B. SCIATIQUE DE CAUSE TRONCULAIRE
Les cas qui rentrent dans ce groupe composent, au premier abord, un ensemble assez hétérogène. On y trouve, en effet, tout ce que les auteurs classiques décrivent comme les sciatiques vraies dont l’étiologie apparait fort disparate, sciatiques diathèsiques dont le type est la sciatique des diabétiques, sciatiques toxi-infectieuses, comme la sciatique blennorrhagique, et cette variété, si commune de sciatique aiguë, qui est dite rhumatismale sans autre preuve de son origine que sa curabilité facile par le salicylate de soude.
Le tableau clinique que présentent tous ces cas nous offre des caractères quasi identiques à ceux que nous venons de voir dans la forme précédente, dont l’origine fascieulaire ne saurait faire aucun doute. Nous sommes donc,de ce chef,auto-
risés à les classer, au moins provisoirement, dans la même catégorie. D’un autre côté, si dans ces sciatiques d’origine toxique ou infectieuse il en est un certain nombre qui constituent des névralgies pures, en ce sens que la douleur en constitue le principal, sinon le seul symptôme, il en est d’autres où l’apparition de phénomènes objectifs consistant principalement dans la diminution de volume des masses musculaires avec modifications des réactions électriques autorise à incriminer des lésions dégénératives du nerf lui-même. Mais entre ces deux formes qui correspondent aux sciatiques bénignes et aux sciatiques graves de Lasègue, comme aussi à la sciatique névralgie et à la sciatique névrite de Landouzy, il existe tous les intermédiaires. On peut donc penser qu’il s’agit, dans tous les cas, d’une lésion du nerf lui-même, lésion peu intense et rapidement curable, limitée peut-être à de la congestion comme le pensait Cotugno, ou à une inflammation du périnèvre suivant la théorie de Minervini et Mario de Sanctis (1), dans les névralgies simples, lésions interstitielles plus profondes (2), avec atteinte plus ou moins grave des cylindraxes dans les formes rebelles. On peut aussi dire, avec Pitres et Vaillard (Loc. citât.), qu’il n’y a peut-être pas, entre ces deux types différence de nature, mais simplement de degré. Nos recherches personnelles nous montrent qu’il n’y a qu’un seul type clinique,comme on va le voir, et c’est surtout sur cette considération que nous devons nous baser devant l’indigence des documents anatomo-cliniques.
Quénu a décrit une sciatique variqueuse, dans laquelle la cause algésiogène réside dans la dilatation des vœnœ nervorum (3). Cette variété étiologique ne parait pas constituer une forme clinique spéciale, étant donné que si elle ne se montre que chez les malades porteurs de varices du membre inférieur, elle est loin d’exister chez tous les variqueux. Il n’y a donc aucune raison de la décrire à part.
Quoiqu’il en soit, le type de la sciatique d’origine tronculaire, présente les caractéristiques cliniques suivantes :
1° La douleur spontanée est à la fois continue et paroxystique. La douleur continue qui consiste surtout en sensations
(1) Gazetta degli Ospedali, 14 avril 1907.
(2) Thomas. Société de neurologie de Paris, 12 janvier 1905.
(3) Quénu. Sciatique des variqueux, Gazette des hôpitaux , 1892, p. 4S7.
de fourmillement ou de crampes, peut cesser ou s’atténuer considérablement par le repos ; elle est entrecoupée par des élancements paroxystiques qui le plus souvent suivent de haut en bas le trajet du sciatique, partant de la fesse pour irradier dans la partie postérieure de la cuisse, dans le mollet, même dans le pied et l’extrémité des orteils. Ces paroxysmes sont rarement spontanés et n’éclatent le plus souvent qu’à l’occasion des mouvements. La nuit les changements de position dans le lit réveillent les malades par la douleur aiguë qu’ils provoquent.
2° Les efforts de défécation, la toux et l’éternuement provoquent des paroxysmes.
3° La station debout et la marche sont considérablement gênées. Dans la station debout les malades prennent une altitude hanchée dans laquelle la colonne vertébrale est déviée du côlé sain, en sorte que le malade essaie instinctivement de faire porter tout le poids du corps sur le membre inférieur du côlé sain, déchargeant d’autant le membre malade. C’est la scoliose croisée. La marche se fait dans cette attitude, le pied du côlé malade n’étant posé à terre que lentement, avec précautions, et le membre malade fléchissant en partie sous l’effort, produisant ainsi une boiterie douloureuse caractéristique. Ces malades couchés sur le dos, se relèvent suivant le mode décrit par Minor, qui est en quelque manière caractéristique.
4° La douleur est exacerbée nettement par la manœuvre de Laségue et celle de Bonnet ; les points de Valleix et le trajet du sciatique à la partie postérieure de la cuisse sont très douloureux à la pression.
Ce sont là les signes capitaux de la sciatique de cause fasciculaire. Quand ils existent seuls et quand ils ont débuté brusquement, ils caractérisent la forme névralgique pure, le plus souvent rhumatismale, facilement améliorée par le salicy la te de soude et qui a un pronostic favorable. Les autres signes qui traduisent une atteinte plus profonde du nerf, sont :
1° L'atrophie musculaire, qui peut présenter tous les degrés, depuis l’émaciation simple des masses musculaires, qui n'apparait nettement que par la comparaison des deux membres inférieurs et ne s’accompagne pas de modifications électriques, jusqu’à l’atrophie musculaire manifeste, avec diminution quantitative de l’excitabilité électrique ou même réaction de dégénérescence, et s’accompagnant d’une diminution nette de la force musculaire.
2° Les troubles trophiques des ongles, les troubles vasomoteurs delà peau, se traduisant par un refroidissement du membre, qui sont l’apanage des sciatiques anciennes et graves.
3° Les troubles de la sensibilité objective cutanée affectant principalement la forme de plaques irrégulières d’hypoeslhésie à la partie postérieure de la cuisse et à la partie externe du mollet.
4° Les modifications des réflexes tendineux qui sont diminués ou même aboiis, principalement le réflexe achilléen.
Ces divers signes caractérisent la sciatique névrite, qui comporte un pronostic grave non pas tant par l’intensité des douleurs que par la très longue durée de l’affection. Un examen attentif montrera presque toujours comme élément étiologique, soit une intoxication chronique, comme l’alcoolisme, soit une maladie arthritique, goutte ou diabète, soit une infection, blennorhagie, grippe ou tuberculose.
La sciatique diabétique partage avec les autres névralgies du diabète, ce caractère important d’èlre bi latérale. Elle n’est souvent qu’un épisode du pseudo tabes diabétique.
Enfin, dans les infections chroniques, principalement dans la tuberculose, l’existence d’autres névralgies précédant, accompagnant ou suivant la sciatique, est de règle.