III. NÉVRALGIES DES NÉVROSES
Boutin en signale deux variétés : d’une part des fausses névralgies hystériques caractérisées par une douleur continue, à localisation variable, s’accompagnant le plus souvent d’anesthésie cutanée, et, d’autre parties douleurs vagues des
(1) Chavannaz. Société de médeciue de Bordeaux, 4 mai 1906. Bulletin, p. 310.
neurasthéniques, douleurs sans siège ni caractère précis pouvant être continues ou, au contraire, prendre le caractère des douleurs d habitude de Brissaud, qui apparaissent seulement à certains moments sous l'influence d’une cause toujours la même. Nous les signalons seulement pour mettre en garde contre la confusion possible avec les névralgies de cause organique.
NEVRALGIES SCIATIQUES
De toutes les douleurs névralgiques du membre inférieur celles qui ont leur siège dans la zone d’innervation du nerf sciatique, sont de beaucoup les plus fréquentes. La névralgie du crural est fort rare au dire des auteurs classiques. La névralgie du fémoro-cutané revêt le plus souvent la forme spéciale décrite par Roth, sous le nom de méralgie paresthésique, forme qui ne paraît pas avoir d’analogues dans la pathologie des autres nerfs, et cette dernière maladie est également rare. D’un autre côté, l’intérêt pratique capital qui s’attache aux névralgies du sciatique, l’assimilation qu’on peut établir entre leurs différentes formes cliniques et celles que nous avons déjà étudiées dans les autres névralgies, nous autorise à borner aux seules névralgies sciatiques notre étude des névralgies des membres inférieurs.
On décrit classiquement à l’heure actuelle,, quatre formes cliniques principales de la sciatique, ce sont :
1° La sciatique névralgie, dont la description reste la même depuis Valleix, dans laquelle la douleur suivant le trajet du nerf, les points douloureux de Valleix, le signe de Lasègue, restent les principaux, sinon les seuls symptômes à l’exclusion des troubles trophiques et moteurs, et sans qu’il y ait une altération quelconque.de la sensibilité objective de la peau ;
2° La sciatique névrite de Landouzy (1), forme plus grave qui se caractérise cliniquement par l’existence de troubles trophiques divers, dans lesquels l'atrophie musculaire occupe le premier plan et qui correspond anatomiquement à des lésions névritiques ;
3° La Sciatique spasmodique de Brissaud (2), dans laquelle il existe, outre la douleur avec son siège caractéristi-
(1) Landouzy. De la sciatique et de l'atrophie musculaire qui peut la compliquer. Archives générales de medecine, 1875.
(2) Brissaud. Des scolioses dans les névralgies sciatiques. Archives de neurologie , 1890.
Dupont. Sciatique spasmodique. Th. de Paris, 1894-95.
que du clonus du pied, de l'exagération des reflexes tendineux et de la contracture musculaire, affectant principalement les muscles de la hanche, et d’autre part, de la scoliose homologue ;
4° La sciatique radiculaire due à des lésions des racines postérieures sacrées, dont la description est relativemen récente, puisqu’elle a été décrite pour la première fois en 1904, par deux élèves du professeur Landouzy, Lortat-Jacob et Sabareanu (1). Leur étude a été reprise depuis par Gavazenni et dans la thèse de Régis Berthéol (2).
Cette variété se caractérise cliniquement par l’existence de zones anesthésiques ou hypoesthésiques, correspondant topographiquement aux bandes de distribution des racines postérieures sacrées. D’après Déjerine et Sicard (3), l’exacerbation de la douleur névralgique par la toux constituerait un bon signe de l’origine radiculaire.
La description de la sciatique radiculaire a introduit dans l’étude des sciatiques une notion féconde, et déjà il semble que la nouvelle espèce tarde à absorber un certain nombre des cas jusqu’ici considérés comme des sciatiques vulgaires.
La question des formes cliniques de la sciatique, n’est cependant point encore résolue d’une façon complète, puisqu’une seule espèce pathogénique se trouve nettement dégagée après les recherches de Lortat Jacob et Sabaréanu. Aussi, avions-nous conseillé à un des élèves de M. Pitres, M. Estivals, d’essayer l’application des idées du professeur Pitres à la classification clinique des névralgies sciatiques et cette étude, faite presque entièrement à l'aide d’observations nouvelles, nous a permis, d’une part, d’étudier attentivement la valeur de certains signes nouveaux et, d’autre part, d’établir dans leurs grandes lignes, les types cliniques correspondant aux divisions pathogéniques ; névralgies de cause extra-fasciculaires ou fasciculaires, formant le groupe des névralgies d’origine périphériques et névralgies de causes radiculomédullaire (4).
(1) Lortat-Jacob et Sabareanu. Sciatique radiculaire unilatérale. Presse médicale, 5 octobre 1904. — Les sciatiques radiculaires, Revue de médecine, 10 novembre 1905.
(2) Régis Bertheol. La sciatique radiculaire , Th. de Paris. 1906.
(3) Déjerine, Sicard, Société de Neurologie de Paris, 8 juin 1905, R N. 1905, p. 643.
(4) Estivals. Recherches sur les formes cliniques de la sciatique. Th. de Bordeaux, mars 1908.
Ce sont les conclusions de ce travail que nous allons exposer.
Auparavant, nous devons signaler que, contrairement à ce qui a été fait pour les névralgies faciales et intercostales, nous n’avons pas eu recours à l’épreuve de la cocaïne. En effet, dans ce cas particulier, cette épreuve est d’un emploi difficile ; d’un côté, quand il s’agit de lésions provocatrices extra-fasciculaires, elles sont trop étendues pour subir efficacement l’influence du médicament, ou même impossibles à atteindre quand elles sont intra-pelviennes, ce qui est le cas le plus fréquent ; d’un autre côté, l’exploration du tronc nerveux lui-même, par suite de sa situation profonde, risque d’amener trop fréquemment des erreurs d’interprétation ; enfin, l’injection intra-rachidienne de cocaïne ou de stovaïne, outre qu’elle est impossible à pratiquer chez les malades non hospitalisés, présente un certain nombre d’inconvénients, voire de dangers, suffisants pour rejeter son emploi quand il s’agit simplement d’investigations scientifiques. Nous avons donc dû nous borner au seul examen clinique ordinaire en nous référant, pour l’origine radiculaire, principalement, à la topographie des troubles de la sensibilité cutanée.