J .-A. Goutts. — Medical Record, 15 août 189G
TERREURS NOCTURNES
quence et que si les antispasmodiques conviennent à la première catégorie de malades, une bonne hygiène alimentaire soit le meilleur remède à conseiller aux autres.
Mais il ne faudrait pas croire que la distinction soit aussi facile à établir que l'indique M. Coutts ; les deux degrés, les deux expressions différentes du pavor nocturnus qu’il cherche à dégager se confondent facilement. Tout ce qu’on peut savoir, c’est que l’enfant s’est réveillé en sursaut, qu’il a poussé des cris et s’est rendormi.
En somme, il faut considérer les terreurs nocturnes comme une petite névrose de la seconde enfance, survenant le plus souvent à l’occasion de troubles digestifs et d’une mauvaise hygiène alimentaire. Pour moi, les terreurs nocturnes sont presque toujours symptomatiques de dyspepsie.
TRAITEMENT
Toutes les fois qu’on se trouvera en présence d’un enfant en proie aux terreurs nocturnes, on devra, avant tout, examiner son tube digestif, palper et percuter son estomac, s’informer de la façon dont il digère et dont il va à la garde-robe, des aliments et des boissons qu’il ingère, etc.
On verra alors que presque toujours l’enfant a une mavaise hygiène alimentaire et que très souvent il souffre depuis longtemps de l’estomac. C’est un enfant qui a] été nourri au biberon, qui a marché tard, qui a de l’ectasie gastrique, de la constipation habituelle, ou des alternatives de diarrhée et de constipation. C’est un dyspeptique, et le pavor nocturnus n’est qu’un épisode nerveux de sa dyspepsie.
On devra donc régler avec soin le régime alimentaire , interdire l’usage des boissons excitantes et alcooliques, du vin, du cidre, de la bière, du thé, du café. On les remplacera par le lait, si l’enfant n’a pas de répugnance invincible pour ce liquide. A défaut de lait, on donnera de l’eau pure ou sucrée, de la tisane, etc. L’important est de ne pas donner les boissons en excès.
La polydipsie est une cause puissante de terreurs nocturnes, ce sont les grands buveurs qui ont le sommeil agité et interrompu par des cauchemars. Le rationnement des liquides s’impose avant toute chose. L’enfant ne boira pas en dehors de
ses repas; il devra se contenter de 150 à 200 grammes de liquide par repas. Trop souvent l’enfant, sans cesse altéré, boit la nuit; on l’en empêchera.
D’un autre côté, on lui donnera des aliments de facile digestion, réduits en purée pour qu’il n’ait pas la peine de mâcher; là encore on veillera à la quantité ingérée; le repas du soir sera particulièrement surveillé.
Le système nerveux de l’enfant ne devra pas être excité par des contes plus ou moins impressionnants, par des spectacles, des soirées, des veilles prolongées. L’enfant devra se coucher de bonne heure. On pourra, pour calmer ses nerfs, lui faire prendre, deux heures après son repas du soir, un bain tiède avec 50 ou 100 grammes de tilleul.
L’action sédative du bain sera préférée à la narcotisation par l 'opium, le chloral et les autres hypnotiques. Cependant, si le sommeil tardait à venir, on pourrait essayer, pendant quelques jours, une petite dose d esulfonal, de trional ou d’ uréihane (0SI',25 à 0gl',50 dans un peu de lait tiède ou d’eau sucrée). Ces hypnotiques ne congestionnent pas les centres nerveux comme l’opium; ils doivent lui être préférés dans l’espèce. On se trouvera bien quelquefois du bromure de potassium ou de sodium.
On devra toujours combattre la constipation si elle existe {huile de ricin , calomel, scammonée) , et s’assurer que l’enfant n’a pas de vers intestinaux (oxyures, ascarides lombricoïdes, ténia).
On examinera également sa gorge, et l’on fera opérer l’hypertrophie amygdalienne et les végétations adénoïdes si ces tuméfactions entravent la respiration nasale et troublent le sommeil.
Une cure remarquable par sa singularité est due à Bestschinsky ’.
Une fillette de 3 ans tombe malade la nuit, subitement. On va chercher le médecin qui la trouve toute tremblante, les yeux grands ouverts, parlant d’une façon inintelligible. Depuis longtemps l’enfant avait des accès semblables; mais ils allaient toujours en s’accentuant et en se rapprochant. L’auteur reconnaît les terreurs nocturnes, interdit les contes effrayants, et prescrit du bromure de sodium. Cependant les accès reviennent toutes