‹ Formes et essence du socialismeChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

avec le matérialisme ; et beaucoup de gens, qui se disaient matérialistes, ont tourné le tlos à ces doctrines justement pour combattre le socialisme (1). — Mais, que la volonté de l'homme soit libre ou qu'elle ne le soit pas, qu'elle se détermine ou qu'elle soit déterminée, que le devoir soit un principe inné ou seulement une donnée empirique, un calcul d'utilité, etc. — ce sont là des questions auxquelles le socialisme demeure étranger : ainsi qu'il demeure étranger à la question de la^ population, à la question des causes de la criminalité et à tant d'autres questions controversées, avec lesquelles on lui a prêté une affinité imaginaire.

Le mode de réalisation du socialisme peut être influencé par les vérités que la science, surtout la science de l'organisation sociale, la sociologie, recherche et reconnait. Mais pour le socialisme luimême c'est autre chose : son sort ne dépend pas de celui des différentes théories scientifiques en vogue aujourd'hui. Au contraire, c'est lui qui influence le développement des sciences : les sciences morales et politiques se transforment, ainsi quel'avoueL.Say,» sous les yeux du socialisme ))(2;.

Le socialisme a été accusé, tantôt de sacrifier l'individu à la société (Spencer), tantôt au contraire de sacrifier la société à l'individu (Schaeffle). Ce dernier écrivain a voulu prouver que le socia-

(1) Léon Sav, Contre le socialisine. Paris, 1896 p. 128p. 138.

(2) Loc. cit. p. 77.

lismc et rindividualisme sont des fils jumeaux du libéralisme (1). Il est plus vrai de dire avec Huxley que, de même que Hobbes et Locke, en partant tous les deux d'une légère divergence, dans l'interprétation d'un hypothétique contrat social originaire, dont pci*sonne n'a vu le parchemin, en arrivèrent à préconiser l'un l'absolutisme, l'autre la démocratie ; de même les socialistés, suivant les traces de ces philosophes et de leurs continuateurs, se sont divisés en deux camps : les autoritaires et les libertaires (2). ^

L'erreur donc (si erreur il y a) n'est pas particulière aux socialistes ; mais elle provient des écrivains politiques, qui faisaient dériver les rapports des hommes, les principes de justice, de certaines idées abstraites, telles que la volonté divine, le juste milieu, l'essence générale de l'homme, la liberté, l'égalité. C'était la méthode apriorislique. Une fois le principe posé, on en déduisait, de conséquence en conséquence, telle ou telle autre organisation sociale, suivant le goût, le tempérament ou le caprice de Técrivain. Les partisans du régime absolu arrivaient aisément à la justification de ce régime; les libéraux concluaient àlasou-

(1) Schacftîe, Die Aufsichts losigkeit der social démo- Ixvatie, Tûbingen 1885 8 et ss. et p. 47. Mackenzie, Introduction lo social Philosophy p. 250. Robert Flint, Socialism, London 1894 p. 97. Catlirein, Le socialisme, etc.

(2) Huxley, On governement, vol. I i\cs Essat/s j)ubliés par Macmillan Londres.

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