CONTRACTURES
données anatomo-pathologiques et par des expériences. Il suffit de porter pendant plusieurs semaines un bandage contentif au voisinage d’une jointure. Si nous avons fixés l’avant-bras fracturé à angle droit sur le bras, de telle sorte que 1 articulation du coude, absolument saine, soit immobilisée, nous trouverons, après l’enlèvement de lappaieil, que les mouvements dans le sens de 1 extension sont très limités. Pour se convaincre qu il s agit bien d’une altération nutritive il n’y a qu’à endormir le malade avec le chloroforme et nous verrons qu’on ne peut sans violence arriver au maximum d’extension. »
« Comme il y a fort peu de cas, ajouta-t-il plus loin, de paraysie absolue et totale, qui rendent impossible la contraction des muscles, on a cherché une force active capable de les raccourcir; à défaut de mieux, on a eu recours au tonus musculaire. Existe-t-il ? autrement dit, un muscle peutil se raccourcir spontanément après la suppression complète de l’innervation? c est une question physiologique que nous ne saurions discuter. Elle a peu d’importance pour l’explication des contractures paralytiques. Aucun de ceux qui croient à l’existence du tonus musculaire n admettra qu un agent si peu énergique puisse supporter, pendant des mois et des années, le poids d’un membre. »
Les objections de Hueter me paraissent plus décisives que sa théorie elle-même. Elle repose sur un faitunique qui n’est vrai que pour le membre inféiieur. On serait souvent embarrassé pour expliquer comment les extrémités d un muscle peuvent se rapprocher. Pour Hueter, il n’existe au-
Norstrôji. — Massage. tO
cune différence entre la contracture et l'atrophie ; dès l’instant où la nutrition souffre, tout le reste n’est plus qu'une question de degré. 11 est assez difficile d’expliquer avec cette doctrine une bonne partie des contractures d’origine articulaire, qui pourtant ressemblent bien à celles que produisent les affections du système nerveux.
Hueter les considérait comme réflexes; c'est ce qu’il entendait en parlant des sympathies des articulations et des muscles. « MM. Charcot, Vulpian, Erb, dit M. Wallich dans son excellente revue sur ce sujet, ont placé dans la catégorie des phénomènes réflexes, ces troubles musculaires qui ne seraient que l'expression d’un état médullaire né lui-même de la transmission par voies nerveuses des phénomènes irritatifs articulaires. On se trouve ainsi conduit à admettre qu'il existe dans la moelle une certaine relation enb’e les cellules d’origine des nerfs centripètes articulaires et les cellules d’origines des nerfs moteurs des muscles sur lesquels se localisent les divers troubles observés (1). »
La même réserve a été formulée par presque tous ceux qui se sont occupés de la question. 11 peut exister une lésion médullaire perceptible, mais il est probable que dans beaucoup de cas, les troubles ne vont pas jusque là; il est probable que tout se borne comme on l’a dit à une sorte de su- • perexcitation cellulaire d’où résulte la contracture; comme toutes les irritations de même ordre, celleci finit par épuiser l’élément et faire place à la
(1) Wallich, Gazette clés hôpitaux , 1888, p. 854.
l’atrophie conséquence de la contracture 171
stupeur, de telle sorte que la paralysie et l’atrophie seraient consécutives à la contracture initiale lorsqu’elle se prolonge. Cette théorie est-elle définitive? convient-elle à tous ces cas? nous n’oserions l'affirmer. Il est difficile d’expliquer la contracture permanente des hémiplégiques par une irritation primitive de certains groupes de cellules médullaires. Peu importe d'ailleurs, il est admissible que la doctrine de Duchenne, de Boulogne, s’applique à un certain nombre de cas, et celle de Hueterà d'autres. Que l’on rapporte la première phase du processus à l’irritation des cellules médullaires, on pourra expliquer la suivante par le trouble nutritif que subit ce muscle dont les extrémités sont rapprochées ; la pathogénie de la confrature et de l’atrophie est ainsi élucidée :
L'atrophie est une conséquence , non une cause de la contracture. — Il se fait parfois dans les conditions où se produit la contracture des véritables paralysies. C’est alors que la doctrine de Hueter trouve application. La paralysie comme la contracture peut aboutir à l’atropie; mais celle-ci se développe souvent d’emblée dans les arlhropaties articulaires. En faisant des injections de liquide dans les synoviales, M. Valtat a réussi à la provoquer sans difficulté (1) ; c'est d'habitude dans les muscles péri ou para-articulaires qu’on l’observe : elle porte de préférence sur ceux qui servent à l'extension. L’atrophie du deltoïde n’est pas rare à la
(1) Valtat, De l'atrophie musculaire, consécutive aux maladies des articulations, Paris, 1877.
suite des affections de l’articulation scapulo-humérale; lorsque la hanche est prise ce sont les muscles fessiers qui souffrent le plus souvent; après les maladies du genou on voit fréquemment l’atrophie du triceps fémoral. Comme l’a fait remarquer justement Vulpian, c ’est au-dessus des jointures que l’accident se produit. 11 est difficile dans bien des cas de parler dans l’étiologie de repos prolongé, de rattacher les phénomènes observés à des atrophies par manque d’usage. Les doctrines proposées à propos des contractures trouvent leur app lication dans ces cas comme on pourra le voir dans presque tous les exemples qui vont suivre.
Un fait ressort de ce que nous avons dit : toujours, quel que soit le phénomène prédominant, la nutrition du muscle est intéressée. Peu importe le mécanisme; que l’état général entre pour une part sérieuse dans les accidents; que l'atrophie et la contracture se soient produites par voie directe ou par voie réflexe, nous pouvons intervenir avec avantage et grâce à une médication locale conduite avec persévérance, améliorer la nutrition du muscle; c’est ce que nous tenions à établir.
Action du massage. — Avant de m’appliquer exclusivement au massage, j’ai fait l’électrothérapie seule dans les atrophies musculaires; je n’ai pas eu à m’en louer, c’est parfois un utile adjuvant, mais j’attribue toujours la plus grande part du succès au massage, avec lui seul j’ai guéri très vite des cas dans lesquels l’électricité ne m’avait presque rien donné. On aurait tort cependant de compter qu’il en sera toujours ainsi, dans les atrophies