DEBUT
Habituellement les premiers troubles sont d'ordre digestif et ce fait à une grande valeur différentiel e pour éliminer certains syndromes paralytiques qui pourraient être confondus avec le botulisme : troubles digestifs d'apparence banale, peu intenses : nausées, vomissements alimentaires et bilieux, douleurs épigastriques et abdominales à type de coliques, tantôt coliques intenses sans diarrhée, tantôt au contraire dans quelques cas avec diarrhée mais toujours peu abondante et transitoire et ordinairement, dès cette phase, s’installe la constipation qui prendra par la suite une grande signification.
Dans quelques cas, tes troubles peuvent prendre une allure particulièrement aiguë, telles les trois premières observations de la thèse de Virroz.
Les vomissements répétés, les douleurs intenses paroxystiques au niveau de la région épigastrique et de l'abdomen peuvent en imposer pour une affection chirurgicale.
Le tableau dramatique qui ouvre la scène dans les formes très graves et rapidement mortelles est vraisemblablement conditionnée par une atteinte directe
Fe bee.
du tractus digestif ; il correspond à des lésions des tuniques gastriques et intestinales qui ont été retrouvées par la plupart des auteurs.
Nous avons vu que ces signes digestifs de début répondaient pour beaucoup à des associations microbiennes. :
Ce mode de début habituel n’est pas constant ; c’est ainsi que la maladie peut débuter par des troubles visuels —— diplopie en particulier, sans troubles digestifs, comme la plupart des observations de l’épidémie de Loc MAREE, la 2 et la 17° observation de la thèse de VITroZ,
— par de la sécheresse de la bouche : observation de CIAISSE,
— par de la dysphagie,
— par de la faiblesse, de l'asthénie, des étourdissements, des vertiges.
Mais ce qu'il faut bien noter, c’est l’absence totale de signes généraux ; en effet le pouls et la température sont toujours absolument normaux.
SYMPTOMATOLOGIE
Rapidement dans les formes mortelles apparaît une altération profonde de l’état général avec abattement, aboutissant à une véritable sidération de l’organisme, l’asthénie aboutit à une prostration profonde, le malade est insomnique, son visage est pâle, sa tension artérielle souvent basse.
L'atteinte oculaire est la plus précoce et se traduit par des paralysies bilatérales ; il est rare en effet qu'un œil soit plus atteint que l’autre.
Dans les formes mortelles, ces paralysies sont multiples et affectent à la fois la musculature intrinsèque et extrinsèque de l'œil.
C’est souvent en premier lieu la paralysie des muscles ciliaires avec perte de la syncinésie pupillaire à la vision rapprochée. Cette paralysie rend impossible la vision de près : le malade ne peut lire un texte qu'en l’éloignant à une certaine distance de ses yeux, sa vue est trouble. À noter que cette paralysie semble -porter à la fois sur laccommodation pour la vision proche et pour la vision éloignée. Elle est accusée plus précocement chez les malades jeunes.
À cette paralysie, succède celle du muscle irien,
entraînant une mydriase considérable et perte de réflexe photomoteur. Dañs certains cas, il peut y avoir une légère inégalité pupillaire. Le malade est très gêné par la lumière, et cette photophobie due à la dilatation permanente des pupilles persiste aussi longtemps qu’elles ne sont pas recouvertes par le ptosis de la paupière supérieure.
Cette paralysie du muscle irien est déjà un signe
. de botulisme: sérieux. :
Paralysie de l’accommodation et mydriase doivent être attribuées à la paralysie des fibres parasympathiques des nerfs moteurs oculaires.
Les paralysies gagnent rapidement la musculature extrinsèque de l’œil, débordant sur les muscles innervés par la IIle paire entrainant un ptosis bilatéral.
Les troïs signes oculaires principaux : paralysie de l’accommodation, mydriase, ptôsis peuvent apparaître simultanément dans les formes mortelles ; 1ls représentent néanmoins autant d'étapes successives qui correspondent aux divers degrés de l’intoxication.
Nous n’avons pas observé de cas où le ptosis ait existé en l’absence de paralysie de l’accommodation et de mydriase.
Le Ptosis correspond presque toujours à une forme sévère sinon mortelle,
Il ne manque qu’exceptionnellement dans les formes mortelles que nous avoris pu réunir.
Les autres paralysies oculaires que l’on peut observer ont au point de vue de la gravité de l'atteinte, la même signification que le ptosis.
Elles se traduisent par du sfrabisme interne ou externe avec diplopie ; dans nombre d'observations, la mobilité des globes oculaires a complètement disparu, les yeux sont figés ; l’ophtalmoplégie est totale.
On a pu observer plus rarement des lésions du nerf optique, entraînant de l’amblyopie telle celle de notre observation n° Il.
Ch. MoreL et R. DE SAINT-MARTIN ont signalé, dans une forme qui a d’ailleurs guéri, un rétrécissement extrême du champ visuel.
L'examen du fond d'œil se révèle le plus souvent normal, cependant GUTMANN a trouvé dans un cas autour de la papille, la rétine grisâtre et les vaisseaux gorgés et sinueux.
Mais ces lésions décrites anciennement par MOREL, DE SAINT-MARTIN et GUTMANN n’ont pas été retrouvées depuis.
Les paralysies oculaires ont donc, du fait de leur précocité, de leur particularité une grande valeur aussi bien diagnostique que pronostique et l’on a pu dire que l’évolution pourrait être prévue à peu de chose près par l'intensité de l’ophtamoplégie.
Il est en effet rare d'observer des paralysies graves sur d’autres appareils en l’absence de signes oculaires importants.
Ces signes oculaires peuvent exceptionnellement être au second plan, et c’est alors à leur recherche que l’on doit s'attacher pour faire dans les cas difficiles un diagnostic précoce.