LES PREMIERS CAPÉTIENS
les nobles et gens d'église, de cultivateurs et de vignerons ainsi que de gens de métier et de négoce. Il ne faut pas oublier de faire, parmi les gens d'église, une place à part aux étudiants groupés dans les écoles de Notre-Dame ou de telle abbaye comme celle de Saint- Victor : il en vient, pour s'instruire à Paris, de divers pays, à ce point qu'un écrivain de la seconde moitié du xne siècle signale à Paris, avec une évidente exagération du reste, « un tel concours, une telle abondance de clercs (comprenez gens d'étude) que le nombre tend à en surpasser celui des laïques ». Nous nous trouvons ici en présence d'un élément formateur qui, quoique d'un caractère très différent de ceux examinés plus haut, a agi pour Paris au même titre qu'eux : c'est l'élément intellectuel ou de civilisation. Paris est, dès le xiie siècle, un centre de civilisation. Un auteur de cette époque y relève déjà, comme une caractéristique, la joie de vivre, le charme de l'existence. C'est là un facteur moral qui a sa part d'action dans le développement d'une ville telle que Paris.
La population parisienne a les liens que procurent la seigneurie, la paroisse qui constitue la plus ancienne division connue de la ville, la classe sociale, la corporation pour les gens de métier, le quartier même. La classe la plus misérable est celle des serfs qui sont à l'entière discrétion du seigneur. Cependant, au xne siècle, la ser. vitude s'est assez généralement adoucie et les hôtes, sorte de fermiers, à demi libres, se rencontrent très nombreux dans les limites du Paris actuel. C'est même à un groupement de gens de cette classe que se rattache, sous Louis VI, l'institution du premier centre de franchises connu dans ces limites (terre des Mureaux, près de l'église Notre-
Dame-des-Champs). Pans la seconde moitié du xue siècle, un nouveau progrès est réalise avec le bourg libre : vers t 1 7. .. l'abbé de Saint-Germain-des-Prés donne « la liberté au bourg de Saint-Germain et à ceux qui y vivent . ce qui signifie que les bourgeois ou habitants de ce bourg voient les tailles, corvées et certaines antres redevances remplacées, pour eux, par un cens annuel fixe à payer à l'abbaye, par feu OU ménage.
Mais, à côté «le bourgeois tels que ceux de Saint-Germain-des-Prés, il y avait, à Taris, des bourgeois du roi, dont il est l'ait mention, pour la première fois, à la date de 1134 et qui étaient essentiellement des hommes de métier on de négoce. Les gens exerçant le même métier OU des métiers similaires se groupaient autrefois en corporation et étaient primitivement fixés dans la même partie de la ville. La corporation avait pour objet la protection du métier. Les pins anciennes traces de corporations parisiennes qu'il soit possible de relever sont du m1' siècle au moins et se rapportent aux bouchers, qui régnaient en quelque sorte près du Châtelet, et aux crieurs de vins dont l'importance de Paris comme centre viticole justifie l'existence. Ajoutons-y l'association des marchands de Paris par eau, qui remonte à la même é] h >que et jouit d'un privilège considérable : seuls ses membres ou les marchands qui se sont associés à eux peuvent transporter des marchandises entre le Grand- Pont de Paris et le pont de Mantes. Il n'est fait exception qu'en faveur d'une association rivale : celle des marchands de Rouen par eau. qui sont autorisés à faire remonter la Seine à leurs bateaux vides jusqu'au Ru-du- 1 pour, «le là, après les avoir chargés de marchandises,