‹ Formes Rhumatismales De La GrippeChapitre 6 sur 14 · B. — PSEUDO-RHUMATISME POST-GRIPPAL · texte numérisé non relu

B. — PSEUDO-RHUMATISME POST-GRIPPAL

Nous allons, dans ce paragraphe, passer en revue quelques faits de pseudo-rhumatisme survenant dans le cours ou le déclin de la grippe, ou même quelque temps après la guérison de cette dernière maladie. Il nous suffira de résumer ces diverses observations pour bien montrer la chronologie des incidents,

OBSERVATION r (Ollivier, de Rouen, 1890.)

Un homme de quarante ans, bonne santé habituelle, n'ayant eu en fait de rhumatisme que quelques vagues douleurs musculaires, est pris de grippe fin décembre 1889. Quelques jours après le début dela maladie, apparition de légères douleurs dans toutes les jointures, mais surtout dans les genoux. Le soir même les genoux deviennent très douloureux et tuméfiés. Le malade est complètement immobilisé pendant quinze jours. Fièvre pendant les premiers iours seulement. Le 10 février, raideur

persistante dans les genoux et marche difficile,

OBSERVATION 2 (Ollivier)

Femme de cinquante et un ans, n'ayant Jamais eu de rhumatisme dans ses antécédents personnels ou familiaux. Le 15 décembre 1889 grippe avec frisson, céphalée, courbature, nausées. Six à sept jours après, vive douleur de la main et du pied gauches avec gonflement. Le 5 janvier les’articulations des doigts (main gauche) et le cou-de-pied gauche sont rouges, enflés ettoujours très douloureux. Rien ailleurs. Température 38°4 descendant à 37°5 le 8 janvier. Traitement : salicylate de soude 3 grammes. Le 16 janvier le pied est guéri, la main amé-

liorée, 20 janvier, guérison complète, reprise du travail.

OBSERVATION 3 (Ollivier)

Homme de vingt-six ans ; Jamais de rhumatisme antérieur.

RUE dore.

Le 25 décembre 1889, est pris de grippe (frissons, nausées, céphalée, courbature, toux) durant jusqu’au 10 janvier. Le 25 janvier douleur dans le genou droit,le 23 douleur très vive.Température 38.8 tombantle lendemain à 37°8 et ne s’élevant plus. Le 24 janvier gonflement du genou avec rougeur, chaleur ; douleur spontanée et à la pression. Rien aux autres articulations. Traitement : sangsues, cataplasmes. 28 janvier, diminu-

tion des symptômes : 10 février, encore un peu de raideur.

! OBSERVATION 4 (Ollivier)

Homme de vingt-sept ans. Pas de rhumatisme dans les antécédents. Le 13 janvier, grippe avec courbature lombaire. Température 4o degrés. Le 20 3705. Sort guéri le 20.

Le 6 février douleur avec gonflement mais sans rougeur, envahissant successivement la main gauche, (poignet et doigts) le coude et l'épaule gauche, puis l'épaule droite. Le 12 février température 38°4. 13 février, température 3702. Souflle léger à la pointe. 14 février, douleur sans gonflement dans les deux genoux. Température 384. Traitement : Sulfate de quinine. Le 16 février amélioration. Température 37 degrés. Le 17 février quelques douleurs persistent encore mais le malade a pu

se lever.

OBSERVATION 5 (Fortin cité par Ollivier)

Homme de quarante et un ans sans rhumatisme antérieur a eu une grippe suivie de douleurs et de gonflement des mains,

coudes, épaules, pieds et du genou gauche.

Dans les observations 1 el 2, le pseudo-rhumatisme appa-

raît au cours de la grippe dans les observations 3, 4 et 5.

OBSERVATION 6 (Gingeot cité par Bonnelière)

Homme de vingt-six ans. Son père est rhumatisant. Il a eu lui-même quelques douleurs musculaires il y a six mois.

Le 24 avril 1893, fatigue, céphalée, vertiges, syncopes ; le lendemain syncopes répétées et sueurs-froides. Température, 3908 ; pouls arythmique et lent, albuminurie. Amélioration le 29 avril. Température 37°5. Mais le re mai rechute. Température 39 degrés. Le cœur fléchit, souffle à la pointe. Du 4 au to mai douleurs articulaires envahissant successivement les deux genoux, le poignet, le coude et l'épaule du côté droit.

La fièvre cesse à partir du 7 mai, Amélioration graduelle et guérison le 18 mai.

Ici le pseudo-rhumatisme poly-articulaire apparaît après dix jours de grippe grave, très nette, avec signes nerveux et cardiaques des plus accusés.

