CÉPHALÉE D’ORIGINE MUSCULAIRE
3° A. droite, induratioa au voisinage des attaches crâniennes du splénius; augmentation de la résistance des deux sterno-cléido-mastoïdiens, un peu au-dessous de leur insertion à l’apophyse mastoïde. Foyer d’induration le long de l’attache du trapèze au crâne; tuméfaction étendue de sa gaine aponévrotique dans la région des protubérances occipitales. Sensibilité sur le trajet du sus-orbitaire dans la région frontale droite.
4° A droite, point douloureux à la pression derrière Tapophyse mastoïde ; autre point sur trajet du trapèze. — A gauche, tuméfaction douloureuse au niveau des attaches crâniennes du splénius. du trapèe, du temporal.
5° A droite, induration du volume d’une amande correspondant aux attaches crâniennes du splénius. Tuméfaction et sensibilité à la pression correspondant à l’insertion supérieure du sterno-cléido-mastoïdien ; mêmes lésions au niveau des attaches du temporal.
Deux ganglions lymphatiques de la nuque sont tuméfiés et douloureux. Ganglion cervical moyen du grand sympathique tuméfié et douloureux à la pression.
A gauche, sensibilité à la pression au niveau du ganglion cervical supérieur, moindre au niveau du ganglion cervical moyen.
6° Des deux côtés, induration sur le bord supérieur du trapèze. A gauche, induration correspondant à l’insertion mastoïdienne du sterno-cléidomastoïdien.
7° A droite, dans le bord supérieur du trapèze, induration musculaire du volume d’une noisette.
14 c2 AFFECTIONS DU SYSTÈME MUSCULAIRE
Point douloureux à la pression sur le trajet des scalènes. Ganglion cervical moyen tuméfié et douloureux. A gauche, dans l’épaisseur du trapèze, petite induration du volume d une noisette (portion cervicale). Autre tuméfaction correspondant à l’insertion du muscle sterno-cléido-mastoïdien, œdème de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. Infiltration du cuir chevelu dans la région occipitale. Ganglions cervicaux supérieur et moyen tuméfiés et douloureux.
8° A droite, douleur au niveau des attaches crâniennes des muscles du cou à la protubérance occipitale externe, à l’apophyse mastoïde. Les deux ganglions du sympathique, surtout le moyen, sont tuméfiés.
A gauche, tuméfaction et induration au niveau des scalènes ; ganglions lympathiques tuméfiés et douloureux; ganglion cervical moyen tuméfié et douloureux à la pression.
9° Myosite de presque tous les muscles du cou prononcée surtout sur le-bord externe delà portion cervicale des trapèzes et des scalènes ; les temporaux sont également pris. Ganglions cervicaux (supérieur et moyen) du grand sympathique sensibles à la pression.
10° Derrière les apophyses mastoïdes, tuméfaction douloureuse; même lésion au niveau des attaches crâniennes du trapèze.
Il s’agissait donc toujours de faits analogues à ceux que nous avons en vue. L’ensemble de mes observations ne fait qu’appuyer mes conclusions.
1° A savoir que les myosites chroniques du crâne de la partie supérieure du cou et de la nuque s'ac-
MYOSITES DU TRONC
compagnent de névrites par propagation ; que les différents filets nerveux du cuir chevelu et même les ganglions cervicaux du grand sympathique peuvent être intéressés.
. 2° Ces lésions s’accompagnent de céphalalgies de forme variable, dont beaucoup présentent des accès ressemblant de tout point à ceux que les malades et les médecins eux-mêmes appellent d habitude des accès de migraine.
3° Par le massage on réussit le plus souvent à guérir les myosites chroniques et les céphalalgies, même lorsqu’elles datent de longtemps, sont définitivement guéries.
