SÉRUM THÉRAPIE
c’est un traitement merveilleux auquel nous devons toujours avoir recours, sans attendre l’examen bactériologique dans les cas de moyenne gravité.
INSTRUCTIONS DE L’INSTITUT PASTEUR POUR L’EMPLOI DU SÉRUM ANTIDIPHTÉRIQUE
Le sérum antidiphtérique est du sérum de sang de cheval immunisé contre la diphtérie. Il conserve ses propriétés si on le maintient dans un endroit dont la température est peu élevée, et à l’ahri de la lumière, sans sortir le (lacon de l’étui qui le renferme; au-dessus de 50°, le sérum devient inactif ; on a assuré sa conservation en y ajoutant une très petite quantité de camphre.
Action préventive. — Employéàladose de 5 centimètres cubes, le sérum donne une immunité passagère contre la diphtérie ; cette immunité dure A à 6 semaines ; on peut donc faire des injections préventives aux personnes exposées à la contagion. Le pouvoir préventif du sérum livré par l’institut Pasteur est au moins de 50 000, c’està-dire qu’il suflit d’injecter à un cobaye une quantité de ce sérum égale à 1 50 000 de son poids pour qu’il puisse supporter, sans être malade, une dose de culture virulente ou de toxine capable défaire périr les cobayes témoins en moins de 30 heures. Cette activité correspond environ à celle d’un sérum de 100 à “200 unités immunisantes de Ehrlich.
Action thérapeutique . — Injecté en quantité suffisante, le sérum antidiphtérique guérit la maladie déclarée, si toutefois elle n'est pas arrivée à une période trop avancée.
La dose à employer varie suivant l’âge du malade: 5 à 10 centimètres cubes suffisent pour les diphtéries bénignes prises au début ; 15 à "20 centimètres cubes sont nécessaires si la maladie est sévère ou si elle date
de plusieurs jours; il faut exceptionnellement jusqu’à 30 centimètres cubes et même au delà dans les cas très graves, notamment dans ceux où l’on est obligé de pratiquer la trachéotomie. Il est donc impossible de fixer la quantité de sérum qui guérit un cas de diphtérie. Le médecin devra se guider sur la marche de la température et du pouls, ainsi que sur l'état général dn malade. Aussi longtemps que la température rectale n’est pas tombée au-dessous de 38°, on ne peut considérer la maladie comme terminée.
En général les fausses membranes se détachent dans les vingt-quatre heures qui suivent l’injection de sérum, si la dose injectée est suffisante.
Lorsqu'un enfant présente du tirage, on pomra souvent éviter la trachéotomie en lui injectant une première fois 15 à 20 centimètres cubes de sérum, et en pratiquant douze heures après une nouvelle injection de 10 à 20 centimètres cubes si l'amélioration n’est pas suffisante.
Il est préférable d’injecter, dès le début, une dose de sérum un peu forte et capable d’arrêter la maladie, plutôt que de faire, à plusieurs reprises, des injections de doses faibles. Chez les tout petits enfants, au-dessous d'un an, en règle générale, on injectera autant de centimètres cubes de sérum que l'enfant compte de mois.
Il n’est pas nécessaire, à moins d’une gravité exceptionnelle de l’atTection, de dépasser 15 à 20 centimètres cubes pour la même injection chez les adultes ; car si leur poids est plus considérable que celui des enfants, ils résistent beaucoup mieux à la maladie et par suite n’ont besoin que d’une aide moins puissante.
Il faut injecter aux malades la quantité utile de sérum, mais ne pas réitérer les injections sans nécessité.
SÉRL'MTHÉHAPIE.
Injections. — On doit faire les injections dans le tissu cellulaire sous-cutané, au niveau du liane, en prenant toutes les précautions antiseptiques nécessaires. On lave d’abord la région avec de l’eau phéniquée à 2 p. 100, ou avec un soluté de sublimé à 1 p. 1000 ; ou doit, au moment même de pratiquer l'injection, stériliser la seringue et la canule, en les plongeant dans de l’eau froide que l’on porte ensuite à l’ébullition pendant un quart d'heure. On recouvrira avec du coton antiseptique l’endroit où la piqûre a été faite. L’introduction du sérum sous la peau est très peu douloureuse, et le liquide est résorbé en quelques instants.
Avant d’injecter le sérum, il est nécessaire de s’assurer qu’il est resté limpide ; un très léger précipité rassemblé au fond du llacon n’indique pas une altération.
Le diagnostic bactériologique de la diphtérie devra toujours être fait, puisque c’est le seul moyen de connaître d’une manière certaine si le cas est justiciable du traitement par le sérum et d’être fixé sur les mesures de désinfection à prescrire; mais, comme la sérumthérapie est d'autant plus efficace qu’elle est instituée plus tôt, il ne faudrait pas, sous prétexte d’attendre le résultat du diagnostic bactériologique, retarder l’injection de sérum, surtout si le cas se présente comme sérieux et avec élévation notable de température. On sail, en effet, que le sérum injecté en temps utile prévient l’empoisonnement diphtérique, mais qu’il est impuissant contre l’empoisonnement accompli qui se Iraduit par la paralysie, l'irrégularité de la respiration et du pouls. Lorsque ces symptômes se manifesteront malgré l'injection du sérum, c’est qu’alors on sera intervenu trop tard ou que la dose administrée aura été trop faible.
In convrnienls du sérum. A la suite des injections de
sérum antidiphtérique, on observe fréquemment une éruption d’urticaire qui apparaît le plus souvent dans les huit jours qui suivent le début du traitement. Cette éruption peut être accompagnée d’une élévation de température ; elle disparaît d’elle-même. Plus rarement on voit survenir des érythèmes polymorphes avec fièvre. Exceptionnellement on observe des gonflements articulaires douloureux qui accompagnant l’éruption, et, dans ce cas, l’état fébrile pourra se prolonger plusieurs jours. Les adultes sont peut-être plus sujets que les enfants <à ces manifestations érythémateuses fébriles. Tous ces accidents sont passagers et n’ont jamais présenté de gravité sérieuse.
INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS
Sauf les cas d’urgence, l’injection du sérum doit être toujours précédée par l’examen bactériologique immédiat des fausses membranes, ou par l’examen dans les vingt- quatre heures du produit des cultures sur sérum de bœuf gélatinisé.
Ces examens et ces cultures sont rendus possibles, sinon faciles, à tous les praticiens, dans les villes qui possèdent des laboratoires publics ou privés de bactériologie.
A Paris, l’Institut Pasteur s’est d’abord chargé gracieusement de ces examens à l’aurore de la sérumthérapie. Puis l’initiative privée a pris les devants sur les pouvoirs publics; un journal scientifique, la Presse médicale, a offert l’examen gratuit dans les vingt-quatre heures à tous les médecins qui voulaient bien ensemencer des tubes de sérum gélatinisé vendus par tous les pharmaciens sous le nom de Trousse de la Presse médicale. Actuellement encore, il suffit, le cas échéant, d’envoyer chercher une de ces trousses, défaire les en-