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CHAPITRE PREMIER

Les rhumatismes aigus et la grippe

©” Le rhumatisme articulaire aigu, les pseudo-rhumatismes infectieux et la grippe dans ses formes douloureuses présentent quelques points communs qui pourraient, dans certains cas, faire hésiter le diagnostic. Mais ils possèdent aussi chacun une symptomatologie propre qu'il comporte de bien se rappeler avant de discuter une forme clinique mixte et mal définie comme celle dont nous entreprenons l'étude.

Le rhumatisme articulaire aigu franc a une physionomie bien spéciale et bien connue. L'attaque est précédée de quelques jours ou de quelques semaines par un état de malaise, avec courbature, coryza, bronchite légère, fièvre même, C'est là un état en tout comparable à la fièvre catarrhale ou grippe (Homolle). Deux ou trois jours avant l'apparition de douleurs articulaires, survient une angine, presque constante (Lasègue, de Saint-Germain). Enfin les articulations se prennent les unes après les autres : ce sont surtout les grosses jointures du membre inférieur, et moins souvent celles du membre supérieur, moins souvent encore les articulations petites et serrées (pied, main, rachis).

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On y constate une douleur intense, exaspérée par le moindre mouvement ou contact, de la rougeur, de la chaleur, et de la tuméfaction. La fièvre est constante mais variable : elle est en rapport avec le nombre et l'intensité des fluxions articulaires (Slokes), el cesse avec ces dernières sauf le cas de complications viscérales Parmi celles-ci le rhumatisme cardiaque tient le premier rang. Il est la règle dans le rhumatisme aigu poly-articulaire; fébrile, et l'exception dans les formes légères, partielles, apyrétiques, (lois de Bouillaud), sauf pourtant chez les enfants où les formes les plus bénignes du rhumatisme peuvent provoquer une endocardite où une péricardile. Chez l'adulte, le rhumatisme aigu, partiel apyrétique de Bouillaud comprend la plupart des cas que nous étudions aujourd’hui sous le nom de rhumatisme infectieux ou toxique.

Les pseudo-rhumatismes infectieux sont des déterminations articulaires, polymorphes qui peuvent accompagner toute infection sanguine de quelque durée. Fréquents au cours de certaines maladies (blennorragie, pyohémie), ils sont, au contraire, rares dans d’autres cas, en particulier dans la grippe, et, lorsqu'il n'existe pas chez les malades une prédisposilion articulaire marquée, il devient difficile de comprendre pourquoi ces dernières infections provoquent chez eux du pseudo-rhumatisme.

Suivant la nature de l'agent infectieux, les pseudo-rhumatismes paraissent affecter l'une des trois formes, arthralgique, séreuse ou purulente. Dans.la syphilis secondaire, la tuberculose aiguë, les oreillons, la dengue, les fièvres éruptives et la grippe on rencontre les formes arthralgi-

que ou séreuse.

io —

Moins généralisés que le rhumatisme articulaire aigu, ils se localisent d habitude à une ou deux jointures, et tendent à y occasionner des lésions tenaces, profondes, ankylosantes. Mais il en existe des formes atténuées. Leur diagnostic est facile dès que l’on a reconnu la maladie qu'ils viennent compliquer.

Quant aux rhumalismes toxiques (plomb, intoxications alimentaires ou sériques, urémie, grossesse, etc.) ce sont en général des arthralgies bénignes dont la cause est aisée à découvrir.

La pathogénie des pseudo-rhumatismes infectieux et celle du rhumatisme franc sont des questions fort complexes et encore très discutées. Parfois on retrouve dans les jointures l'agent spécifique de la maladie causale (blennoragie, pyohémie). Mais en général on est en droit de supposer que l’arthrite est déterminée par la réaction de la séreuse articulaire aux toxines diverses : il n'existe guère d'autre explicalion des pseudo-rhumatismes toxiques.

La grippe est peut-être l'une des maladies infectieuses qui prend le plus d'aspects différents. Malgré cela elle possède une symptomatologie assez nette, et surtout un mode de début caractéristique. Elle se manifeste par l’apparition soudaine de symptômes douloureux (céphalalgie spéciale sus et rétro-orbilaire, rachialgie, vagues douleurs dans les membres et les jointures), accompagnés d’un état de faiblesse profond, de prostration et d'inquiétude. Un ou deux jours après se montrent les signes de

la période d'état, coryza, embarras gastrique, bron-

chite, etc., et la maladie évolue suivant l’une de ses nom-

breuses formes. Mais le tableau du début, absolument typique, est pour ainsi dire constant et constitue l’un des meilleurs éléments de diagnostic.

Les symptômes de la période d’état sont multiples et divers. En dehors des trois grandes formes de la grippe (thoracique, gastro-intestinale, nerveuse), on en compte une infinité d'autres, et le très grand nombre des complications possibles fait encore varier davantage l’aspect de la maladie. Signalons seulement ici certaines formes apyrétiques ou à peu près, et dans lesquelles l'élément douloureux prédomine et persiste sous forme d'« algies grippales » (Huchard) pendant toute la durée de l'affection. Le malade souffre de névralgies diverses, d’endolorissement général, de céphalalgie fronto-pariétale, de douleurs fugaces ou fixes, et d'intensité variable, dans les membres, les masses musculaires, les lombes, sur le trajet des nerfs périphériques, de la colonne vertébrale, enfin dans les articulations. Ces formes peu fébriles et très douloureuses sont à rapprocher de celles que nous allons étudier, mais où l’élément douloureux parait se localiser au système articulaire.

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