‹ Formes cliniques et diagnostic des névralgiesChapitre 20 sur 28 · II. NÉVRALGIES THORACIQUES D’ORIGINE RADICULO-GANGLIONNAIRE · texte numérisé non relu

II. NÉVRALGIES THORACIQUES D’ORIGINE RADICULO-GANGLIONNAIRE

Cette variété n’est pas habituellement décrite par les classiques avec les névralgies intercostales proprement dites. Ce sont, en effet, des névralgies symptomatiques des compressions radiculaires qui se voient surtout comme conséquence de la pachyméningite, du mal de Pott ou des lésions osseuses du cancer du rachis; exceptionnellement, elles traduisent l’existence d’une tumeur méningée localisée. Dans tous les cas, on conçoit qu’à une certaine période de l’affection, les compressions radiculaires soient seules en cause, à l’exclusion des symptômes d’ordre médullaire, et au point de vue purement clinique, c’est bien seulement à une névralgie thoracique que le médecin se trouve avoir affaire.

§ 1. Névralgies zostériennes.

Le zona intercostal chez les personnes âgées laisse très fréquemment après lui des névralgies particulièrement rebelles, qui se confondent symptomatiquement, à quelques détails près, avec les précédentes et qui reconnaissent une pathogénie sinon identique, du moins très voisine. L’origine ganglionnaire de ces éruptions zostériennes et des névralgies consécutives a été, en effet, amplement démontrée anatomique-

ment par les recherches de Head et Campbell (1) et, plus près de nous, par Dejerine et Thomas (2) qui ont trouvé et décrit des altérations de nature vraisemblablement infectieuse portant sur la racine postérieure et le ganglion rachidien.

D’autre part, il est admis que les éruptions zostériennes ne suivent pas le trajet des nerfs intercostaux, mais affectent au contraire une topographie nettement radiculaire. Enfin, Brissaud et Sicard (1), Abadie (2), Brandeis (3) et bien d’autres depuis, ont trouvé dans l’herpes poster de la lymphocytose du liquide céphalo-rachidien. Tous ces éléments, joints à l’importance clinique considérable de la névralgie post zostérienne, autorisent à la prendre comme type des névralgies d’origine radiculo-ganglionnaire. Les éléments du diagnostic sont les suivants :

A. Les caractères intrinsèques de la douleur. Elle est plus violente que dans aucune autre espèce de névralgie intercostale et peut se comparer par là aux douleurs de la névralgie épileptiforme. Continue avec des exacerbations, elle est diurne et nocturne.

Topographiquement, elle ne siège pas exactement sur le trajet des nerfs intercostaux, mais affecte des zones allongées suivant le trajet d’une ou plusieurs bandes radiculaires, zones qui correspondent aux traces de l’éruption zostérienne.

B. La douleur n’est pas augmentée par la pression, elle est exagérée par les efforts, la toux et les mouvements respiratoires.

C. L’existence de troubles objectifs de la sensibilité cutanée consistant dans une hypoesthésie ou une anesthésie complète des zones douloureuses, réalisant le type de ce que M. le professeur Pitres a appelé les « anesthésies paradoxales ».

D. L’inefficacité de la cocaïne loco-dolente.

Les névralgies par compression radiculaire du maldePott, des tumeursdu rachis et des méninges, sont très tenaces et peuvent durer fort longtemps. Cependant, on les voit cesser

(1) Head et Campbell. Brain, 1900, p. 353.

(2) Dejerine et Thomas. Société de Neurologie de Paris, 11 avril 1905. Reçue Neurologique, 1907, p. 469.

(1) Brissaud et Sicard. Société médicale des hôpitaux de Paris, 21 mars 1901.

(2) Abadie. Société de médecine de Bordeaux, 5 décembre 1902.

(3) Brandeis. Réunion biologique de Bordeaux, 12 avril 1901.

quand la destruction radiculaire est complète. Les névralgies post-zostériennes ont un pronostic variable suivant l’àge des sujets; généralement courtes chez des sujets jeunes, elles deviennent, chez les vieillards, terriblement longues et paraissent, dans quelques cas, n’avoir aucune tendance à la guérison spontanée. La thérapeutique locale n’a aucune prise sur elles. La thérapeutique chirurgicale essayée par Chavannaz, qui pratiqua la section des racines postérieures en cause dans les gouttières costales, c’est-à-dire au-dessous du ganglion, n’a donné qu’un résultat négatif (1).

Les deux seuls procédés satisfaisants sont le traitement opiacé intensif, suivant la méthode de Trousseau, et la ponction lombaire simple, dont Abadie a obtenu d’excellents résultats (loc. cit.).

S 2. Névralgies essentielles

Cette dénomination s’applique à une catégorie de faits encore mal connus, qui sont, dans une certaine mesure, comparables à la névralgie épileptiforme de la face et qui paraissent rares.

Boutin, dans sa thèse, rapporte deux observations de névralgies intercostales tenaces et violentes, à douleurs paroystiques intermittentes non influencées par les excitations extérieures, sans douleur provoquée aux points de Valleix et ne s’accompagnant d’aucun trouble objectif de la sensibilité cutanée. L’elTet négatif des injections de cocaïne ioco dolentv et la constatation d’une lymphocytose légère autorisent à assigner à ces deux cas une origine centrale et à les appeler, par analogie, névralgies thoraciques essentielles.

Page 1