OBSERVATION XXV
A 7 heures du matin, le vendredi.9 août, un médecir était appelé chez la sœur de la malade précédente, Ma- dame J..., âgée de 49 ans; elle s’était aperçue en essayant de boire de bon matin, une tasse de thé, qu’elle était incapable d’avaler.
Examinée une demi heure plus tard (elle habitait ailleurs mais les 2 sœurs avaient dîné ensemble chez Mme J.. plusieurs jours avant).
Elle présentait des signes similaires. Il y avait du ptosis des paupières mais moins marqué que dans ie premier cas; les mouvements des yeux étaient presque absolument absents; le palais immobile; la parole absolument incohérente et avaler lui était impossible.
Il y avait en plus des difficultés marquées de la respiration. La malade se plaignait de douleurs dans la région précordiale. Elle semblait beaucoup plus malade que le cas n° 1. Elle fut transportée dans la même clinique mais mourut à 10 heures du matin avant que l’on ne puisse faire aucun traitement.
Il n’est pas douteux que le fils de la précédente âgé de 20 ans ,;qui mourut après une maladie qui dura moins de 48 heures, a succombé de la même affection. Il avait partagé la même nourriture, le 2 ou 3 août, tomba strieusement malade le 4 août et mourut la nuit même.
Nous ne pouvons mieux terminer cette série d’observations mortelles de Botulisme que par l'étude clinique de VAN ERMENGHEM qui, le premier, isola le botulisme, du ‘groupe des intoxications alimentaires, description clinique à faquelle, de nos jours, il n’y à que peu à ajouter.
ÉTUDE CLINIQUE DES ACCIDENTS D'ELLEZELLES ET RAPPORT DE CES ACCIDENTS AVEC LE BOTULISME Vers la fin de l’année dernière (14 décembre: 1895), une étrange maladie éclatait dans un village du Haiïnaut, à ELLEZELLES, parmi les membres d’une société de musique qui avait participé à un repas de funéfailles. 1553 ° Atteints presque tous à des degrés divers, ils présentaient des troubles visuels : ptosis, mydriase, diplépie, paralysie de l’accommodation, accompagnés de faiblesse musculaire générale, de sècheresse et de rougeur des muqueuses bucco-pharvngées, de dysphagie, de constipation, etc, qui durèrent plusieurs semaines, Trois malades succombèrent au bout de quelques jours ; une dizaine au inoins se trouvèrent en danger de mort.
SYMPTOMATOLOGIE GÉNÉRALE DES ACCIDENTS D'ELLEZELLES
Les personnes décédées et celles qui ont été gravement malades, avaient mangé environ 200 grammes de jambon suspect, plutôt des parties musculaires que du lard.
Elles ont été prises des premiers symptômes assez tardivement, vingt à vingt-quatre heures, et même quelques unes trente huit heures seulement après le repas.
Trois malades de cette catégorie, cependant, se, sont sentis dérangés plus tôt ; presqu’au sortir de table,
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ils ont eu des symptômes d’indigestion : nausées, vomissements, coliques.
La plupart ont ressenti, le lendemain ou le surlendemain, des douleurs épigastriques, puis ont eu des vomissements abondants, d’abord alimentaires, ensuite bilieux et renfermant parfois les matières noirâtres, gluantes. : |
Ils n’ont pas présenté de selles diarrhéiques ; au contraire, une constipation opiniâtre s’est établie chez eux d'emblée .et a nécessité, par la suite, l'usage d’énergiques purgatifs pour la combattre.
Les premières selles spontanées ou provoquées étaient généralement noires, gluantes.
Deux malades, sérieusement atteints, ont eu, tou-
tefois, plusieurs évacuations liquides dans les deux
premiers jours.
A mesure que les symptômes gastriques s'accusaient trente six à quarante heures après l’ingestion du jambon, des troubles de la vue ont fait apparition. Les malades se plaignaient de voir trouble, comme au travers d’un brouillard ; bientôt ils ne purent plus reconnaître les personnes de leur entourage et les objets rapprochés leur paraissaient absolument indistincts. En même temps, il existait chez presque tous une diplopie binoculaire plus ou moins prononcée.
A côté de ces troubles, il y avait, en outre, de la dilatation des pupilles très considérable le plus souvent, avec inactivité complète des muscles iriens aux excitations lumineuses ; une chute plus ou moins
complète des paupières et une fixité singulière du regard, due à l’immobilité des globes oculaires.
Enfin, dans deux ou trois cas, les yeux étaient larmoyants, brillants et les conjonctives injectées.
Les malades souffraient d’une soif ardente et d’une sensation de constriction, d’étranglement à la gorge. Des difficultés de déglutition, parfois excessives, rendaient l’ingestion des liquides et surtout des solides très laborieuse, même totalement impossible, en provoquant à la moindre tentative, des accès de suffocation menaçants.
Les muqueuses du nez, de la cavité buccale et du, pharynx étaient très rouges et leurs sécrétions profondément modifiées. La plupart des malades, gravement atteints ont été fort incommodés par des mucocités grisâtres, épaisses qui s’accumulaient dans l’arrière-gorge et amenaient des crises de toux et de dyspnée des plus pénibles. Ils n'avaient ni trève, ni repos, avant qu’on ne les eut enlevées avec un pinceau. Chez d’autres, les sécrétions salivaires paraissaient complètement taries, les muqueuses étaient sèches et luisantes.
La voix était généralement sourde et parfois l’aphonie complète, l’élocution souvent embarrassée, hésitante : « Le malade parle comme si sa langue était à demi paralysée ». Les sens du goût et de l’ouie étaient obtus où même abolis. Quelques malades eurent des accès de toux rauque, croupale.
Acuité visuelle normale, champ visuel normal, il n'y a ni rétrécissement, ni scotome, ni hémianopsie. ’as de dyschromatopsie ; à l’ophtalmoscope, pas de lésions de neuro-rétinite.
SCMES
Malgré cette situation grave, les fonctions circulatoires et respiratoires ne parurent guère altérées. Le pouls n’a pas dépassé 90, la température ne s’est pas élevée au-dessus de la normale, la respiration est restée calme.
Dans les cas mortels, seulement, il y eut des troubles graves de l’innervation cardiaque, des phénomènes bulbaires : tendance à la syncope, accès de dyspnée, faiblesse et irrégularité du pouls, etc, qui ont précédé la mort de quelques heures.
Les fonctions intellectuelles, de: même que la sensibilité générales, sont restées intactes ; elles n’ont été atteintes à aucun moment, Un état soporeux ou un peu de délire a été constaté aux dernières phases de la maladie chez ceux qui ont succombé. Bon nombre ont eu de l’insomnie rebelle dans les premiers jours.
Enfin, il n’est pas survenu de troubles prononcés de la motricité des membres, ni du tronc, pas d’atrophie d’aucun groupe musculaire, ni de paralysie propre: ment dite des muscles locomoteurs ; mais tous les malades gravement atteints, se sont plaints d’une fatigue extrême survenant après quelques mouvements, d’une parésie musculaire générale se traduisant par un état de faiblesse très prononcée ; la perte de leur force a été telle que la plupart ont gardé le lit des semaines durant.
Trois cas se sont donc terminé par la mort en 4 ou 5 jours. Un tiers des membres de la Société de musique a échappé à tout accident.