III. NÉVRALGIES FACIALES D'ORIGINE CENTRALE
§ 1. Névralgies faciales hystériques.
U est entendu que l’hystérie peut simuler toutes les maladies organiques, ét elle ne manque point à cette règle en ce qui concerne la névralgie faciale.
1° Dans la première forme il s’agit d’accès névralgiques intermittents paroxystiques qui constituent de véritables équivalents cliniques de l’attaque convulsive. Ils ont été étudiés par Gillesdela Tourette, qui leur a assignés les caractères suivants : existence d’une aura précédant l’attaque, longue durée des paroxysmes (plusieurs heures), leur terminaison fréquente par une crise convulsive, leur fréquence relativement mi-
nime(l). Le diagnostic en est relativement facile par l’existence d’autres symptômes hystériques coïncidant ou alternant avec les paroxysmes névralgiques. Cette forme paraît du reste rare.
2° Nous avons rapporté deux observations de névralgies faciales de nature hystérique., constituant non pas un symptôme paroxystique, mais un symptôme continu accidentellement greffé sur un fonds hystérique, à la manière d’un syndrôme pseudo-méningitique ou d’une paralysie permanente (1). Ce sont donc, si l’on veut, des pseudo-névralgies faciles à différencier des névralgies organiques par les signes suivants :
(o) Au point de vue topographique, elles affectent des zônes plus vastes et plus mal délimitées que les névralgies ordinaires.
(b) Au point de vue de l’examen objectif de la face, elles paraissent indépendantes des excitations extérieures.
(c) Leur évolution, comme leur naissance et leur disparition, sont très sensiblement influencées par des causes morales.
(d) Elles s’accompagnent de stigmates hystériques ou se montrent sur un terrain franchement hystérique. Nous avons montré d’autre part qu’en pareil cas l’injection de cocaïne loco dolente pouvait amener la guérison définitive. Ces pseudo-névralgies faciales sont intéressantes à connaître, mais elles n’offrent qu’une importance pratique assez minime parce qu’elles se voient rarement et que leur pronostic est toujours favorable.
S 4. Névralgies faciales épileptiques.
De même que l’hystérie, mais aussi rarement, plus encore peut-être, le mal comitial peut se traduire par des paroxsmes à forme de névralgie faciale, représentant une des modalités du petit mal. Le fait en lui-même ne paraît pas contestable, mais il convient de bien s’entendre sur la valeur du terme épileptique appliqué à une névralgie faciale. En effet, le qua-
(1) Gilles de la. Tourette. Note sur quelques paroxysmes hystériques peu connus. Attaques à forme de névralgie faciale. Progrès médical, 1891, n" 31.
(1) Verger. Reçue de Médecine, 1904, loc. citât.
lilicatif épileptiforme donné par Trousseau à la variété de névralgie qui a été étudiée au chapitre précédent peut donner lieu à une confusion regrettable. On a vu que cette variété de névralgie n’avait rien à voir avec le mal comitial à aucun point de vue, et que l’épithète épileptiforme méritait seulement d’être conservée parce qu’elle rendait de façon saisissante le caractère paroxystique de la malad'e. Celte démonstration est à la vérité postérieure à Trousseau, mais celui-ci, tout en pensant à une origine épileptique possible, avait fait cependant de prudentes réserves que l’avenir a parfaitement justifiées. Quelques auteurs ont rapporté depuis lors des observations dans lesquelles des accès paroxystiques de tic douloureux paraissaient constituer des manifestations comitiales, en raison de leur apparition chez des malades présentant par ailleurs des manifestations convulsives typiques alternant avec ces paroxysmes névralgiques, et de la disparition simultanée des deux ordres de crises par un traitement bromuré intensif. Ce sont Ch. Féré (1) et Forni (2). On voit dans leurs observations que les accès paroxystiques se présentent avec les mêmes caractères que ceux de la névralgie faciale essentielle : douleurs subites en a coups de fusil », irradiation dans toute la moi:ié de la face, mouvements spasmodiques, influence de la mastication et des efforts, tout s’y retrouve. Le malade de Féré présentait en outre, pendant le paroxjsme, des phénomènes vaso-moteurs curieux, consistant dans l’apparition sur la moitié douloureuse du visage d’une multitude de petits points rouges, qui s’étendaient ensuite jusqu’à se confondre en une rougeur uniforme. Il n’est donc pas possible de trouver un élément de diagnostic dans les caractères du paroxysme lui-même : c’est surtout dans les caractères extrinsèques qu’on trouvera l’indication nécessaire. L’hérédité n’a plus en matière comitiale l’importance qu’on lui attribuait il y a seulement quelques années. Cependant, quand elle est positive, comme pour le sujet de Féré dont la mère était elle-même épileptique, on conçoit qu’il faille en tenir grand compte. A côté de ce premier caractère, Trousseau demandait comme second crité-
(1) Féré. Névralgie épileptiforme de lu face. — Revue de Médecine ,
(2) Forni. Tic douloureux de la faee chez des épileptiques. — Bull, del. policl. yen. di Torino. Mars, avril 1898. — Revue Neuroloniaue , 1898, p. 650.
rium de la nature épileptique l’obnubilation intellectuelle post paroxystique, qui ne saurait avoir une valeur probanle. C’est surtout l’alternance des paroxysmes névralgiques avec des crises convulsives typiques qui pourra donner l’éveil, conduire à la thérapeutique appropriée, c’est-à-dire au traitement par le bromure de potassium.