Région du tronc. — Les myosites du tronc donnent lieu, comme celles du cou et de la tête, à différents processus assez mal déterminés : on parle de tour de reins à propos d’accidents aigus d’origine traumatique caractérisés par une douleur continue spontanée, exagérée parfois à tel point dans les mouvements que le malade est obligé à une immobilité au moins partielle. Il s’agit comme toujours du tiraillement et de la rupture d'un certain nombre de fibres musculaires et d'accidents inflammatoires consécutifs. Ce sont là d’excellents cas pour le massage; en deux séances, parfois en une seule, le praticien a raison d'accidents qui semblaient très graves ; c’est dans un fait de cette nature communiqué à la Société de médecine de Lyon, en 1837, que Martin, de Lyon (1), put faire
(I) Martin (de Lyon), Compte rendu des travaux de la Société de médecine de Lyon , 1837.
une sorte de miracle et se venger par une inoffensive mystification du septicisme impertinent d’un de ses confrères à l’égard du massage.
On appelle lumbago une affection douloureuse siégeant de préférence, comme son nom l’indique, à la partie inférieure du tronc. Tantôt, c’est une myosite traumatique aiguë abandonnée à ellemême ou traitée à contre-sens; souvent c'est une myosite chronique d’emblée; plus souvent encore c’est une simple douleur a frigore. La plupart des pathologistes font rentrer le lumbago dans les formes du rhumatisme musculaire. -Te n’y vois aucun incon énient et je puis répéter ce que j'ai dit pour toutes les phlegmasies de même ordre : le rhumatisme agit comme cause prédisposante. Un des défauts les plus graves de cette terminologie c’est son manque de précision; on parle de tours de reins et de trauma, de lumbago et de rhumatisme, on institue des médications générales et savantes; dans les deux cas le vrai et le seul traitement c’est le traitement local. De plus une expression unique semble indiquer des analogies cliniques nombreuses; c’est le contraire qui est vrai.
Il s’agit de myosites à foyers souvent multiples dans les observations que nous avons recueillies ; en cherchant bien, on en découvre dans les muscles prévertébraux, dans ceux de la masse sacrolombaire, dans le grand dorsal. Inutile d’espérer qu’on guérira le malade en une ou deux séances. La patience et la conviction sont des qualités indispensables pour qui veut conduire à bien un traitement de cette espèce. Il faut chercher les foyers en tâtonnant; parfois dans une seconde ex-
myosites du tronc
ploration on en découvre qui avaient échappé dans une première; puis on masse jusqu à disparition . tant qu il reste une zone où l élasticité est peidue, une saillie ou une résistance, il faut agii feime, car les douleurs persistent, si elles ont été momentanément atténuées, elles peuvent reparaître avec une nouvelle intensité.
Il y a d’autres myosites du tronc dont on ne dit rien et qui pourtant ne sont guère moins pénibles que celles dont nous venons de parler; elles siè- . gent dans la paroi antérieure de l’abdomen;
. celles-là peuvent provoquer des gastralgies, des entéralgies, des cvstalgies. J en ai observé une très rebelle à la suite d’une myosite de la partie inférieure de la paroi antérieure de 1 abdomen ; le malade avait de la dysurie, des mictions d’une fréquence inquiétante et une douleur vésicale continue. Ce fait semble confirmer une opinion défendue par M. Hartmann (1) d’après laquelle les cystalgies seraient presque toujours dénaturé réflexe. Heureusement que chez mon client, les noyaux d’induration étaient superficiels et accessibles. Après trois semaines de massage il allait bien; obligé d’interrompre son traitement à ce moment, il put vaquer à ses affaires comme avant d’ètre : malade. J’eus l’occasion de le revoir quelques mois plus tard; l’amélioration s’était maintenue et même accusée. Malheureusement il n’en est pas ' toujours ainsi ; il est extrêmement difticile d’atteindre ces foyers chez des individus qui ont de l’embonpoint. Des myosites du tronc, celles de la
(!) Hartmann, Revue de chirurgie , Paris, 1889, n° 40.'.
