ANKYLOSE DES DOIGTS
Dans une observation de Brodhurst, on crut à une ankylosé osseuse; la rectification était impossible, et il fallut faire la ténotomie.
J’ai quelquefois vu, lorsque ces articulations sont restées longtemps dans la flexion, des ostéophytes épiphysaires placés aux points les plus éloignés l’un de l'autre. Dans presque tous les cas, les interventions répétées, les mouvements actifs et passifs sont d’une nécessité absolue.
Dans les cas de redressement des doigts immobilisés en flexion , j’emploie outre le massage un appareil très simple consistant en une planchette percée d’ouvertures rectangulaires par chacune desquelles passe l’anse d’une courroie en caoutchouc; on serre aussi fortement que le malade peut le supporter. L’appareil est appliqué une demi-heure au moins chaque jour. Pendant les premiers instants, la douleur est assez forte, mais avec un peu de bonne volonté le malade finit par bien la supporter.
Tous ceux qui se sont occupés de la thérapeutique des fausses ankylosés, particulièrement Bonnet (1), Brodhurst, Nüssbaum insistent sur la difficulté de traitement de l’articulation coxo-fémorale.
Ankylosé de C articulation coxo-fémorale. —
! La rigidité et la contracture musculaires sont deux facteurs qu’on n’a pas le droit de négliger. Si la cuisse est dans la flexion sur le bassin, ce qui est le plus souvent le cas, la contracture du droit an-
t) llonnct, Thérapeutique des maladies articulaires.
térieur, du psoas ajoute un obstacle sérieux à la rectification, quelquefois plus sérieux même que ceux qui existent du côté de la jointure. La contracture simultanée des abducteurs n'est pas rare non plus. Le malade est couché sur une table convenablement rembourrée, de telle sorte que la jambe la dépasse par son bord externe. Le bassin est solidement fixé par un aide; on saisit alors à pleine main la cuisse au-dessus du genou, et on procède comme pour les autres articulations. Il faut souvent une grande force pour vaincre les résistances; la réaction est faible, à moins qu’on n’ait eu affaire à une contracture très forte du muscle droit antérieur; ne pas s’effrayer des craquements pendant l’opération. La rectification faite avec les précautions que nous avons inpiquées n’expose pas aux fractures.
Il peut exister, en même temps que la flexion, une adduction légère, en général l’extension forcée la fait disparaître; s’il en reste à la fin du traitement, on en a raison par des mouvements appropriés.
Raideur de /’ articulation du genou. — On fait asseoir le malade sur une banquette rembourrée ou un banc convenablement construit et résistant. Supposons qu’il s’agisse de redresser le genou droit, on saisit de la main gauche la cuisse au-dessus du genou , la droite prend la jambe au-dessus de 1 articulation tibio-tarsienne, de manière à ce que le levier soit aussi long que possible; on imprime à la jambe des mouvements successifs pour amener au maximum l’angle qu’elle
RAIDEUR DE l' ARTICULATION DU GENOU 97
forme avec la cuisse. Dans chaque séance on applique ce procédé quatre à cinq fois; à chacune d’elles, on arrive un peu plus loin qu’au paravant. Ici comme pour toute articulation tiaitée, il faut avoir soin de ne pas abandonner le membre aussitôt après la séance et de le maintenir dans le sens de l’extention ou de la flexion pendant un certain temps (une, deux minutes ou plus si le malade le supporte). La manœuvre finie, on ramènera doucement le membre à la situation qu il occupait auparavant; jamais on ne doit le laisser retomber brusquement. En agissant ainsi on épargne une douleur violente et inutile au malade. Quand 1 irritation est considérable, le massage la calme vite; l 'effleurage et les frictions légères donnent les meilleurs résultats, même dans le cas de réaction exagérée.
On fait la flexion forcée lorsque la jambe est immobilisée dans l’extension. Elle est saisie en même temps que la cuisse comme nous l’avons indiqué; le mouvement est provoqué naturellement en sens opposé, et on tâche de rendre plus aigu l’angle que la jambe fait avec la cuisse ; il est rare du reste que l’extension ou la flexion existent seules; le plus souvent l’une emporte sur l’autre.
Chez les personnes robustes et énergiques, on pourrait faire l 'extension et la flexion dans la même séance, surtout si une réaction faible suit chaque tentative. Dans la déformation ou flexion on fait l'extension forcée, dans le cas contraire la flexion ; mais on est parfois obligé de combiner ces deux manœuvres, comme nous le verrons plus loin.
Norstrôm. — Massage.
.le combats d’abord la déformation qui semble la plus prononcée et dont il sera le plus difficile d’avoir raison.
