QUININE
La quinine est le principal alcaloïde de l’écorce de quinquina, mais ce n’est pas le seid : outre les matières astringentes, colorantes et autres qui se trouvent dans l’écorce, la cinchonine y figure en assez forte proportion.
La quinine est douée d’une amertume excessive qui rend son contact irritant pour les muqueuses ; cependant l’estomac la tolère bien à dose modérée, le rectum de même. Si les doses sont trop fortes ou trop répétées, il pourra en résulter de la gastralgie, des crampes, des coliques, du ténesme, etc.
La quinine s’élimine par les reins en grande partie (les trois quarts de la quinine ingérée).
OL'INQUIÏS’A ET QEIMNE.
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On a signalé des éruptions urlicariennes ou scarlatiniformes à la suite d'ingestion de quinine ; ces érythèmes pathogénétiques sont rares.
La quinine est un antithermique et un antiseptique général très précieux. Elle est peu offensive pour les cellules organiques ; cependant les doses fortes peuvent arrêter le cœur, déterminer la syncope, ou plus fréquemment provoquer des bourdonnements, de la surdité, du vertige, de la titubation.
A doses modérées, la quinine agit comme décongestionnant et sédatif du système nerveux ; elle a pour adjuvant la digitale, le café, l'arsenic, la noix vomique, l'alcool.
La quinine brute, malgré son insipidité, est inusitée, parce qu’elle est insoluble et incertaine dans ses effets; on lui préfère les sels de quinine.
Le sulfate de quinine est le plus répandu, il contient 60 p. 100 de quinine, mais il est peu soluble, quand il n'est pas acidifié.
Le chlorhydrate de quinine est le plus soluble et le plus riche des sels de quinine (il contient 81 p. 100 de quinine).
On peut faire dissoudre aisément, dans un centimètre cube d’eau, 60 centigrammes de chlorhydrate neutre, bichlorhydrate, ou de chlorhydro-sulfale de quinine ; ce qui est précieux pour les injections sous-cutanées.
Après ces sels viennent le laetate, le bromhydrate, la valérianate, le tannate de quinine. Ce dernier ne contient guère que 30 p.100 de quinine, c’est le plus pauvre.
INDICATIONS
La quinine est indiquée avant tout dans les lièvres palustres, dans les accès même douteux, dans les formes larvées ; dans les autres pyrexies, grippe, lièvre typhoïde,
fièvres éruptives, rhumatisme, septicémies diverses. Elle est encore indiquée dans les maladies aiguës des voies respiratoires, broncho-pneumonies, pneumonie, phtisie fébrile, hémoptysies, dans les maladies infectieuses qui atteignent le cœur, le péricarde, le cerveau et ses enveloppes, l’appareil digestif et ses annexes, dans les diarrhées chroniques et dysenteries, dans l’asthme vrai ou symptomatique, dans l’arthritisme et les dialhèses héréditaires (diabète, obésité, migraine, goutte, etc.).
Elle fait merveille dans les névralgies faciales et les névroses, dans le vertige de Ménière, dans l’anémie et la chlorose, dans les hémorrhagies (épistaxis, hémoptysies), dans l’hémoglobinurie paroxystique.
On voit que le chapitre des indications de la quinine est très vaste ; quant aux contre-indications, elles se réduisent à pende chose ; si l’estomac est intolérant, si le rein est malade, on ne donnera pas la quinine ou on la donnera à faibles doses. On préférera la voie endermique à la voie stomacale, etc.
On s’arrêtera devant les intolérances spéciales, les idiosyncrasies bien accusées : troubles nerveux, céphalée, délire, insomnie, éruptions, ivresse quinique.
On n’oubliera pas que l’enfant offre un excellent terrain d’absorption et d’élimination, et on ne craindra pas, chez lui, les doses fortes, quand elles seront indiquées.
Localement, on a employé avec succès le sulfate neutre de quinine contre les ulcères delà cornée (Puech).
On peut utiliser ces deux formules, suivant qu’il y a ou qu’il n’y a pas de photophobie et d’irritation irienne :
% 1°, Sulfate de quinine 0 gr. 10.
Sulfate d’atropine 0 gr. 05.
Eau distillée 15 grammes.
% 2° Sulfate de quinine 0 gr. 10.
Eau distillée 10 grammes.
QUINQUINA ET QUININE. 631
On fait une ou deux instillations par jour sur la cornée malade.
On a encore préconisé l’emploi local de la quinine dans la diphtérie: insufflations deux fois par jour dans la gorge d’un mélange de soufre et de sulfate de quinine à parties égales (Burghardt) ; insufflations dans le nez d’un mélange de quinine etde poudre de benjoin, en cas de coqueluche (Moizard) :
% Benjoin pulvérisé j
Salicylate de bismuth . . j Sulfate de quinine
.1 grammes.
Ou bien (Cornby) :
% Antipyrine ) ~
Chlorhydrate de quinine . )
Acide borique
Sous-nitrate de bismuth
1 gramme.
Insufflation matin et soir dans chaque narine.
Le résultat de ces insufflations est très incertain.
MODE D’ADMINISTRATION ET DOSES
Trousseau prescrivait la quinine brute, à cause de son insipidité; si l’on voulait avoir recours à cette forme imparfaite, on pourrait formuler:
% Quinine brute 0 gr. 25.