Voici maintenant cinq observations typiques de Weber dans lesquelles les phénomènes articulaires apparaissent régulière

ment après quelques jours de grippe.

OBSERVATION > (G. Weber, 1895)

Homme de vingt-cinq ans, sans rhumatisme antérieur. 8 q

Grippe, coryza, angine, trachéo-bronchite dans les derniers

jours de janvier. Le 2 février rhumatisme des deux genoux

et articulations tibio-tarsiennes.

OBSERVATION 8 (Weber)

Homme, trente-deux ans, rhumatisme il y a dix-sept ans. Après huit jours de coryza, rhumatisme portant sur les genoux

et articulations tibio-tarsiennes.

OBSERVATION 9 (Weber)

Femme, vingt-huit ans. Coryza puis angine suivie de rhumatisme portant sur toutes les grosses jointures des membres

supérieur et inférieur. Durée’totale : 2 mois.

OBSER VATION 10 (Weber)

Femme, vingt-deux ans. Après cinq jours de coryza avec céphalalgie, trachéo-bronchite, courbature, apparition de rhu-

matisme aux poignet, épaule et genou droits. Durée 3 jours.

OBSERVATION 11 (Weber)

Homme, trente-cinq ans. Il y a sept ans, rhumatisme de l'épaule gauche. En 1889, après influenza, endopéricardite rhumatismale. En février 1893, coryza pendant un mois et après rhumatisme polyarticulaire des cheville, genou et épaule gauches. Endocardite et congestion pulmonaire. En octobre 1893, nouveau coryza suivi de nouveau rhumatisme avec phénomènes cardio-pulmonaires, Août 1894, asystolie avec

œdèmes ; mort en janvier 189b.

Dans cette dernière observation, le sujet était nettement

rhumatisant et les attaques rhumalismales ont amené des complications cardiaques qui, elles-mêmes, ont causé la mort. Ces dernières, nous l'avons vu, sont le fait du rhumatisme franc et sont exceptionnelles au cours du pseudorhumatisme. Il semble donc bien qu'il se soit agi de rhumatisme franc, mais réveillé régulièrement par des phéno-

mènes grippaux ce qui n’en est que plus intéressant.

OBSERVATION :2 (Lemoine cité par Huyghe 1898)

Homme de quarante-deux ans. Ni blennorragie, ni rhumatisme antérieur. Grippe nerveuse le 20 avril, suivie d'amygdalite. Le 26 amélioration. mais l'accablement persiste. Le 27 fluxion articulaire du poignet droit, le 29 du poignet gauche puis des deux chevilles. Les articulations se prennent et se reprennent tour à tour. Température maxima : 38°5 : rougeur et tuméfaction articulaires marquées. Le salicylate de soude n’a aucun effet et le rhumatisme cède à l’antipyrine. Durée

totale : trois semaines

OBSERVATION 13 (Lemoine)

Homme de dix-huit ans. Ni blennorragie, ni rhumatisme antérieur. Grippe de longue durée au début d’avril. Trois jours après la guérison (14 avril), rhumatisme articulaire envahissant les doigts et les poignets des deux côtés, puis la cheville droite, puis les articulations chondro-sternales et vertébrales.Température de 380 5 à 39 degrés. Poignets et chevilles rouges et gonflés, douleur intense, pression intolérable. Traitement : salicylate de

Letailleur 2

soude : 5 grammes. Sans effet. Le 18 avril, angoisse précordiale ; Léger souffle mitral ; quelques intermittences, syncopes. La fluxion apparaît et disparaît successivement dans les mêmes jointures. L'antipyrine réussit mieux que toute autre chose.

Guérison le 3 mai.

OBSERVATION 14 (Lemoine)

Jeune fille de quinze ans. Pas de rhumatisme antérieur. Le 23 mars, grippe banale avec amygdalite trainant jusqu'au 28 avril. L'accablement persiste.

Le 14 avril gonflement et douleur de la cheville droite avec œdème considérable du pied droit et de la jambe ; 16 avril amélioration, mais le genou se prend. Température entre 380 8 et 39.

Le 17 avril, coude Hrais tuméfié et douloureux, l’æœdème envahit l’avant-bras et le bras. Purpura du membre inférieur. Le 18 la fluxion envahit le poignet el les doigts de la main droite, puis le côté droit de la face, enfin la cheuille et le genou gauche. 19 et 20 avril congestion pulmonaire. 22 avril disparition complète des douleurs et des œdèmes.

