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TAIES DE LA CORNÉE

Les taies ou leucomes sont le reliquat d’inflammations anciennes (kératites, ulcères de la cornée), qui ont laissé une opacité plus ou moins étendue et plus ou moins profonde de nature à gêner la vision.

On reconnaît ces taies soit à l’éclairage direct, soit à l’éclairage oblique.

TRAITEMENT

Outre le traitement général, qui varie suivant la cause et le terrain (syphilis, scrofule), et qui fait appel le plus souvent à l’huile de foie de morue ou à l’iodure de potassium, on doit insister sur un traitement local destiné à atténuer ou résoudre les opacités. On fera matin et soir, avec un cornet de papier, des insufflations sur la cornée avec :

Sa.

% Calomel en poudre Sucre en poudre.

ou bien avec :

% Aloôs socotrin 0 gr. 03.

Calomel . . .• o gr. 03.

Sucre en poudre 4 grammes.

(Boerhaave.)

On emploie aussi des collyres et des pommades résolutives :

% Eau distillée 30 grammes.

Iodure de potassium 5 —

Teinture d’iode XXX gouttes.

Pour instillations matin et soir.

(Armieux.)

% Eau distillée 50 grammes.

Iodure de potassium 2 —

Bicarbonate de soude 1

(Kemmerer.)

% Vaseline blanche 10 grammes.

Oxyde jaune de mercure 0 gr. 10.

% Onguent gris ) ~ ,,

Lanoline | aa' ’ ’ «.grammes.

Vaseline 10

Avec le bout d'une baguette, on introduit dans le cul-de-sac conjonctival un fragment de cette pommade, on fait fermer l’œil, et avec un peu d’ouate ou masse les paupières closes.

(Mitwalsky.)

TEIGNE TONDANTE

La teigne tondante ou tricophytie est une maladie contagieuse causée par le Tricophgton tonsurans , champignon découvert par Gruby.

Le parasite attaque le cuir chevelu (teigne) et les parties glabres (voyez Herpès circiné). Il est constitué par des spores moins grosses que celles du favus (4 g de diamètre), remplissant la gaine des cheveux, et par des tubes de mycélium. En étalant un fragment de cheveu malade sur une lamelle, avec une goutte de glycérine, on voit très bien au microscope le champignon.

D’après Sabouraucl, il y a deux espèces de teigne : 1° teigne à petites spores [Microspovum Audouini), la plus grave; le cheveu malade est engainé par une multitude de petites spores qui lui forment comme un manchon; 2 "teigne tricophy tique,

TEK; NE TONDANTE.

à grosses spores, moins grave, pouvant occuper le cuir chevelu, la barbe, les ongles; les cheveux malades sont remplis de spores sériées en files rectilignes.

Le nombre des teigneux de Paris est évalué à 3 000, dont 380 seulement sont hospitalisés.

La teigne est une maladie de la seconde enfance; elle sévit dans les pensions, collèges, et surtout les écoles primaires; elle peut venir des animaux domestiques (chiens, chats, chevaux).

Cliniquement la teigne se traduit par de petites surfaces ou tonsures grisâtres, pulvérulentes, semées de cheveux cassés et cassables, et procédant excentriquement. A la périphérie des plaques ou tonsures existe une zone intermédiaire d’envahissement où les cheveux offrent peu de résistance à la traction. Le diagnostic est en général facile ; dans les cas douteux, on se servira du microscope.

Le docteur H. -A. Martin conseille, pour établir un diagnostic précoce, de badigeonner tout le cuir chevelu à la teinture d’iode; on voit alors les cercles parasitaires se dessiner en brun foncé. Le docteur Sabouraud approuve cette pratique qui peut servir à la fois au diagnostic et au traitement.

TRAITEMENT

La tète des enfants malades sera maintenue rase, propre, couverte. On lavera la tête tous les jours avec l’eau savonneuse ou une solution de sublimé à 1 p. 300 ; on fera autour de chaque tonsure un cercle d’épilation de 5 à 6 millimètres, pour arrêter la progression du mal. On attaquera les surfaces malades avec une pommade au turbith à 1 p. 30, ou avec des badigeonnages répétés de teinture d’iode. Lorsque, sous l’influonce de l'iode, les plaques de tricophytie sont devenues lisses, M. du Castel procède à l’épilation et au raclage. Puis il pratique des injections intra-dermiques de sublimé ;

% Sublimé 0 gr. 01.

Acide tartrique 0 gr. 40.

Chlorhydrate de cocaïne 1 gramme.

Alcool )

Eau distillée j r 1 '

On injecte une goutte par piqûre, mais on fait de très nombreuses piqûres.