Norstuôm. — Massage. 9
paroi abdominale, sont peut-èti e les pl us ennuyeuses de toutes; elles donnent lieu à des difficultés de diagnostic, dont il est extrêmement difficile de sortir, leur traitement est laborieux, les indurations fuient sous le doigt parce que la masse intestinale se déplace, on n’obtient q u’une fixité relative et très courte en recommandant au malade de retenir le plus longtemps possible sa respiration.
Membre supérieur. — Myosites de l'épaule et du bras. — Des myosites chroniques sont très fréquentes dans le membre supérieur. On en trouve dans le deltoïde, surtout à l'endroit de son insertion à l’humérus, avec tendance d’irradiation des douleurs le long du bras jusqu’à la main. J’en ai du reste rencontré dans tous les muscles du bras, sauf le biceps brachial.
Nous avions rangé parmi les maladies du système nerveux un certain nombre d’états morbides réunis d’habitude sous le nom générique de dyskinésies et qui n’ont pour caractère commun que l’impuissance fonctionnelle amenée par eux.
Il est probable que ces anomalies se sont produites de tout temps dans tous les actes exigeant des associations motrices un peu compliquées. C’est depuis 1830 seulement qu’on a étudié méthodiquement ces états et tenté de remonter à leurs causes.
On ne parlait que de l’écriture ; il semblait que le trouble fonctionnel en question se produisit exclusivement dans cet acte; s’il en eût été ainsi, c’eût été un argument sérieux en faveur de l'origine centrale de la maladie ; car, même en rédui-
myosites du membre supérieur
saut le travail au strict nécessaire, même en envisageant l’écriture comme un acte machinal, presque automatique, elle exige encoie une intervention plus active du sensorium que beaucoup cl autres actes à mouvements minutieux.
La crampe des écrivains et les myosites chroniques. — Des observations nombreuses montrent que les accidents spasmodiques ou paralytiques ne se produisent point exclusivement pendant 1 éci i ture, qu’ils sont capables d’entraver sérieusement de nombreux actes exigeant la mise en activité simultanée de plusieurs muscles de la main, du bras, de l’avant-bras et de l’épaule.
On a décrit des dyskinésies professionnelles analogues à celle dont nous venons de parler chez les pianistes, les violonistes, les ouvriers travaillant les métaux d’une manière un peu délicate : bijoutiers, ferblantiers, mécaniciens, zingueurs ; chez les télégraphistes , les photographes , les cigarières, les
trayeuses de vaches, etc. (1).
On essaya de tout réunir sous un même nom et d’esquisser un tableau clinique s’appliquant a une maladie déterminée. Les auteurs l’ont appelée successivement grapho spasme, mogigraphie , paiahysie anapeiratigue, dyskinésie professionnelle , contracture par abus fonctionne /, etc. Aucune de ces expressions n’a fait fortune et aujourd hui comme autrefois on dit de préférence crampe des éci [vains. Celte dénomination semble indiquer qu il existe nécessairement une contracture, ce qui est erroné,
(1) Vov. Layet, Hygiène des professions et des industries.
Paris, 1875.
que l’affection se rencontre exclusivement chez les écrivains, autre inexactitude.
On a été plus heureux dans la classification des symptômes. Duchenne, de Boulogne, dont les idées sont encore à l’heure actuelle acceptées presque partout en France, admet une forme spasmodique et une forme paralytique (1). Benedikt en ajoute une troisième, la forme trémulente.
A partir du moment où l’on a été à peu près d’accord sur la symptomatologie, les discussions et les recherches n’ont guère porté que sur deux points : 1° sur la nature et l’origine de la maladie ; 2° sur son traitement.
Pathogénie. — C’est encore Duchenne, de Boulogne, que l’on trouve à la tête d’une des écoles existantes, à propos de la pathogénie.