Huyghe qui cite les trois observations précédentes dit que pendant l'hiver 1898-1899 les cas de rhumatismes postgrippaux furent extrèmement nombreux à Lille et dans la région. Chez huit de ses malades dont six n'avaient jamais eu de rhumalisme antérieur, l’infection grippale fit apparaitre des douleurs rhumatoïdes, peu intenses, il est vrai. Voici Lrois observations à symplômes plus accusés qu'il a

recueillies dans le service du professeur Lemoine.

OBSERVATION 15 (Huyghe)

Jeune fille, dix-neuf, Pas de rhumatisme familial. Après scarlatine à sept ans, légères douleurs rhumatoïdes, En novembre 1897 grippe à forme gastrique (céphalalgie intense, courbature générale, vomissements incoercibles). Après trois à quatre jours accalmie.

Vers le cinquième jour, douleurs dans les deux genoux puis quatre jours après, dans les chevilles, œdème, douleurs vives, marche impossible, guérison après un mois et demi sans

complications cardiaques ni rénales.

OBSERVATION 1:16 (Huyghe)

Femme quarante-trois ans. À dix-huit ans rhumatisme articulaire aigu, puis deux autres accès. Bonne santé de trente à quarante-neuf ans.

Le 6 janvier 1899, grippe bénigne (lassitude, céphalalgie, toux) pendant huit à dix jours.

‘Aussitôt après, douleurs dans les deux genoux et dans l’épaule gauche, peu de tuméfaction articulaire, mais fièvre intense. Le 16 janvier le coude gauche est pris. Température

37 degrés. Au cœur souffle du 1° temps à la pointe.

OBSERVATION 17 (Huyghe)

Femme trente-cinq ans. Père et mère rhumatisants. Pas de

rhumatisme antérieur. En septembre 1898, grippe mal soignée

CHorte (anorexie, vomissements, céphalée, lassitude). Durée quinze jours.

Après quelques jours d’accalmie les deux épaules et les deux coudes se prennent en même temps. Deux jours après ce sont les poignets. Coloration blanc rosé,douleur à la pression. Puis lesarticulations des mains sont envahies progressivement, se gonflent : les mouvements deviennent impossibles, Le rhumatisme dure un mois et laisse après lui un certain degré d’impotence. Ensuite apparaît une névrite périphérique des avant-bras, et une atrophie musculaire très accusée s'étend au tronc et aux mem-

bres supérieurs.

Citons encore deux observations de Pelon (1898) dans lesquelles après trois ou quatre jours de grippe avec céphalée, courbature, fièvre, sont apparues des nodosités d’érythème noueux et des douleurs polyarticulaires avec gonflement dont l’auteur fait du pseudo-rhumatisme infectieux. Le salicylate n'eut qu'un effet douteux.

Voici maintenant deux de nos observations personnel-

les, recueillies au cours de la dernière épidémie.

OBSERVATION 18 (Personnelle I)

Me B.., trente-huit ans. Pas de rhumatisme dans ses antécédents personnels ou héréditaires. À 6 enfants. Le 12 février, grippe (céphalée, anorexie, courbature généralisée). La malade, obligée de soigner ses enfants, grippés aussi, ne se soigne pas et reste debout la plus grande partie du temps. Cependant,

\ A Li ? A peu à peu, les symptômes grippaux tendent à disparaître. Dans

la nuit du 19 au 20 février, elle ressent une douleur violente à

Sat 1r fout.

l'épaule gauche. Le 22 février, l'épaule est toujours douloureuse, mais le poignet gauche et le coude droit sont pris à leur tour. Les articulations sont très douloureuses à la pression et au moindre mouvement spontané ou provoqué, mais il n'y ani | rougeur, ni chaleur, ni tuméfaction. Température 37°5. Traitement : purgatif, salicylale de soude 5 grammes par jour, salicylate de méthyle,

Le 26 février guérison absolue.

OBSERVATION 19 (Personnelle II)

M.T..., vingt ans. Pas de rhumatisme antérieur, pas de blennorragie. Le 5 janvier, courbature généralisée, céphalée ; reste trois jours au lit et reprend son travail le 9.

Le 15 janvier, lemalade ressent de nouveau les mêmes symptômes (courbature, céphalée), mais en outrè il se plaint de douleurs vives du genou droit, des deux coudes, des deux chevilles et de l'épaule droite. Anorexie, état saburral. A l'examen, aucun signe articulaire objectif. Peau moite. Température 38 degrés. Amygdale douloureuse, rouge, déglutition difficile. Traitement : purgation, bromhydrate de quinine 0,60. Salicylate de soude, 6 grammes.

Du 15 au 25 janvier le malade reste immobilisé au lit, mais la fièvre tombe dès le troisième jour, et aucune nouvelle ‘jointure ne se prend. Les douleurs diminuent peu à peu.

Le 25, le malade se lève et sort.

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