Il est bon d’observer la même règle pour les articulations de la jambe et du pied, du poignet, des doigts et des orteils.
Lorsqu’une déformation par flexion lient à une contraction des muscles de la région postérieure de la cuisse, la manœuvre que je viens de décrire n est plus suffisante ; dans ce cas, si la jambe est fléchie, il faut faire l’ extension forcée sur l'épaule ; ce procédé très énergique est indiqué plus rarement que l'autre. Voici comment je l’applique : supposons que nous ayons affaire à une fausse ankylosé du genou droit avec flexion de la jambe sur la cuisse. Le malade est couché sur un canapé, de manière que la moitié droite du bassin et le membre inférieur correspondant soient un peu plus près du bord ; l’opérateur se place lui-même du côté droit du malade en s’appuyant de son genou fléchi sur le bord du canapé et incliné de telle sorte que la jambe malade repose par sa face postérieure sur son épaule droite ; le membre est saisi au-dessus du genou, avec les deux mains, le chirurgien se relève ensuite lentement, en redressant dans ce mouvement le genou ankylosé ; on répète cette manœuvre quatre à cinq fois par séance.
Il est indispensable d’immobiliser l’autre jambe comme je l’ai dit; sans cette précaution, le malade fait un mouvement de ce côté, le bassin est légèrement déplacé, la fixation de la cuisse n’étant plus complète, on n’obtiendrait qu’une rectification insuffisante à chaque séance.
RYGROMAS
Dans de nombreux cas nous avons pu traiter avec le même succès des raideurs des différentes articulations du pied.
§ 6. — MASSAGE DANS LES IIYGROMAS ET LES AF- FECTIONS DES BOURSES SÉREUSES SOUS-MUSCULAIRES ET SOUS-CUTANÉES.
Hygromas . — Le massage est indiqué dans l'hygroma, au même tilre que dans l’hydartrose chronique.
L’hygroma du genou est une aflection professionnelle, on pourrait presque l’appeler la maladie des raboteurs de 'parquets (1). La plupart des indidus qui en sont atteints ne s’en inquiètent que fard, quand ils sont gênés ; dès qu une interruption de travail devient nécessaire, ils entrent à l’hôpital et sont trailés par les moyens classiques : la compression, les badigeonnages iodés, parfois, l’incision. C’est probablement pour cela que les observations sont si rares.
Les hygromas de la bourse séreuse poplitée sont plus fréquents qu’on ne serait disposé à le croire. Ils sont le plus souvent de nature rhumatismale et compliquent les arthrites du genou. Dans tous les cas que j’ai eu l’occasion de traiter, j’ai obtenu une guérison complète.
Inflammation de la bourse muqueuse sous-delloidienne. — Nous avons vu et traité à plusieurs re-
(1) Yov. Layet. Hygiène des professions et des industries, précédé d’une étude générale des moyens de prévenir et de combattre tes effets nuisibles de. tout travail professionnel, 1 815.
prises une affection comparable à l’hygroma au point de vue anatomo-pathologique. Il y a pourtant entre les deux- cette différence que la seconde n’est point professionnelle ; qu’on la trouve à tout âge, dans toutes les classes de la société; que son origine, très souvent traumatique, peut être spontanée. Elle est aiguë ou chronique; elle est douloureuse et produit une gêne des mouvements du bras assez prononcée pour constituer une véritable infirmité.
Dans un travail sur la Luxation du tendon de la longue portion du biceps huméral, publié en 1867, Jarjavay faisait observer qu’à la suite des contusions de l'épaule et des torsions du bras, on a fréquemment une inflammation de la bourse séreuse sous-acromiale ; cette phlegmasie, ayant un caractère aigu, a pour symptômes principaux un gonflement du moignon de l’épaule ; une douleur qui gène les mouvements du bras, les empêche parfois (1). Ce travail était resté à peu près inaperçu, lorsqu’en 1872, M. Duplay, qui avait pu vérifier par lui-même l’exactitude de l’opinion de Jarjavay, décrivit une forme chronique de la madie.
« L’afïeclion, disait Duplay, est extrêmement commune, et il ne se passe guère de mois sans qu’on ait l’occasion d’en observer quelques cas à la consultation d’un des grands hôpitaux de Paris. Malgré cette fréquence, la périarthrite de l’épaule me paraît assez mal connue, ou du moins je ne sache pas qu’elle ait été complètement décrite jusqu’à ce jour, et qu’on ait rigoureusement déter-
(1) Jarjavay, Gaz méd., 1867, 2e série, t. IV, p. 325