‹ Formes Mortelles du BotulismeChapitre 5 sur 49 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Le 12 juillet 1944, Mme Mach.…., âgée de 63 ans, est hospitalisée salle Saint-Denis, à l’Hôtel-Dieu, pour une intoxication alimentaire aigué.

Les troubles digestifs ont débuté le 10 juillet, après le repas du soir : vomissements abondants alimentaires, puis bilieux, qui se répètent au cours de la nuit, violentes brûlures épigastriques, soif intense qu’elle ne peut satisfaire en raison d’une intolérance gastrique absolue. Il n’y a ni diarrhée,ni évacuation de selle normale, ni émission d'urine. L’insomnie est complète,

Le 11 juillet au matin, elle essaie de se lever mais se sent harassée et ne peut tenir debout. Sa vue est trouble et elle voit deux objets au lieu d’un. Les troubles digestifs persistent : intolérance gastrique et brûlures épigastriques, soif intense avec sècheresse de la bouche, mais Sans dysphagie. La malade prend le soir un lavement qui ramène des matières normales et déclanche une émission d'urine.

Toute la journée, les troubles de la vue persistent, l’asthénie est intense et dans la soirée, la malade ressent des fourmillements aux mains et aux pieds, la température est à 37°3, la malade s’assoupit deux heures : durant la nuit,

Le 12 juillet, la malade est hospitalisée sur le conseil de son médecin traitant, le Docteur G. MILET.

Elle repose immobile dans son lit, les yeux clos, le visage vultucux.

Prostrée, incapable de tout effort, elle se plaint d’une

Te.

lassitude extrême, de soif vive, de sècheresse de la bouche, de douleurs épigastriques et de nausées.

La langue est sèche, brunâtre, la muqueuse buccopharyngée est rougeâtre, sèche, d'aspect dépoli, le voile du palais se contracte et le réflexe nauséeux persiste, la déglutition n’est pas troublée, il n’y a pas de dysphagie.

L'examen oculaire met en évidence un ptosis bilatéral, les pupilles moyennement dilatées sont immobiles ; absence du relexe photomoteur et de la syncinésie pupillaire à la vision es Impossibilité de la convergence.

Diplopie homonyme relevant d’une parésie du muscle droit externe du côté droit. La conservation de l’accommodation ne peut être précisée. Fond d’œil normal, sensibilité cornéenne normale.

L'examen neurologique est entièrement négatif, 'l n'existe pas en particulier d’atteinte des nerfs craniens, les réflexes cutanés et tendineux sont normaux, mais il existe une rétention d'urine, l'intelligence est normale.

Le pouls régulier, bien frappé, bat à 72, la T.A. est à 14-8,5, les bruits du cœur sont normaux, le rythme respiratoire est de 22, l’auscultation pulmonaire ne relève aucune anomalie. Les urines peu abondantes (500 cm3) recueillies par sondage ne contiennent ni sucre, ni albu-

mine, ni pigments bilaires, l’azotémie est de 0.70. La

température à 37°5.

Un électro-cardiogramme est pratiqué le 12 juillet : il ne montre que des anomalies légères :

En DI, le segment S T nait au-dessous de la ligne isoélectrique et a un trajet oblique presque rectiligne. . En D2, Q est faiblement négatif avec un segment S T initial au-dessous de la ligne isoélectrique. :

En D3, S T curviligne, T à peine ébauché et négatif.

ut | 4e

- En outre, il existe entre T et P une ondulation positive de faible amplitude en D2 et surtout en D3.

Le diagnostic rendu évident par la nature des accidents est confirmé par l’enquête: étiologique. La malade a consommé le 10 juillet, à midi, un confit d’oie, sans le faire réchauffer. Elle avait consommé une partie de ce confit huit jours auparavant, mais après l'avoir fait cuire un quart d’heure et n’avait nullement été incommodée. L’inocuité du confit chauffé contrastant avec la nocivité du confit tel quel, est très en faveur d’une ‘intoxication botulinique.

Ce confit avait été préparé par la malade elle-même par cuisson pendant 2 heures et conservé sous graisse dans une boîte en aluminium. L’oie provenait de Segré (Maine-et-Loire), elle avait été expédiée morte et le voyage avait duré quatre jours par temps assez chaud. Ce sont là des conditions éminemment favorables.à l’autolyse des tissus et au développement du bacille botulique.

L'examen de la graisse d’oie que contenait le récipient, montrait au microscope de nombreuses spores ovalaires dont la nature botulinique était possible.

L'identification du germe a été faite par M. le Professeur LEGROUX, de l’Institut Pasteur, que nous remercions de son extrême obligeance.

Dès le 12 juillet après-midi, la malade recoit 1 cm3 d'anatoxine botulique et 60 cm3 de sérum botulique intra-museulaire, 1 centigramme de strychnine, 1 gramme de vitamine B1 et 1 litre de sérum glucose intrarectal, ainsi que des injections sous-cutanées toutes les trois heures de solucamphre,

Le 13 juillet : apparition de dysphagie, mais les réflexes nauséeux et velo-palatins persistent, La malade

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