de- la Seine Ks
saints Gervaiî issont honorés, sous la forme d'une
autre basilique, sur un monticule déjà habité à la basse époque gallo-romaine.
{lise intervient ici à l'étal de cellule organique pour Paris : les reliques qu'elle abrite, l'idée de protection qui s'attache à elle, en ces siècles de foi naïve,
amènent à se fixer dans son voisinais I >> S l entres d'habi-
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tations se formeront petit à petit autour des édifices religieux, puis se développeront et finiront enfin par se rejoindre ou par rejoindre d'autres groupements ayant une origine différente : l'ensemble constituera notre Paris. Outre l'église, l'exploitation rurale est à citer à cet égard. Le sol du Paris actuel était, au début du moyen âge, formé en majeure partie d'espaces incultes et de marécages. La mise en culture agricole ou viticole de ces terrains fut un premier acheminement vers la transformation urbaine : elle entraîna çà et là un certain peuplement rural, origine de villages entrés depuis dans la composition de Paris. Ajoutons, comme autre élément formateur, le commerce, qu'il se rattache à un port ou à un marché, sans oublier non plus la forteresse dont le rôle protecteur est susceptible, en ces temps troublés, de déterminer des gens à s'établir autour d'elle.
Faire l'histoire de Paris au moyen âge, c'est, avant tout, suivre l'action des divers éléments formateurs de la ville, au premier rang desquels il faut placer l'église. Ce sont des églises qui forment, peut-on dire, l'ossature de la ville. Saint-Laurent, Saint-Martin-des-Champs (Conservatoire des Arts et Métiers), bâti sur une élévation du sol, Saint-Merry, sur la rive droite, et Saint- Julien, Saint- Séverin, Saint-Etienne-des-Grez (vers la Faculté de droit), vSain te- Geneviève, sur la rive gauche, jalonnent l'axe nord-sud de formation naturelle, l'ancienne voie romaine des rues Saint-Martin et Saint-Jacques. Dans l'île de la Cité, entre le palais royal à l'ouest et, à l'est, l'église de Notre-Dame accompagnée du palais de l'évêque,du cloître canonial et de l'hôpital des pauvres, s'intercale toute une série d'églises. Sur la rive droite, d'autres encore, Saint-
I 'l FORMATION ET ÉVOLUTION DE PARIS
Gervais, à l'est, au bord d'une voie romaine parallèle à la Seine, et Saint-Germain-le-Rond ou l'Auxerrois, à l'ouest, eette dernière en face de Saint-Germain-des-1'ré. sur la rive gauche, semblent marquer des points extrêmes le long du fleuve. De fait, un chemin, la rue de Saintnain, vient de Saint-Germain-l'Auxerrois s'adapter à la voie romaine de Saint-Gervais.
Sur la même rive, la grande abbaye de Saint-Denis amène l'établissement du chemin de Saint-Denis ou rue Saint-Denis, parallèle à la rue Saint-Martin et lié au déplacement du Grand-Pont ou pont du grand bras de la Seine. Ce pont, en effet, nous apparaît, au IXe siècle, non plus à l'endroit de notre pont Notre-Dame, mais à celui de notre Pont-au-Change; il a une largeur de 6 mètres environ. Le Grand et le Petit-Pont (ou pont du petit bras) aboutissent à une tour, à chacune de leurs deux extrémités. Les pins importantes de ces quatre tours sont celles qui se dressent sur les rives droite et gauche du fleuve, et la première d'entre elles l'emporte sur la seconde: elle sert à former ce que l'on dénomme la Porte de Paris, ou la Porte tout court, c'est-à-dire la principale porte de la ville. Telle est l'origine de ce qu'on a appelé L Grand Châielei (petit château), par opposition au Petit Châielei situé au débouché du l'etit-Pont sur la rive gauche. Des églises : Saint-Magloire (du côté <\c notre église Saint-Leu, sur le boulevard de Sébastopol), Sainte-Opportune (un peu au sud), sont construites le long du chemin de Saint-Denis. Ce chemin vient doubler celui de Saint-Martin qui forme, avec la rue Saint- Jacques sur la rive gauche, et avec le chemin de Saint- Gerniain-l'Auxerrois et de Saint-Gervais, sur la rive
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droite, un croisement de lignes auquel s'attachera effectivement, à dater du xive siècle, la dénomination de Croisée de Paris.
Le développement de Paris au cours des âges, dans le double sens nord-sud et est-ouest, s'est modelé sur la Croisée.