Sucre en poudre (I gr. .60.
Pour un paquet; à prendre 1 ou 2 par jour pour un enfant de 2 à 3 ans. On délaie dans une cuillerée d’eau, de sirop ou de lait.
Aujourd’hui il est d’usage de donner les sels de quinine de préférence à la quinine brute.
L’ingestion, chez les enfants, est d’autant plus difficile qu’ils sont plus jeunes. On peut cependant masquer
l’amertume du sulfate de quinine et des autres sels en les enrobant dans de la confiture, du miel, delà pomme cuite, du sirop d'écorces d’oranges amères, du sirop de tolu, de la glycérine, etc.
On a conseillé aussi le café sucré, qui fait bien accepter la quinine par la plupart des bébés ; mais cette infusion précipite du tannate de quinine, ce qui oblige de doubler la dose du médicament.
Le docteur Créquy a trouvé que le jus de réglisse masquait bien l’amertume de la quinine.
On peut se servir aussi de l’extrait de réglisse et prescrire :
% Eau distillée 40 grammes.
Extrait de réglisse 3 —
Bichlorhydrate de quinine 0 gr. 30.
Pour un enfant de 4 à 6 ans qui ne fera pas difficulté pour avaler le tout en une fois.
Quand les enfants sont grands (8, 10 ans et au-dessus), ils pourront avaler des pilules, des cachets, des perles ou des capsules de quinine. On pourra prescrire alors :
% Sulfate de quinine 0 gr. 10.
Extrait de quinquina 0 gr. 10.
Pour une pilule; en prendre, suivant les cas, une, deux, trois par jour et davantage.
Sulfate de quinine 0 gr. 20.
Dans un cachet que l’enfant avalera avec un peu d’eau.
En potion, on formulera;
% Sulfate de quinine 0 gr. 23.
Eau de Rabot (le moins possible) . . q. s.
Sirop tartriquc 20 grammes.
Eau 40 —
A prendre, en 2 ou 3 gorgées (enfant de 3 ou 6 ans).
On peut encore faire un sirop de sulfate de quinine ainsi composé :
% Sulfate de quinine 0 gr. 50.
Sirop simple 95 grammes.
Acide sulfurique à 1/10 0 gr. 50.
En mettre 40 à 60 grammes dans une potion.
En employant le chlorhydrate neutre, on pourra faire un sirop plus riche en quinine et contenant 20 à 30 centigrammes par cuillerée à soupe.
A ces potions, usitées dans la seconde enfance, on pourra ajouter, pour faire tolérer la quinine, une petite quantité de sirop diacode ou de sirop de codéine (5 à 10 grammes).
En lavement, on peut donner le sulfate de quinine à la même dose que par la bouche, en acidifiant la solution et ajoutant une goutte de laudanum :
% Sulfate de quinine 0 gr. 25.
Eau de Rabel (le moins possible). . q. s. Infusion de camomille tiède .... 100 grammes.
Laudanum de Sydenham I goutte.
Pour un lavement que l’enfant devra garder.
On fera précéder ce lavement médicamenteux ditn grand lavement évacuateur.
On peut remplacer l'eau de Rahel par l’antipyrine (1/2 à 1 gramme) pour assurer la solubilité du sulfate. Si l’on emploie le bichlorhydrate, il n’est pas besoin de ces adjuvants.
Au lavement, je préfère le suppositoire au beurre de cacao creux, si possible :
% Beurre de cacao 2 grammes.
Sel de quinine 0 gr. 20.
Pour un suppositoire.
On a proposé les frictions cutanées avec une pont
made contenant 10 ou 20 p. 100 de sel quinique , cette méthode ne livre que très peu d’alcaloïde à l’absorption et encore chez les enfants très jeunes, au-dessous de deux ans ; on prescrirait :
% Axonge fraîche 20 grammes.
Sulfate de quinine 4 —
Eau de Rabel q. s.
Faire matin et soir des frictions sous les aisselles. En employant un sel soluble, comme le chlorhydrosulfate, on favorise l'absorption cutanée et on peut retrouver la quinine dans les urines du bébé.
Quand on veut faire des injections sous-cutanées avec le sulfate de quinine, on est obügé d’acidifier la liqueur, ce qui la rend irritante.
Il vaut mieux employer le bichlor hydrate de quinine (de Beurmann et Villejean) ou le chlorhydro-sulfate. On prescrit alors :
% Bichlorhydratc ou chlorhydro-sulfate
de quinine S grammes.
Eau distillée q. s. pour 10 cc.
Chaque seringue de Pravaz contient 50 centigrammes de sel de quinine ; on injectera un quart ou une demiseringue matin et soir, suivant l’âge de l’enfant (audessous ou au-dessus de 3 ans) .
Le chlorhydrate basique est moins soluble que le chlorhydrate neutre ou bichlorhydrate ; mais il est très stable et on peut accroître sa solubilité en l’associant comme l'a fait Laveran à l’antipyrine :
% Chlorhydrate basique de quinine . . 3 grammes.
Antipyrine 2 —
Eau distillée 6 —
Chez les enfants très jeunes, quand l’indication est