MYOSITES DU MEMBRE SUPÉRIEUR
sur une méthode mieux comprise et plus complète que toutes celles dont on avait parlé. Dans sa première communication sur ce sujet, il rappela que deux malades de M. Charcot, traités par un maître d’écriture de Francfort-sur-le-Mein, M. YVolff, avaient été guéris (1). Ce travail fut suivi d’une revendication presque immédiate du D1 2' E. Schott (2) ; celui-ci déclara que le procédé appliqué appartenait à son frère Augustin Schott et à lui-même; que Wolff l avait appris d’eux. Il comprend la gymnastique et le massage.
La gymnastique consiste : 1° en mouvements passifs que le malade exécute : 2° en mouvements actifs qu’une autre personne arrête. Le massage porte : 1° sur les nerfs ; 2° sur les muscles.
Nous avons vu comment on était arrivé successivement de l’étude clinique purement empirique de la crampe des écrivains et des dyskinésies de même ordre à différentes conceptions sur la pathogénie; comment on s’était occupé en dernier lieu du système musculaire laissé au second plan au début tant qu’on avait cru avoir affaire à une affection du système nerveux central ; comment on avait institué d’une façon tout empirique des médications qui avaient réussi dans un nombre de cas suffisant pour éveiller l’attention.
Rapport pathogénique de la crampe des écrivains avec le myosite chronique. — Je vais mon-
(1) Romain Vigouroux, Progrès médical, \ 882, n° 3.
(2) Deutsche medizinal Zeitung, 1882, 2 mars 1882, p. 97.
trer comment je suis arrivé à une idée plus précise ; comment j’ai été conduit à rapprocher des accidents observés dans la sphère des mouvements, d’autres accidents observés dans la sphère de la sensibilité; à établir une sorte d’analogie entre la crampe des écrivains el les affections douloureuses de la tète.
Mon attention fut attirée par un phénomène que j’observai d’abord sur moi-mème. Le massage des foyers d’induration musculaire un peu sérieux exige un exercice continu et un jeu forcé des muscles de l’éminence thénar. La fatigue arrive vite pour les masseurs qui débutent; l’entrainement, qui permet de faire de longues séances, ne s’acquiert que par une longue pratique. Il y a quelques années, la fatigue s’accusait chez moi par des phénomènes rappelant singulièrement ceux de la crampe des écrivains. Lorsqu'après une séance prolongée je voulais écrire, j’étais sûr d’en être empêché par des tremblements du pouce et de l’index ressemblant à ceux que Benedikt a rattachés à la forme trémulentede la crampe. En même temps j 'avais de la tuméfaction et de la douleur au niveau de l’éminence thénar et sur le trajet du long fléchisseur du pouce. Quand, au contraire, j’avais fait du massage avec toute la main, je n’éprouvais rien de semblable, si longue qu’eût été la séance. Le tremblement durait un quart d’heure ou même davantage et disparaissait.
Plus tard l’accoutumance s’est faite et je n’ai plus éprouvé rien de semblable.
Un exercice musculaire exagéré peut donc produire une agraphie spasmodique temporaire; cette crampe accompagne un processus irritatif du côté
CRAMPE DES ÉCRIVAINS ET MYOSITE CTIRONTQUE 155
des muscles en jeu. Reste à savoir s’il ne se pas^e pas quelque chose de semblable dans les cas spontanés en apparence et si, au lieu d’une tuméfaction et d'une douleur accidentelles, il n’y aurait pas sur le trajet d’un ou plusieurs muscles des foyers de myosite chronique suscept ibles de s’étendre et de se comporter comme ceux que nous avons vus à la nuque et au cou. Cette supposition n était point en désaccord avec les faits ; nous avons vu que Zuber a signalé après Duchenne, de Boulogne, la possibilité d'accidents symétriques à différents degrés, assez prononcés pour que, lorsque les malades se sont habitués à écrire de la main gauche, ils soient encore arrêtés par des crampes de ce côté.
Au mois d’octobre 1885, j’eus l’occasion d’observer un fait propre à confirmer les idées que j’avais sur ce point. La malade, une dame anglaise, professeur de piano, présentait la forme paralytique de la dyskinésie. Cette affection remontait à cinq ans; elle avait été traitée par la plupart, des névrologistes de l’Europe; un compatriote de cette personne avait parlé de neurasthénie ; des courants continus furent appliqués plusieurs mois sans succès. Lorsqu'elle s’adressa à moi, j’avais déjà traité plusieurs malades par la méthode de Schott, je résolus d’examiner avec plus de soin que je ne l’avais fait jusqu’alors la musculature de l’avant-bras et de la main ; de voir si je ne rencontrerais point quelques foyers de myosites. J’en trouvai quatorze dans les bras, les avant-bras, les mains ; ceux de droite étaient en général plus gros et plus durs que ceux de gauche. Il y en avait sur le brachial antérieur, sur
les long et court supinateur, sur le long fléchisseur du pouce ; les interosseux dorsaux et palmaires étaient tuméfiés et douloureux à la pression; on trouvait des indurations jusque dans l'épaisseur des grands pectoraux des deux côtés. C’était un excellent cas pour la recherche et l’examen : il était beaucoup moins avantageux pour le traitement; les désordres remontaient à cinq ans; ils présentaient une telle étendue que, pour les faire disparaître, il fallut une rare persévérance delà part du praticien et de la malade. En revanche si nous réussissions à remettre le système musculaire et les articulations dans leur état normal (il y avait un peu d’épanchement dans celles du pouce avec le métacarpe) nous serions dans d’excellentes conditions pour discuter les rapports de la dyskinésie et de la lésion objective ; si la première était guérie après la disparition de la seconde, il y avait de sérieuses raisons de croire que c’était un accident consécutif et que la myosite était l’origine de tout. Pendant plus de deux mois, je fis des séances quotidiennes d’une demi-heure; m’acharnant pour ainsi dire après chaque foyer. Au bout de ce temps il ne restait rien ; l’examen le plus minutieux des régions précédemment intéressées ne décelait plus la moindre induration. Depuis quatre semaines environ, la malade pouvait jouer du piano assez longtemps sans crampes; à la fin du traitement elle écrivait sans spasme, sans fatigue, ni tremblements, aussi longtemps qu’elle le voulait. (Avant le traitement, les crampes se produisaient pendant l’écriture aussi bien que pendant l’exercice du clavier.)
Il m’était donc démontré que des foyers dissémi-