I. NÉVRALGIES SCIATIQUES D’ORIGINE PÉRIPHÉRIQUE
Quand on examine attentivement les cas qui présentent, complet ou incomplet, le syndrome de la douleur siégeant sur le trajet du nerf sciatique, on est amené à considérer d’une part ceux dans lesquels la cause découverte par l’examen clinique, parait siéger en dehors du tronc nerveux, mais dans le territoire d’innervation du sciatique, c’est-à-dire dans lesquels l’action irritante se fait sentir seulement sur un certain nombre de filets terminaux, d’autre part, ceux dans lesquels il existe une cause organique irritant le tronc nerveux luimême, ou ses branches d’origine extra-rachidiennes, soit par compression (causes extra-tronculaires), soit par lésion de ce tronc lui-même (causes intra-tronculaires). Par là, nous avons considéré des sciatiques de cause extra fasciculaire et des sciatiques de cause fasciculaire. Mais il nous reste un certain nombre de cas, les plus nombreux, qui correspondent aussi fidèlement à la névralgie sciatique classique, et que nous serons conduits, comme on le verra, à rattacher aux
sciatiques de cause périphérique, encore que leur déterminisme pathogénique nous reste inconnu, simplement par l’analogie que nous présente leur symptomatologie avec celle des cas précédents où le siège de la cause algésiogène peut être déterminé d’une façon certaine.
§ 1. Sciatiques d’origine extra-fasciculaires
En nous référant à la classification générale des névralgies de M. le professeur Pitres, nous devons placer dans ce paragraphe, les observations où la douleur dans la zone d’innervation du sciatique, reconnaît une cause morbide qui n’affecte pas le tronc nerveux lui-même, ni ses branches d’origine dans le plexus sacré, ni les racines postérieures correspondantes, mais qui a son siège anatomique dans une des parties qui reçoivent du sciatique lui-même ou des grosses branches du plexus, leurs filets nerveux, et est par conséquent susceptible d’irriter ces filets terminaux. Ces faits existent à n’en pas douter. Ils sont même fort nombreux et se présentent avec l’aspect clinique suivant : Un malade vient se plaindre de souffrir d’une façon à peu près continue, dans une région qui correspond au territoire du sciatique, soit la partie inférieure de la fesse, la partie postérieure de la cuisse et le creux poplité. Souvent, la douleur ne va pas plus, loin ; dans quelques cas cependant, elle irradie jusque dans le mollet. Il n’y a pas d’élancements, ni de paroxysmes spontanés ; la toux, les efforts, les pressions exercées sur la zone douloureuse restent sans effet. Par contre, la marche exagère nettement la douleur; elle est de ce fait grandement gênée et les malades tirent la jambe. Si on recherche les signes les plus habituels de la sciatique classique, on ne les retrouve pas : pas de douleur à la pression des points indiqués par Valleix, pasde signe de Lasègue ni de Bonnet, pas d’abolition du reflexe achilléen. Un examen complet des articulations et des os du bassin, examen qui doit comprendre l’épreuve radiographique, montrera souvent, soit une périostite localisée de l’ischion comme dans une observation de M. Estivals, soit un léger degré d’arthrite coxo fémorale. M. le professeur Bergonié nous affirmait que cette dernière lésion est des plus fréquentes chez les malades qui sont envoyés à l’électrothéraphie avec le diagnostic de sciatique.
L’examen peut alors montrer un peu de raideur par contracture des muscles péri-articulaires, ou de la douleur à la pression des os.
Beaucoup d’auteurs se basant sur l’existence constatée d’une aflection organique n’affectant pas directement le nerf, d’une part, et d’aiilre part, sur l’absence de certains signes habituels de la sciatique, tels que les points douloureux de Valleix et le signe de Lasègue, n’hésitent pas à rejeter, de propos délibéré, les cas de ce genre du cadre de la névralgie sciatique, pour les appeler des pseudo-sciatiques. Nous ne saurions nous rangera cette opinion. S’il est juste d’appeler pseudosciatiques, avec Schreiber (1), avec Pitres et Vaillard (2), les affections douloureuses qui ont leur siège dans les ligaments, dans les muscles et simulent de plus ou moins loin la sciatique, on ne saurait appliquer le même raisonnement aux cas où il existe une douleur fixe irradiée dans le territoire d’un nerf qui présente par conséquent le seul caractère distinctif de la douleur névralgique. L’absence de points de Valleix et du signe de Lasègue; ne saurait être invoquée, puisque nous verrons ces deux signes manquer dans pas mal de névralgies radiculaires. Enfin, il faudrait, si l’on admettait la manière de voir des auteurs, éliminer par analogie du cadre des névralgies, les névralgies dentaires aiguës et la plupart des névralgies intercostales. Puisqu’aussi bien toute la présente étude nous conduit à la conception de la névralgie syndrome, nous sommes autorisés à appeler névralgies sciatiques, les douleurs irradiées dans la zone du sciatique, dont la cause ne peut être découverte que par un examen approfondi, alors même que les symptômes objectifs classiques manquent, ou sont peu marqués. Au demeurant, la question de dénomination est de peu d’importance en pratique. Fausse sciatique ou sciatique d’origine extra-fasciculaire, le syndrome n’en existe pas moins et il a la même importance comme symptôme avertisseur que la névragie spéciale de la carie dentaire, ou la névralgie thoracique des tuberculeux. .
Sa description ne détruit pas l’œuvre de Cotugno (3) qui, le premier, en 1764, séparait la sciatique des affections articu-
(1) Schreibek. W iener med. Wochensch. 1894, p. 1164 et 1205.
(2) Pitres et Vaillari’. Maladies des nerjs périphériques. Art. sciatique , in Traité de médecine de Brouardel, Gilbert et Girode, tome X, Paris 1902.
(3) Cotlono. Comrncntarius de Ischiade nercosa. Xapoli, 1764.
1 aires, elle la complète plutôt en montrant que Yischias arthriticn. ne reste pas toujours localisée à l'articulation coxo fémorale, et qu’elle peut prendre dans quelques cas le masque de Yischias neroosa.
§ 2. Sciatiques fasciculaires.
Il s’agit maintenant d’une variété pathogénique admise par tous les auteurs, la seule même, qui dans la conception classique, mériterait le nom de sciatique. On peut y distinguer deux classes : l’une qui comprend les sciatiques de cause extrinsèque, dites quelquefois sciatiques organiques, dans lesquelles on trouve à l’examen une lésion extérieure au tronc nerveux ou aux branches du plexus sacré et agissant par compression, l’autre qui comprend les sciatiques qu’on pourrait dire essentielles, où la lésion anatomique, plus souvent présumée que constatée, affecte le nerf lui-même.