La perte de la coordination des mouvements domine le tableau clinique ; comme l’avaient déjà remarqué fort justement Charles Bell, Heyfelder et beaucoup d’autres, il n’existe aucune anomalie en dehors de certains actes : une personne peut se servir de ses deux mains pour des exercices violents ou délicats sans le moindre trouble ; pour qui l'observe à ce moment, l’intégrité du système nerveux et du système musculaire ne prête à aucun doute. L’affection ne devient visible que dans un acte compliqué exigeant la mise en activité de muscles nombreux, d’inégal volume et d’importance inégale ; c’est à cause de cela que Duchenne regarde comme invraisemblable l’origine mvogène du spasme : la conservation des mouvements en dehors
(t) Duchenne (de Boulogne), de f Electrisation localisée.
MYOSITES DU MEMBRE SUPÉRIEUR VlO
des associations complexes et la conservation de la contractilité électrique lui paraissaient devoir faire mettre les muscles hors de cause. Cet auteur a vu l’affection se produire des deux côtés successivement ; des sujets qui ne pouvaient plus écrire de la maindroiteà cause d’unecontracture du rond pronateur et des muscles de l’éminence thénar, réussirent à écrire de la main gauche avec assez d’habileté ; au bout d’un certain temps, les ronds pronateurs gauches furent atteints de contracture spasmodique (1). Duchenne admettait qu’il existait dans l’encéphale un centre de coordination pour les mouvements des mains. Les dyskinésies professionnelles correspondraient à des altérations temporaires ou permanentes. Faire d’un trouble aussi nettement limité que la crampe des écrivains une maladie du système nerveux d’origine centrale, c’était remonter bien haut. Cependant comme l’explication était commode et qu’on n’en avait pas de meilleure elle fut acceptée. On alla même plus loin que Duchenne quand on voulut fixer le siège du centre admis par lui et indiquer ses propriétés. Erb ne le nie pas (2), mais il admet un mécanisme différent de celui qu’a donné Duchenne. Les impressions motrices volontaires passeraient par des régions déterminées de la substance grise qui prennent, par suite de l’habitude, une sorte de coefficient normal de conduction; si l’excitabilité de ces régions est augmentée, les impressions passent trop facilement, il se fait des contractures des mus-
(1) Electrisation localisée , p. 1028.
(2) Erb, in Ziemssen’s Handouch. d. allg. und spec. Pathologie und Thérapie, Banc! Xlt.
clés qu’elles doivent mettre en jeu. Si l’excitabilité est diminuée, on a de la fatigue, de la parésie et du spasme des antagonistes (1). Pour Erlenmeyer l’existence décentres de coordination motrice n’est pas douteux; elle explique même certains, points obscurs de l’histoire des peuples de l’antiquité. Le centre de l’écriture se trouve dans l’hémisphère gauche du cerveau ; c’est grâce à cela qu’elle prend sa direction naturelle de gauche à droite. Les anciens Juifs, comme plusieurs autres peuples sémites contemporains, écrivaient de droite à gauche, de la main gauche et cela trè° probablement parce qu’ils étaient gauchés du cerveau!! Qu’on plaçât l’origine de tout dans le cerveau, le bulbe ou le rendement cervical de la moelle épinière, la chose avait peu d’importance ; la crampe des écrivains restait une affection de système nerveux central et c’est de ce côté que devait s’orienter la thérapeutique.
Dès 1873 le professeur Rossander, de Stockholm, s’engageait résolument dans la voie nouvelle indiquée par Poore(2). Sans mettre complètement le système nerveux hors de cause, Pmssander admettait qu’il faut compter avec les altérations secondaires et remonter au processus originel par une observation attentive de ces altérations, plutôt que par des observations précoces. Fdles pourront même prendre la première place. On trouvera peut-être
(1) Les idées du professeur Erb sont fort bien exposées par Straus dans l’article Muscle du Nouveau Dictionnaire de Médecine el de Chirurgie pratiques. Paris, 1877, t. XXIII.
(2) Poore, An analysis of 75 cases of Wriler’s cramp and impaired writing power. (Médico-chirurgical Transactions, . t. LXI.)