PROPHYLAXIE DE LA SCARLATINE
Avant d’aborder les applications du double principe (isolement et antisepsie ) qui inspire la prophylaxie de la scarlatine, je dois dire un mot des médicaments auxquels on a attribué une vertu préservatrice.
Parmi ces médicaments il en est un que Ilahnemann avait préconisé avec conviction, quoique à dose infinitésimale, c’est la belladone. La belladone, en effet, est un médicament qui agit sur la gorge, où elle provoque un sentiment de sécheresse; sur la peau, où elle peut produire un érythème analogue à l’érythème scarlatineux. Il n’en fallait pas davantage pour opposer ce médicament à la scarlatine, en vertu de l’adage cher aux homéopathes : similia similibus curantur.
Des médecins sérieux et impartiaux ont voulu se rendre compte de la prétendue action de la belladone, et les expériences qu’ils ont faites dans ce but ne laissent subsister aucun doute. Barthez, à l’hôpital Sainte-Eugénie, en temps d’épidémie et à une époque où l’isolement n’était pas pratiqué, a pris deux séries égales en nombre de malades; à la première série il a donné la belladone, à la seconde rien. Or plusieurs enfants de la première série contractèrent la scarlatine. 11 n’y eut aucune différence entre ceux qui prenaient et ceux qui ne prenaient pas la belladone.
Ecoutez Balfour qui expérimentait à l’Asile royal de Chelsea : « Il y avait cent cinquante et un garçons qui, j en étais à peu près sûr, n’avaient pas eu la scarlatine ; je les divisai en deux sections, les prenant l’une après l’autre pour ne pas être accusé de choisir. A la première section (76 enfants), je donnai la belladone; à la seconde (78), rien. Le résultat fut que deux dans chaque section contractèrent la maladie. Si j’avais donné la belladone à tous les enfants, je lui aurais probablement attribué la cessation de l’épidémie. » Donc la belladone, pas plus qu’aucun médicament actuellement connu, ne préserve de la scarlatine.
Smith, médecin de Moscou, croit préserver les enfants de l’entourage d’un scarlatineux en leur faisant prendre une à deux fois par jour, pendantquinze jours, autant de décigrammes de benzoate de soude qu’ils ont d’années. Mais le bcnzoate de
soude u’a pas plus de valeur prophylactique que la belladone, et nous ne pouvons partager les illusions de celui qui le prône.
La vaccination par le sérum immunisé, la sérothérapie , est muette à l’égard de la scarlatine, et il ne nous reste qu’à envisager les mesures prophylactiques inspirées par V hygiène.
La scarlatine est une maladie contagieuse et longtemps contagieuse; il en résulte que nous devons isoler les scarlatineux et les isoler longtemps, aussi longtemps que durera la période contagieuse, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la desquamation, pendant quarante et môme cinquante jours.
On ne laissera près du malade que les personnes adultes appelées à lui donner des soins, en écartant, si cela est possible, celles qui n’ont pas encore eu la scarlatine.
Ces personnes, en entrant dans la chambre du patient, devront revêtir des blouses de toile qu’elles quitteront à la sortie; elles ne prendront pas leurs repas dans cette chambre; elles se laveront fréquemment les mains, surtout quand elles auront pris contact avec le malade ou les objets qu’il aura pu contaminer; pour ces lavages répétés des mains, on se servira d’une solution de sublimé corrosif à 1 p. J 000 ou de sulfate de cuivre à 5 p. 1 00.
Ces mêmes personnes, pendant toute la durée de la maladie, et de la période contagieuse, ne devront pas faire de visites au dehors, ni en recevoir à domicile; la quarantaine ne doit, pas seulement atteindre le malade, mais tout son entourage immédiat.
C’est dire que, dans les hôpitaux, il est indispensable d’isoler entièrement le personnel des pavillons de scarlatineux (surveillantes, infirmières), et d’interdire les visites des parents et amis, surtout des enfants.
Tous les linges souillés par les malades seront plongés dans l’eau bouillante avant d’être donnés au blanchissage. Les couverts, les objets qui servent aux repas des scarlatineux seront chaque fois, aussitôt après l’usage, plongés dans 1 eau bouillante. Grancher a imaginé pour cela un panier en fil de fer qui rend des services.
Les déjections (selles, matières, crachats) seront reçues dans des vases contenant une solution de sulfate de cuivre à S p. 100. Le même liquide servira à désinfecter les cabinets
SCAU LATINE.
lieux fois par jour. 11 convient aussi pour humecter les poussières des balayages.
Les frères et sœurs d’un scarlatineux, quand ils n’ont pas été éloignés dès le début, doivent être considérés comme suspects, mis en quarantaine et exclus de l’école.
Il faut se comporter, dans ces cas comme dans ceux où la maladie est douteuse, avec la plus grande sévérité; car c’est par les cas négligés et incertains que les épidémies naissent et se propagent.
Si dans une ferme, dans une laiterie faisant le commerce du lait, la scarlatine venait à se déclarer, on devrait, pour se mettre à l’abri de la transmission par le lait (plusieurs épidémies observées en Angleterre), interdire la vente du lait frais de cette provenance jusqu’à extinction des cas et désinfection complète des locaux et des ustensiles contaminés ou suspects de contamination.
Pour le transport des scarlatineux, il faut se servir de voilures spéciales qui seront complètement désinfectées après chaque transport. Après la guérison, la chambre, les meubles, les tentures, la literie, tous les objets qui ont pu être contaminés seront stérilisés, soit par l’étuve à vapeur sous pression, soit par des pulvérisations, lavages et lessivages avec des liquides antiseptiques.
Cela est rendu nécessaire par la vitalité extrême du virus scarlatineux.
Fox a vu la scarlatine se transmettre par un livre de cabinet de lecture ; Sanné, par une lettre écrite de la main d’un scarlatineux convalescent; Cadet de Gassicourt, par un foulard qui avait servi trois mois auparavant à entourer le cou d’un scarlatineux, par un habit oublié depuis dix-huit mois dans une malle et qu’on avait négligé de désinfecter.
Un médecin de mes amis, voulant mettre en évidence une desquamation douteuse, frotte la manche de sa redingote sur la peau d’un scarlatineux; il rentre chez lui sans avoir désinfecté son vêtement et il transmet à son frère une scarlatine 1res grave.
Toute personne, tout médecin qui vient de rendre visite à un scarlatineux doit, avant d’aller voir d’autres malades, changer de vêtement, s’il n’a pas eu la précaution d’endosser une
blouse de toile avant d'entrer dans la chambre du contagieux.
Des cas probants de transmission médiate par des personnes saines ont été publiés; nous devons nous tenir sur nos gardes.
J’ai parlé plus haut du lait comme véhicule de la scarlatine; on pourra se garantir de ce côté par l’usage de lait bouilli ou stérilisé. Mais il faut se défier aussi des autres denrées alimentaires.
Le convalescent de scarlatine, avant de reprendre la vie commune, devra être soigneusement désinfecté dans ses vêtements et dans toute sa personne. Les bains généraux répétés, les onctions avec le glycérolé tartrique, les lavages de la gorge, des narines, des oreilles, de la tête, sans oublier la barbe et les cheveux, le chauffage par l’étuve à vapeur sous pression des vêtements et du linge de corps qui ont servi depuis le début de la maladie, donneront toute garantie à cet égard.