Quinquaud racle à la curette les surfaces malades après savonnage et lavage de la tête au sublimé à 1 p. 1 000. La curette

met le derme à nu et entraîne les squames, les cheveux malades, les parasites.

Pour atténuer ou supprimer la douleur, on fera précéder le curettage d’un stypage au chlorure de méthyle.

Après l’opération, on lolionne avec:

% Biiodure d’hydrargyre 0 gr. 15.

Bichlorure d’hydrargyre 1 gramme.

Alcool à 90° ' 40 —

Eau distillée 250 —

On applique ensuite des rondelles d’cmplàtre composé de :

% Biiodure d’hydrargyre 0 gr. 15.

Bichlorure d’hydrargyre 1 gramme.

Emplâtre simple 250 —

L’emplâtre est enlevé au bout de quarante-huit heures, on savonne la tête, on fait une nouvelle friction antiseptique, et on remet un emplâtre, et ainsi de suite tous les deux jours jusqu’à guérison. Si celle-ci se fait trop attendre, on recommence le curettage ou l’on pratique l’épilation.

On peut alors essayer la pommade suivante :

% Vaseline 100 grammes.

Acide borique. . . .

Acide salicylique . .

Acide chrysophanique

Le traitement de la teigne, toujours très long, serait beaucoup raccourci par la méthode de Quinquaud.

L’épilation, dans les teignes, exige un outillage et un personnel spéciaux; elle est de plus très douloureuse et mal acceptée par les enfants.

On a essayé de la remplacer par la calotte de poix de Bourgogne, moyen brutal, abandonné aujourd’hui, ou par le collodion iodé, qui a donné des succès à MM. Butte et Hallopeau. Voici la méthode de M. Butte.

Dans tous les cas où l’épilation est jugée nécessaire, on étend sur les plaques tricophytiques, et sur une étendue d’un centimètre au moins à leur pourtour, plusieurs couches d’une des solutions collodionnées suivantes, dont on a imbibé un pinceau de charpie :

% Alcool à 95° ' 21 grammes.

Iode métallique 0 gr. 15.

Faites dissoudre et ajoutez :

TEIGNE TONDANTE.

Collodion

Térébenthine de Venise Huile de ricin ....

35 grammes.

1 gr. 50.

2 grammes.

ou bien :

5 grammes.

0 gr. 50.

30 grammes.

ar Alcool à 95°. .

Éther

Iode métallique Collodion. . . .

Pendant les trois ou quatre jours qui suivent, on recommence cette application jusqu’à ce que la couche de topique soit bien épaisse, bien adhérente et ne présente plus de craquelures.

Au bout d’une quinzaine de jours, on sépare les bords du placard en les coupant aux ciseaux, puis on enlève le tout sans violence. La partie du topique en contact avec le cuir chevelu est recouverte d’une grande quantité de petits cheveux qui y adhèrent fortement et lui donnent l’aspect de la peau d’un animal à poils ras. La plaque tricophytique mise à nu est alors lavée avec une solution de sublimé à 1 p. 500, et on constate qu’un grand nombre de cheveux ont été arrachés.

On n’a plus ensuite qu’à appliquer les traitements ordinaires, les frictions parasiticides, etc. Celles-ci paraissent alors exercer une action plus rapide et plus efficace, et il n’est pas rare, même dans les tricophyties à petites spores, d’observer la guérison au bout de quelques mois, sans qu’il soit besoin d’appliquer une nouvelle couche de collodion.

Ce collodion iodé peut aussi être employé dans la teigne faveuse, quand l’épilation est indiquée.

Le traitement de Quinquaud et les traitements similaires n’ont pas tenu leurs promesses. D’après Sabouraud, voici comment il faut agir : 1° on limite les parties malades à l’aide d’une bordure d’épilation de 1 centimètre prise sur les cheveux sains ; 2° on passe la tête entière à la teinture d’iode. On rase les plaques, on badigeonne à la teinture d’iode trois fois par semaine, on épile chaque mois.

S’il s’agit de la tondante à grosses spores, on stimule le derme avec un crayon d’huile de croton au tiers ou à la moitié (beurre de cacao, cire vierge, huile de croton).

Il ne faut pas négliger le traitement général, l’huile de foie de morue, le sirop iodo-tannique, les eaux minérales chloru-

rées, sulfureuses, arsenicales; en un mot, il faut tonifier les petits malades.

La prophylaxie exige l’isolement des teigneux, leur renvoi des écoles ; s’ils vivent dans leur famille, on veillera à ce qu’ils aient la tête toujours couverte, et que leurs frères, sœurs, camarades ne se servent ni de leurs coilïures, ni de leurs peignes, brosses, objets de toilette quelconque.

Ces objets devront être désinfectés par les lavages au sublimé ou l’étuve à vapeur.

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