Le commerce joue, dès ces temps reculés, son rôle d'élément formateur pour Paris. Il se rattache principalement aux établissements religieux et à la grande voie commerciale qu'est la Seine. Un marché comme celui créé, au commencement du vne siècle, par Dagobert, au profit de l'abbaye de Saint-Denis et qui se tenait à Paris, entre les églises Saint-Laurent et Saint-Martin, n'a pas manqué de contribuer au développement de la ville. C'était là un vaste marché international. Quant à la Seine, dont le grand bras, le long de l'île de la Cité, bordait la rive droite et qui portait sur cette rive la force de son courant, elle attirait, en quelque sorte, de ce côté, les bateaux qui trouvaient dans les échancrures produites ainsi par le travail des eaux, un abri naturel. Le Grand-Pont, confinant à la Porte de Paris et où nous savons que se trouvaient, à l'époque carolingienne, des mesures à l'usage des commerçants, paraît être alors le centre de ce commerce fluvial.
Si l'on veut essayer de se rendre compte du pouvoir qui règne en ce temps à Paris, on observera qu'il est surtout religieux. L'évêque, en particulier, est un puissant personnage. Le pouvoir civil est représenté par le comte de Paris, dont le dernier se rencontre sous Hugues Capet. Aux comtes ont succédé les vicomtes de Paris. Cependant, les invasions des Normands sont venues, par
la Seine, au ixc' siècle et ont entravé le développement <1l- l'aria. A plusieurs reprises, ces pirates ravagèrent la ville. Mais des travaux de défense comportant le relèvement du rempart autour de l'île de la Cité et visant particulièrement le Grand-Pont permirent aux Parisiens, sous la conduite de leur évêque Gozlin et du comte de Paris Eudes, de résister victorieusement aux Normands, lors du long siège de 885-886. Le souverain, l'empereur Charles le Gros, n'arriva devant la ville que pour traiter avec les pirates.
L'un des épisodes [es plus dramatiques de ce siège se rapporte à la défense 'lu Petit-Pont. Nous en empruntons le récit à un témoin, Abbon, moine de Saint-Germain-des-Prés.
Le 6 février 886, le Petit-Pont, qui était de l>"is, s'écroule à la suite d'une inondation, A ce- pont était jointe, sur la rive gauche, une tour
tenaient des défenseurs que l'accident axait coupés de leurs communications avec la ville. Les Normands se hâtent d'en profiter : ils viennent investir la tour, qui n'était défendue que par douze lu dont Abbon nous a bissé les noms, Le combat se livre sons les yeux • 1 • - Parisiens, qui y assistent impuissants du haut du rempart : parmi
■ dateurs figure Abbon. [«es pirates lancent contre la tour un chariot plein de matières enflammées et, comme elle est de bois, le feu fait de rapides progrès [«es défenseurs, craignant d'abord pour les tançons
de chasse qu'ils ont avec eux, coupent les liens retenant ces oiseaux qui S'envolent; puis, ils songent à éteindre l'incendie, mais ils sont pi
de récipients d'eau : ils ne possèdent qu'une bouteille qui tombe même il uns les flammes. l.es voila réduits a < vacuer la tour en feu : ils sortent et disputent pied a pied l'espace qui les sépare «les ruines du pont contre lesquelles ils s'adossent face a l'ennemi et combattant. Enfin,
épuisés par la lutte, ils se rendent, dans l'espoir de se racheter par une
rançon, car ils sont tous ^. quénce. il n'en fut rien : immé-
diatement, les Normands Us mirent à mort, non san-> que l'un des prisonniers, du nom d'iavec,- ait vendu chèrement sa \ i< Un autre
; échappé et avait gagné Paris A la térent
rps dan- la Seine, puis rasèrent la tour.
des païens , comme s'exprime, à propos des Normands, mu- pièce du début du x° siècle, si elle a
dorté à la prospérité de Paris un coup des plus sensibles,
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a mis, par contre, par le glorieux siège de 885-886, la ville en vedette. De même qu'à la basse époque galloromaine, Paris s'affirme, avec sa situation insulaire et son rempart relevé, comme une ville militaire qui commande une double ligne de communication : ouest-est par la Seine et nord-sud par le chemin de Senlis à Orléans. De fait, en 97S, lorsque l'empereur d'Allemagne Otton envahit la France avec une puissante armée, il marche sur Paris et établit son camp tout proche de la ville. Son dessein était d'emporter cette position afin de gagner, de là, la Loire. Mais il dut y renoncer et battre en retraite vers la Lorraine, poursuivi par l'armée du roi de France, Lothaire.